EN
'. . . Fama ty|M>rum
Ciusfit in immensum, et lalè vix nata vagatur.
— Typoyraphia - Carmen - 176-1. —
De toutes les découvertes de l'esprit humain, il n'en est aucune qui ait passionné plus de gens, donné lieu à plus de controverses et fait écrire plus de volumes que l'invention de l'imprimerie.
Des hommes d'une grande érudition ont consacré une partie de leur vie à faire l'histoire des origines de la typographie et des impressions du xv e et du xvi e siècle. Nous aurons occasion d'en citer quelques-uns dans le cours de ce travail.
Vers l'an 1440 l'imprimerie était inventée : en 1470, elle fonctionnait à Paris; à Toulouse et à Poitiers, en 1479; à Troyes, en 1483; à Rennes, l'année suivante ; en 1486, à Abbcvillc. (*)
Puis, viennent tour-à-lour, pour ne parler que des villes les plus importantes, Rouen, Besançon, Orléans, Dijon, Angoulème, Dôle et Nantes, de 1486 à 1495.
Quant à Bordeaux, relégué aux derniers rangs du mouvement scientifique et littéraire de cette époque, tous les écrivains ou chroniqueurs qui se sont occupés de son histoire avancent hardiment que ce fut seulement au xvi* siècle qu'on y connut l'usage des caractères mobiles .
('] TiM|*rley (C. H.) Eiicydopanlia ol litmry an»l t>|iof.'ra|iliical ancnlut*.
Bordeaux ne figure même pas dans le liepertorium bibliographicum de Louis Hain, ainsi que l'expliquent ces mots, qui sont le développement du titre principal de cet ouvrage : in quo libri omîtes ab arte typographica inventa usque ad annum M. D.
D'après le Dictionnaire de géographie ancienne et moderne de P. Deschamps (') — l'ouvrage le plus récent et le plus complet de tous ceux qui se sont occupés de l'histoire de la prototypographie — le premier volume imprimé à Bordeaux avec date n'est que de 1520. C'est un in-folio de 400 f. intitulé Suma diversarum questionum medicinalium de Gabriel de Tarregua, médecin et professeur, établi à Bordeaux dès la fin du xv e siècle. 11 porte cette indication : Jmpressutn^ est hoc opus Burdegale decima octava die mesis decetnbris, anno Cristi millesimo quingetesimo vicesimo per Gaspardu Philippmi), calcographum, prope sanctam Columbam morantem.
M. J. Ch. Brunet, qui le décrit minutieusement dans son Manuel du libraire, ajoute : « Ce volume rare est le plus ancien livre connu qui ait été imprimé à Bordeaux, où la typographie a dû cependant commencer par un ouvrage moins considérable. » ( 2 )
On sait que Gaspard Philippe, établi à Paris dès Tannée 1499, y imprimait en lo08 la Pragmatique sanction. Ce ne fut donc que postérieurement à celte époque qu'il transporta ses presses à Bordeaux.
Ainsi, c'est à lui qu'on serait redevable de l'introduction à Bordeaux de l'une des plus simples, mais aussi des plus grandes inventions qui aient illustré le génie de l'homme. Tandis qu'elle était connue en Allemagne et en Hollande depuis soixante-dix ou quatre-vingts ans, à Paris depuis cinquante ou soixante, tandis qu'à Poitiers et à Toulouse on imprimait depuis l'année 1479, Bordeaux eût attendu jusqu'au règne de François I" l'établissement d'une imprimerie?
(') Dictionnaire de géographie ancienne et moderne à l'usage du libraire et de l'amateur de livres, par un bibliophile, ouvrage en coure de publication, pages 223-224, au mot : Burdigala.
(-) Manuel du libraire et de l'amateur de livres, par Jacques-Charles Brunet, édit. de 1863, tome v, au mot : Taregua.
Pour tout ce qui concerne la vie et les travaux de ce savant docteur, voir : Recherches biographiques ei bibliographiques sur Gabriel de Taregua, par Jules Delpit.
Je vais essayer d'établir qu'il y a là une impossibilité flagrante.
