‹ L'imprimerie à Poitiers et dans la VienneChapitre 10 sur 65 · FRATER BAPTISTA MAN- || TUANUS DE PECCATIS · texte numérisé non relu

FRATER BAPTISTA MAN- || TUANUS DE PECCATIS

Sans date, in-4'' de 58 ff . sans cb., sign. Aii-Iiii, de 2<} lignes ix la page.

Au-dessous du titre, même marque qu\iu volume précédent. Au 2* feuillet, la dédicace porte : Fralris BapUsUe Man, Carmélite tbeologi ad || Heuerendissimû in xpo patrê ac Dnm D. Oliue || riû Carafan Sabinen. Ëpm et cardinale Neapoli || tanQ de morû têporû calamitatibus

liber fœli || citer incipit. Le titre courant jusqu'à la fin du volume est : F. Baplistas Mantuani De calamitatibus temporû. A la fin, le colophon : Calamitatum nostri tpis opus diuinum || Pictauis Impressum. L'auteur a sans doute intitulé son livre De PeccatiSy parce qu'après avoir raconté les malheurs de son temps, il en décrit les causes qui ne sont autres que les péchés des hommes.

Le texte est en lettres rondes ; les sommaires qui occupent les marges sont en lettres gothiques. En comparant ce volume avec le Lucain ,• imprimé par Jean Bouyer et Guillaume Bouchet en 1512 (v. st.), nous avons reconnu qu*il avait été composé avec les mêmes caractères, un peu écrasés par un plus long usage; c'est, à notre connaissance, le dernier produit des presses de nos deux imprimeurs.

(Biblioth. de Poitiers.)

La liste que nous venons de donner comporte, assurément, plus d'une lacune (1); nous avons été frappé, en particulier, du

(1) Une dernière Tisite à la Bibliothèque nationale nous a permis d'examiner, parmi les récentes acquisitions de cet établissement (RéserTe, Ë. 1G84), quelques feuillets retrouvés dans une \ieille reliure, que la similitude des types fait attribuer aux presses de Jean Bouyer. Deux de ces feuillets, de format in-fol, sont des lettres d'indulgence accordées à l'église de Saintes,

vide absolu qui règne entre les années 1505 et 1513. Les presses des deux associés sont-elles restées silencieuses pendant cette période ? Les travaux qu'elles ont pu produire ont-ils échappé à nos recherches, ou sont-ils k jamais perdus pour nous î Nous ne savons, et tout ce que nous pourrions dire à ce sujet ne serait que de simples conjectures.

Avec Jean Bouyer et Guillaume Bouchot, Timprimerie avait quitté le bourg de Saint-Hilaire pour venir s'installer dans un autre quartier de Poitiers, auprès de l'église de Saint- Hilaire-de-la-Celle, qui était, en même temps qu'une abbaye de chanoines réguliers, une des paroisses de la ville; pendant toute la première moitié du xvi® siècle, des presses fonctionnèrent sur ce point. Le voisinage de deux autres maisons religieuses, le chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier et l'abbaye des dames de la Trinité, avec leur cortège ordinaire d'écoles^ procurait sans doute un débouché facile au commerce des livres, car ce quartier, aujourd'hui si tranquille, fut de bonne heure habité par les libraires (1). Le premier dont l'existence

qui doiyent remonter aux premiers temps de Texercice de notre imprimeur. En Toiei les premières lignes :

Le : pardon de Xaintes : || Sensuyuent les clauses extraictez des bulles originales de Xaictez par lesqlles nrê sait père le pape declairet ,| q son entention est que non obstant quelconques reuocations. ou suspencions des Idulgences : en gênerai || ou en particulier. Soubz quelque forme et teneur quelle se puissent faire Pouse que lesdi/es reuocations ou su- || spencions se fissent : durant le tC'ps de dix ans du pardon. Ëtiam si elles se fasoient en faueur de la tuytion || de la foy catholique contre les turchs. et eoneroys de la foy : il yeult que lesdt/s pardons indulgences grâces et || facullcs. auc* troyees par luy et ses prédécesseurs a la dicte église de Xaintes. sortent piainyeremêt leur efTect. || Par telle forme et manière, que si nulles reuocations. ou suspencions desdt<e« indulgences : auoyent este faictez || De quelque teneur que puissent estre lesdites reuocations. ou suspêcions. Yoire s'il esloit faicte mencion expresse || desdites indulgences : octroyées a ladt/e église de xainctes. || Sequitur clausula prime bulle....