Qu'on me permette dans ce but d'esquisser, aussi rapidement que possible, le tableau que présente l'histoire de Bordeaux depuis la bataille de Castillon en 1455 jusqu'à Tannée qui nous occupe, c'està-dire en 1486.
Le xvi e siècle fut un rayonnement, mais ce rayonnement eut une aurore : ce fut le xv" siècle. Les grandes découvertes y préparèrent le réveil de l'esprit humain et changèrent la face du monde.
Aussi est-ce là une des grandes divisions de l'histoire : avec la chute de l'Empire d'Orient et la prise de Conslantinoplc en 1 453 se termine le moyen-âge et commencent les temps modernes, et, chose singulière, celte date est aussi l'une des plus importantes de l'histoire de Bordeaux. Elle marque une transformation capitale dans les destinées de celte ville :
La Guienne cesse d'être anglaise à partir de 1453.
Depuis trois cents ans l'Angleterre, maîtresse de celte province, lutte contre la France pour la conserver; et — disons-le franchement — elle lutte avec succès, parce qu'elle a pour elle les populations, et en particulier celle de Bordeaux, dont les jurats déploient une grande énergie pour rester anglais. (') L'invention de la poudre à canon vient changer la face des choses.
Jusque là la flèche impitoyable des archers anglais a décidé du gain des batailles; l'artillerie de Charles VII, habilement organisée par Jehan, Bureau, rend aux Français une de leurs plus riches provinces par la victoire de Castillon, qui précède de trois mois à peine la prise de Bordeaux.
Soumise une première fois par Charles VII, en 1451, la ville avait conservé toutes ses franchises, mais ses habitants, restés Anglais au fond du cœur, ayant aidé leurs anciens compatriotes à la reprendre, excitèrent par ce fait la colère du roi de France, qui, lors de la
(') 11 faut étudier dans les registres de délibérations des premières années du xv e siècle, les seuls qui nous aient été conservés, les efforts incessants et l'activité fiévreuse déployés par ces magistrats municipaux pour lutter contre les progrès des Français.
deuxième conquête, confisqua leurs privilèges el les frappa d'une imposition de 100,000 écus d'or.
La ruine du commerce de Bordeaux ne tarda pas à s'ensuivre, et les Anglais, exclus de la Guienne, ayant cessé de se fournir de vins dans cette province, le commerce d'exportation qui en faisait la principale richesse s'arrêta tout-à-coup.
Neuf ans s'écoulèrent de la sorte, et si ce régime eût continué quelques années de plus, c'en était fait de l'ancienne capitale de l'Aquitaine ; mais Charles VII mourut, et son successeur comprit la faute qui avait été commise, en poussant à la ruine de l'une des plus belles et des plus riches cités de France.
En mars 1462, (•) c'est-à-dire quelques mois après son avènement, Louis XI se rendit à Bordeaux, et peu de jours suffirent à l'habile monarque pour mesurer la gravité de la situation.
Le duché de Guienne avait perdu le tiers de ses habitants, le port de Bordeaux n'avait plus de navires, la ville plus de marchands. Les revenus de la cité, qui étaient de 60,000 livres sous l'administration anglaise, avaient baissé de plus de moitié. ( a )
A ces maux il fallait apporter un prompt remède.
Le roi rendit aux habitants leurs antiques privilèges, abaissa les droits de sortie sur les marchandises et principalement sur les vins, supprima les impôts vexatoires mis par son pire sur les denrées, rendit aux deux foires de Bordeaux leur importance en portant leur durée de quinze jours à trois semaines, et déclara quittes de toute imposition les marchandises qui entreraient pendant ce temps là. ( 3 )
Enfin, il facilita aux émigrés le retour dans leur ville natale.
Puis il songea à faire de Bordeaux le centre d'un grand commerce de transit. A cet effet, et pour y attirer les marchands de toutes nations, il rendit une ordonnance par laquelle les étrangers qui s'établis-
(') Nouveau style.
(') Ribadieu. — Histoire de la conquête de la Guienne par les Français, page 438. (*) Arcb. de la ville de Bordeaux. — AA Reg. des privilèges ( Ms. sur parchemin ), pages 23 à C5. A proprement parler, la durée de la foire n'était que de huit jours, mais ces franchises commençaient huit jours avant et se prolongeaient huit jours après.
saient dans celte ville pouvaient disposer à leur gré des biens qu'ils y avaient acquis, sans lettres de naturalité et sans être tenus de lui rien payer pour cela, non plus qu'à ses successeurs.
Enfin, des lettres patentes du 6 septembre 1481 firent de Bordeaux l'entrepôt forcé de toutes les marchandises dirigées sur l'Anglerre , la Bretagne, la Flandre, l'Espagne, la Navarre et le Portugal. (*)
S'il est un monarque auquel les Bordelais doivent une statue, c'est incontestablement Louis XI !
Il est curieux de rechercher dans les manuscrits du temps les traces de la transformation qui s'opéra dans la province de Guiennc à partir de l'avènement du fils de Charles VII.
Dès 1464 les marchands anglais commencent à reprendre le chemin de Bordeaux, et, malgré les mesures de précautions prises contre eux à leur entrée en Gironde, le commerce des vins avec l'Angleterre, mais surtout avec les ports de Londres, de Bristol, de Leilh et de Hull, ne tarde pas à prendre une grande importance. Des navires, chargés de draps de Bristol ou d'étain anglais, viennent échanger leurs marchandises contre nos vins de Gascogne.
L'Espagne et la Navarre suivent l'exemple de l'Angleterre et s'approvisionnent à Bordeaux ; les laines de Ségovie affluent sur notre marché ; Bilbao, Pampelune et Fontarabie rivalisent d'ardeur commerciale.
Des registres de notaires, de cinq à six cents feuillets, ne sont formés, presque exclusivement, que de transactions entre des bourgeois de Bordeaux et des marchands espagnols.
Mais le commerce qui, en vingt ans, de 1464 à 1484, et jusqu'à la fin du xv e siècle, contribue à faire la fortune de Bordeaux, c'est celui du pastel ou de la guède.
Il y a un livre du plus haut intérêt à faire sur l'histoire de Yisalis tinctoria, plante qu'on cultive encore de nos jours, et dont l'emploi précéda celui de l'indigo dans les manufactures de draps de la Flandre, de l'Angleterre, de l'Espagne et du Poitou.
(') Arch. de la ville tic Bordeaux. — J. J. Invenl. som. de 1751, au mot : PasUi.
Alby, Monlauban, Xarbonue, Toulouse cl Carcassonue nous l'expédiaient au xv e siècle par les bateaux et les gabarres de la Garonne. A Bordeaux elle trouvait cent acquéreurs pour un ; et il me suffira, pour donner une idée de l'importance du commerce qu'on en faisait à cette époque, de dire qu'on voit, dans les minutes d'un seul notaire, une dizaine de marchands espagnols, dont les noms reviennent à chaque page, expédier à Londres, en trois mois, plus de 3,700 balles de pastel et un nombre considérable de tonneaux de vin.
Des cinq villes que je viens de nommer, Toulouse est celle qui prime toutes les autres pour l'importance des expéditions ; chaque jour ses lourdes barques chargées de pastel viennent jeter l'ancre dans le port de Bordeaux. Les rapports entre les deux cités sont de tous les instants.— Est-il probable— je le demande — que la seconde ait attendu jusqu'en 1520 pour posséder une imprimerie, tandis que la première en avait une dès l'an 1479?
Nous avons parlé davantage du commerce de Bordeaux avec l'Angleterre et l'Espagne ; celui de la même ville avec la Flandre et la Zélande est presque aussi important, et c'est par centaines qu'il faut compter les expéditions faites à destination de ces contrées. Enfin , un petit nombre de navires de la Hanse teutonique vont prendre en Angleterre des chargements de cuirs , de draps ou d'ètain qu'ils transportent à Bordeaux.
Passons à un autre ordre d'idées.
Peu d'années avant la réunion définitive de la Guicnne à la couronne de France, s'était accompli un fait d'une importance considérable pour l'histoire du développement intellectuel dans la capitale de celte province : à la requête du Maire et des Jurats de la ville , le pape Eugène IV avait créé l'Université de Bordeaux.