Un examen trop rapide ne nous a pas permis de déterminer deux autres feuillets de même origine, qui allaient, ayee les deux précédents, passer dans Tatelier du relieur.

(i) Le collège de Montanaris, ceux du Puygarreau et de Sainte-Marthe qui existaient ayant le zvi* siècle, en étaient aussi assez rapprochés.

nous soit révélée est Mathieu Boys. D*aprés le Registre des assises de Tabbave de Saint -Hilaire- de -la- Celle (1)^ le procureur de la cour exerçait des poursuites a contre Mathieu Boys, libraire, pour tenir nect devant ses maisons et jardins et pour bailler déclaration », â la date des 7 juillet 1488, 14 décembre 1489, 10 janvier 1490 (v. st.), septembre 1498 et 23 février 1507 (v. st.) ; û celte dernière date, les poursuites n'eurent pas de suite, car on lit sur le registre, au-dessus du nom de Mathieu Bovs : a Mort ».

Pour en revenir à nos deux typographes, nous ne saurions guère autre chose sur leur compte, sans un important document qui appartient û la Société des Antiquaires de TOuest et qui a été signalé dès 1835 par M. Rédet (2) ; nous voulons parler du testament de Jean Bouyer. Nous allons extraire de cet acte tout ce qui intéresse notre sujet et nous nous livrerons aux commentaires que sa lecture nous suggérera. Le testament, écrit sur une grande feuille de parchemin, débute ainsi :

« Jésus, Maria. En nom du père et du filz et du sainctesperit, Amen. Je Jehan Bouhier, prebtre, curé de la Résurrection de Poitiers, sain et en bon point de mon corp et de mon entendement, ordonne et faiz ma dernière voulunté et testament en la forme et manière qui sensuyt. .. »

Il déclare qu'il veut être inhumé dans Téglise de la Résurrection, en la chapelle de Notre-Dame. Il institue pour ses héritiers Jean Joussant le jeune, menuisier, Françoise Joussant, femme de Robert Roy, sa sœur, Jacques Joussant et Françoise Joussant, ses neveux et nièces. Il déshérite d'abord Jean Joussant Talné, qu'il a toujours gardé avec lui depuis l'âge de sept ans, à cause de Tingratitude que celui-ci lui a témoignée, mais il revient sur cette disposition à la fin do son testament et lui donne une part d'héritier.

« Et pource que longtemps j*ay heu l'administracion de la despence de la maison et aussi que pour mon particulier j'ay basty des maisons et qu'il ne puyt estre que je n'aye prins

{{) Arcb. de la Vienne, Abbat/e de Saûi/-//i7aire-de-/a-CeHe, liasse G8. (2) BulL de la Soc. des Aniiq. de l'Ouest, t !•', p. 74.

— aède l'argent commun pour moy particulièrement, je vieulx que mon compaignon maistre Guillaume Boucbet preigne sur tous et châscun mes biens dix escuz d'or, et vieulx oultre que tous les ustensiles touchant rimprimerie soient à luy durant sa vie, et après sa mort qu'ilz retournent à mesdictz nepveuz et nyepces dessus nommez. »

Il fonde ensuite dans Téglise de la Résurrection, en la chapelle de Notre-Dame, une stipendie de deux messes par semaine. Il donne à l'église de Courçon où a été enterré maistre Maurice Bouhier^ son oncle, quinze sous de rente assignés à Courçon, pour deux messes annuelles. Il donne aussi à la Fabrique de Courçon un écu d'or de rente, assis sur des particuliers de Courçon, pour faire dire dix messes.