La bulle pontificale est du 7 mai \Ui ; elle institue trois facultés : celle de droit, celle de théologie et celle des arts, qui comprenait l'étude des mathématiques, de la philosophie et de la dialectique.
Par une clause spéciale, le nombre des maîtres ès-arts est fixé à deux, qui devaient enseigner dans le collège de la ville, fondé àja
môme époque sjus le patronage des jurais, « in magma scholis Iwjus cirilatis. »
A la fin du règne de Charles VII l'Université est déjà florissante; LouisXI, par lettres patentes, lui accorde, en H81 , les mêmes droits et les mêmes privilèges que ceux dont jouissait l'Université de Toulouse.
Des écoles, sagement dirigées, attirent à Bordeaux une foule d'élèves. Le Grand Collège, appelé aussi Collège des Arts ou Collège des Humanités, (') celui-là même qui deviendra plus tard illustre entre tous, sous le nom de Collège de Guienne, prospère sous l'habile direction de M* Psalmodier Constantin, licencié en théologie et maître ès-arts, frère du prévôt de la ville, aidé du savant Pierre de Casaubon.
En 1486, précisément, le nombre des élèves s'est tellement accru qu'il faut songer à construire.
Le prévôt Baude Constantin et les jurais, représentés par Guillolin Makanan et Jehan Ferron l'aîné, achètent, dans le voisinage de l'Hôtel de Ville, rue Entre-deux-Murs — qui s'appellera plus tard rue du Collège de Guienne — deux maisons contiguês et les terrains nécessaires à l'édification des nouveaux bâtiments.
A côté du Collège des arts, prospèrent les écoles de la Grimaulde, destinées à l'éducation des jeunes enfants.
Enfin, à l'ombre de la vieille basilique Saint-André, bourdonnent la Psalelte et les classes de la Primatiale, dont il faut, je crois, fixer l'origine au temps de Charlemagne, alors que, cherchant les moyens de répandre parmi ses sujets les bienfaits de l'éducation, il ordonna dans sa sagesse que les Monastères et les Cathédrales seraient pourvus d'écoles pour la jeunesse.
L'acte relatif à l'acquisition des terrains de la rue Entre-dcux-Murs est du 30 juin i486 ; celte date est importante par sa coïncidence avec celle de l'introduction de l'imprimerie à Bordeaux; elle montre à quel point la sollicitude des jurais de celte époque était éveillée sur lout ce qui touchait au développement de l'intelligence.
f 1 ] On trouve (|iiHqiicfois; le imm <!e Ccllïgr S' Elnj
Nous reviendrons tout-à-l'hcure sur ce sujet.
Nous avons essayé plus haut de donner une idée de l'impulsion communiquée par Louis XI au commerce de Bordeaux ; c'est encore à lui qu'on doit la création du Parlement de cette ville en 1462, événement qui allait avoir une si grande influence sur l'épanouissement des lettres dans cette grande cité.
Lors de la reddition de la Guienne aux Français, Charles VII avait promis aux Bordelais l'envoi, chaque année, d'un certain nombre de commissaires royaux, choisis dans le Parlement de Paris ou ailleurs, pour y tenir une Cour des Grands Jours; mais ces assises solennelles ne furent ouvertes que deux fois sous son règne, en 1456 et en 1459.
Louis XI fit mieux : il créa pour la Guienne une cour souveraine, qui tint sa première audience au palais de l'Ombrière, vieille demeure des ducs d'Aquitaine, le 12 novembre 1462, sous la présidence de Jehan de Tudert, ancien maître des requêtes de l'hôtel du roi. ( l )
L'archevêque de Bordeaux, Biaise de Greelle, y parut revêtu d'une charge de conseiller-clerc, qui fut plus tard attachée à sa place.
On comprend quelle influence dut avoir sur le niveau intellectuel des populations voisines la création du Parlement de Bordeaux, et quelle importance dut prendre, par suite, la Faculté de droit et l'Université tout entière.
L'étude des lois et de la jurisprudence devint en honneur, à Bordeaux, à partir de cette époque. Le temps approchait où l'École de droit allait acquérir une juste renommée et attirer des élèves de tous les points de la France.
Le Parlement, l'Université et le Collège des Arts, qui allait, peu d'années après, se transformer en Collège de Guienne, et rayonner parmi les plus célèbres écoles de l'Europe, furent dès ce moment une pépinière d'hommes illustres.
C'est de la création du Parlement que date, à Bordeaux, l'origine des plus grandes familles de la magistrature et du clergé aux x\T et
{') Les archives de la ville possèdent deux pièces fort intéressantes, relatives à ce premier magistrat.
xvu c siècles. Dos bourgeois aelifs et intelligents, enrichis dans le commerce des vins ou du pastel, arrivent, par leur fortune et leur influence personnelle, aux fonctions municipales ; leurs fds ou leurs petits-fils, pourvus d'une charge de conseillers, achètent des seigneuries et s'anoblissent.
Tels sont les Ferron que je citais tout-à-l'heure.
Deux frères — qu'il serait facile de confondre, car leur prénom est le même— les deux Jehan le Ferron, s'enrichissent grâce à la faveur intelligente accordée par Louis XI au commerce bordelais, et deviennent, l'un jurât, puis trésorier de la ville en 1486, il figure dans les actes relatifs à l'introduction de l'imprimerie à Bordeaux et à l'acquisition des maisons de la rue Entre-deux-Murs ; l'autre, Jehan Ferron le jeune, receveur de la complablie. (')
Noble Jehan de Ferron, fils de l'un des deux, fait ses études à l'Université de Bordeaux et devient avocat, puis conseiller au Parlement.
C'est le père du célèbre jurisconsulte Arnaud de Ferron, l'ami de Scaliger et d'Étiennc de la Boëtie , l'auteur des Commentaires sur la Coutume de Bordeaux.
Le Parlement fonctionnait à peine depuis quelques années, quand, en avril 1469, Louis XI donna à son frère, Charles de Berry, la • Guienne comme apanage.
Le duc fit son entrée à Bordeaux le 10 avril 1470, et prit possession de son gouvernement.
Les Parlements ne pouvant tenir leurs séances dans les terres apanagêes, celui de Bordeaux dut se transporter à Poitiers en vertu d'une ordonnance royale du mois de juillet 1469.
En échange de celte Cour, et par ordre du duc de Guienne, des Grands Jours s'ouvrirent à Bordeaux le 1 er juin de la même année. ( a )
(') Prudentes viri Franciscus de Latasta et Johanncs Ferron, junior, burgenses civitatis Burdigale, receptores et commissi per honorabilcs et scienlifficos viros dominos submajorem et juratos istius civitatis ad Icvandum et recipiendum costumam, sive jus dicte costume, ville debitum. — Arch. dép 1 " de la G 4 % E, notaires : Debosco 170—3.
( 5 ) Lire sur ce sujet le consciencieux et intéressant travail de M. E. Brivcs-Cazcs, les Grands Jours du dernier duc de Guienne, inséré dans les Actes de l'Académie de Bordeaux, année 1867 — 3" série.
Mais la mort du frère de Louis XI étant survenue le 12 mai 1472, le Parlement séant à Poitiers fut de nouveau transféré à Bordeaux le 1 er juin.
On comprend à quel point devaient être fréquentes les relations entre les deux villes, et combien ce séjour de trois années, que fit à Poitiers le Parlement, dut contribuer à les augmenter.
Louis XI vint lui-même à Bordeaux, pour la troisième fois, au mois de mars 1172, dans le but de reprendre possession de la Guienne, et prêta serment devant les trois états de la province assemblés dans la cathédrale Saint-André. Ceux-ci, à leur tour, lui jurèrent obéissance et fidélité.
Le roi s'engagea à maintenir loyalement les habitants de la Guienne « en leurs franchises, privilèges, libertés, statuts, fors, coustumes, » usaiges, stilles et observances. > ( l ) Déjà, il avait rendu aux Bordelais le droit d'élire leurs jurats, supprimé par Chartes VII dans les premières années de la conquête.