« Item, et au regard de mon patrimoine que j'ay à Mauzé, je le donne à mes héritiers. »

« Item, je ordonne mes excecuteurs de ce présent testament maistres Charles Richard, maistre Mathurin Lymousin et mon compaignon maistre Guillaume Boucbet, et pour leur peine je veulx qu'ilz preignent sur tous mes biens chascun cent solz. Item, ma part et portion des logis de l'imprimerie et des logis neufz qu'ilz soient venduz et adeuerez, affin que chascun de mes héritiers en ayt sa part et portion. »

Ce testament a été reçu par deux notaires de Poitiers, M. Lymousin et Biget, le 19 juin 1515 ; le 26 juillet de la même année^ il était immatriculé dans les registres de la cour de rOflScial, et par une quittance du 17 septembre suivant écrite au dos du parchemin et signée de lui , « Guillaume Bouchot, libraire et imprimeur demourant à Poitiers », reconnaissait avoir reçu des héritiers Joussant les dix écus d'or qui lui avaient été légués. Voici sa signature :

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Mais pouvaii-<*n s'aiîendre à découvrir dans cet itupriwuntr* libraire un prêtre, un cure vie Poitiers ? XvHts n'i^raorons jvas^ et nous lavons déjà la:>sè entendre^ que^ dans les p:vmiers temps de Fimprîmerie, 1 Eirlise donna ses envVunu^Mno^Us à l'art nouveau quVîle e^{vrait voir servir à lu diffusion de son enseignement ; mais entre oetie pivteoUon dosintèressiv au point de vue pécuniaire et la ixiriioipation diivote d'un do ses membres à une entivprise commerciale^ il y a une difféi\nu\^ capitale. Pourtant, il n'y a pas à en douter : le cuiv Bouyer demeurait avec son coaip;tgnon Bouohet, ils avaient des inunvts communs, ils imprimaient de compagnie des livi\>s \x^vu* les vendre, commerce qui se faisait dans leur maison, temindanlur apud domun impressorum.

En présence des termes du testament et des sentiments do pieux attachement qu'il témoigne pour son église do la Résurrection, on ne peut pas supposer que cette euro fût pour Jean Bouyer un simple bénéfice dont il tirait des revenus ; pauvre bénéfice en vérité que cette paroisse, peuplée uniquement d artisans et de gens du peuple, qui suflisait i\ peine aux frais du culte. L'église, dont il ne reste plus rien, était située entre la rue de TArceau et Tabbaye de la Trinité, et la paroisse,

(1) Arch. de la Vienne, Abbaye do Saint^IIU&ire^de'là-Celh, liasse 68. D*après un Etat des cens qui restaient dûs à l'abbaye en 1508, Uou^'or possédait deux maisons dans le bourg de la Celle et Bouchet en possédait une.

de Jean Hall, rémois, qui pleure la mort de Troterellus et compose son épitaphe, et enfin une recommandation de l'ouvrage au lecteur. On peut inférer de ces pièces que Troterellus mourut vers la fin de 1500 et que le livre fut imprimé peu de temps après. Le cinquième feuillet porte ce

nouveau titre : Franciscî PbileUi De Educatione || Liberonim Opuft Saluberrimum, qui est suivi de la marque des imprimeurs, n° 160 de Silvestre agrandi. Au feuillet suivant commence le texte de l'ouvrage sous un titre de départ qui répète exactement le grand titre. Pour toute souscription à la fin du volume:

Finis deo gratias.

Sous son déguisement latin de Troterellus , nous avons reconnu Julien Tortereau, angevin d'origine, licencié en théologie et maître régent en l'Université de Poitiers. Il fut principal du collège de Puygarreau, et y eut pour disciple Jean Bouchot, qui fait son éloge dans une de ses Epitaphes de diverses personnes. Il avait aussi en bénéfice la cure de Migné, près Poitiers.

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