Enfin, deux ans après, en 1474, pour attirer à Bordeaux les étrangers de toutes nationalités, il accorda par lettres patentes d'importants privilèges à ceux qui viendraient s'y établir. Le rusé monarque n'oublia personne. On peut lire dans les ordonnances du Louvre celles qui sont relatives aux marchands anglais, flamands, espagnols, aux portugais, et enfin aux italiens et aux allemands.
Peu d'années s'étaient écoulées, et déjà se faisaient sentir les fruits de ces mesures pleines de sagesse : italiens, hollandais, flamands, anglais et espagnols affluaient dans la capitale de la Guienne et y apportaient leur industrie et leurs capitaux.
En 1485, le milanais Àmbroise de Karolcs, et trois de ses compatriotes, apportaient à Bordeaux le secret de la fabrication des cuirasses de Milan et des armures damasquinées, et signaient, par-devant notaire, un traité de vingt années pour la fabrication de l'armurerie dans cette ville. ( a )
(') Arch. de la Ville. — Registre des Privilèges, page 55.
\ : ) Ernest Gaullietir. — L'armurerie milanaise à Bordeaux, au xv siècle. — Itnp. d'Aupiiste l,averlujon.— 1867.
L'année suivante, en i486, MICHEL SVIERLER, libraire allemand, associé à JEHAN WALTEAR, imprimeur souabe, passait avec les jurats un contrat de dix ans pour l'exercice de l'imprimerie à Bordeaux.
On conviendra avec moi qu'il serait bien extraordinaire qu'une des premières villes de France, centre d'un commerce maritime considérable, siège de l'un des plus grands Parlements du royaume et de la primatie d'Aquitaine , possédant une Université et des Écoles renommées, n'eût connu l'imprimerie que vers 1520, c'est-à-dire environ quatre-vingts ans après la découverte de cet art merveilleux ; tandis qu'à Poitiers et à Toulouse, villes dont les relations avec Bordeaux étaient fréquentes et journalières, on imprimait déjà depuis 1479 !
Le contrat passé pour l'exercice de l'imprimerie à Bordeaux, entre Michel Svicrler cl les jurats, est du 21 juin i486; il est écrit en gascon, sauf la dernière phrase, qui est en latin. Il fut signé devant le notaire Pierre Duboys, (') qui était, — c'est lui-même qui nous l'apprend,— notaire juré de la Cour de Monseigneur l'Oflicial de Bordeaux, et qui fut aussi, pendant quelques années, le notaire de la ville, c'est-à-dire du Conseil de la Juradc. ( a )
Les minutes de ce tabellion furent par erreur divisées au xvin e siècle, lors du classement qui fut fait en 1762 par les soins de la corporation des notaires. ( 3 ) Une partie fut placée à la lettre B, au mot Bosco; le reste, sous le nom de Dcbosco, fut rangé à l'initiale D.
C'est dans cette dernière série que se trouve l'acte dont je m'occupe; le registre dont il fait partie est coté aux Archives départementales de la Gironde sous le numéro d'ordre 170—1.
Ce registre, dont il n'est pas inutile de dire quelques mots, est composé de quatre gros cahiers de papier jauni par le temps, cousus ensemble et recouverts d'une feuille de parchemin.
(') En latin : du Bosco.
( J ) Voyez Notes et pièces justificatives, »i° 7.
( 3 ) Catalogue des Notaires, dont les pratiques sont à la garde-note, etc... formé par M* Faugas, pendant son syndicat avec M* Duprat, conseillers du mi, notaires à liordeatix. — Labotlièrc frères, imprimeurs libraires jurés de l'Université, place du Palais, mdcclxii.
Le premier cahier contient les minutes d'actes passés par Pierre Duboys en Tannée 1485; le second, où se trouvent les contrats relatifs à rétablissement de l'imprimerie à Bordeaux, renferme ceux de l'année 1486.
En tête du premier feuillet se trouvent ces mots écrits de la main du notaire, en gros caractères du xv e siècle : Secunlur (sic) carte receptc per me Petrus (sic) de Bosco, notarium regium in anno Domini M 9 " CCCC™ oclagesimo sexto, régnante Karolo regeet Andréa, («) archiepo Burdeg.
C'est au folio 174 que se trouve le premier des contrats qui nous occupent, et dont voici le texte et la traduction :