EXPOSITIO MAGISTRI PETRI TATARETI SUPER TEXTU
LOGicEs ARisTOTELis. ScquUur Clarissima singularisque totius philosophie nec non metaphysice Aristotelis magistri Pétri Tatareti expositio. In fine : Fructuosum facileque opus introductorium in logicam philosopbiam nec non metaphisicam aristotelis doctissimi uiri pétri lataret. diligenlissiine castigatum impensis prudentis viri Jacobi bezanceau mcrcatoris pictauôn. consumraatucn parisii cura peruigili magistri andree bocard. Anno domini millesicno. CCCC. nonagesimo quarto, décima die februarii. Charact. goth. cum sign. et pagg. num. foll. ex et cxxix. Insign. typogr. in fronte, in-fol. (Panzer, vol, ii, p. 306, verbo Parisiis.)
2. — (heures a l'usage de saintes.) In-8° goth. de 86 ff. à S5 lignes par page, sans chiff. signât, a-l.
Ce livre ne paraît pas avoir eu de titre. Le 1*' feuillet porte au r*' la grande marque de Thielraan Kerver, n° 50 de Silvestre, sans autre indication, et au v° un almanach pour 27 ans, qui commence û Tan iiiixx xiiii (1494). Au 2* feuillet, figure de V Homme anatomique. Chaque page est entourée d'une bordure à vignettes qui retrace des scènes de Tancien et du nouveau Testament ; il y a aussi de nombreuses gravures qui occupent des pages presque entières. Le volume se termine par
cette souscription : Les presêtes heures a lusage de xain || les (sic) furet acheuees par Maistre Jehâ phi- |1 lippe le xvi. iour de (sic) Januier. Lan mil. || CCCC. quatre, xx. et xvii. Pour Ja- || qs bezâceau Libraire demourâtà Poi- || ctiers deuât le palais a lêseigne de la te || ste noire.
(Biblioth. de Poitiers.)
Ainsi, d'après l'adresse qu'il donne sur ce dernier livre, Jacques Bezanceau demeurait devant le Palais, à l'enseigne de la Tête Noire. Il ne faut pas croire pour c^la que sa maison était située dans la rue qui porte aujourd'hui le même nom ; elle aurait été trop éloignée pour être désignée comme étant devant le Palais y et se trouvait plutôt sur la paroisse de Notre- Dame-la-Petite, dans la rue actuelle du Marché qui était, avec
celle des Cordeliers, un des quartiers habités par les libraires. On sait d'ailleurs qu'à Poitiers plusieurs maisons avaient parfois la même enseigne ; la Tête-Noire spécialement était l'enseigne de deux autres maisons situées, Tune dans la rue du Moulin-à- Vent, en face de la maison du Pin, et l'autre devant la porte du Pont-Joubert (1).
Nous n'entendrons plus parler de Jacques Bezanceau. Nous soupçonnons qu'il était mort avant 1508 et qu'il avait été remplacé par son fils, du nom de Jean. En effet, dan$ une assemblée tenue par les principaux habitants de la paroisse Notre-Dame-la-Petitele jour de l'Ascension, 1*^' juin 1508, on voit figurer entre autres Jean Be^anceaUj et aussi Jean de Marnef, dit du Liège, et Jean de Thouars, malheureusement sans l'indication de leur profession. Nous ne dirons rien ici de Jean de Marnef, mais nous sommes porté à reconnaître dans Jean de Thouars le fils d'un autre libraire qui s'appelait du même nom et était mort avant le 13 juin 1481, car ce même jour, sa veuve, Jeanne Tantine, agissant au nom de ses enfants, vendait à Jean Bouchet, curé de Notre-Dame-la-Petite, une rente de 30 sous sur une maison a sise en la rue par laquelle on va du Palais à l'église Saint-Pierre » (2).
Les de Harnef.
Nous arrivons à la famille qui a jeté le plus vif éclat dans les annales de la typographie poitevine. Dès la fin du xv^ siècle et pendant tout le xvi^, la dynastie des Marnef, qui se sépara de bonne heure en plusieurs branches, se plaça aux premiers rangs par le nombre, l'importance et la beauté des livres que, soit à Paris, soit à Poitiers, elle imprima elle-même ou fit éditer à ses frais. Si elle ne produisit pas, comme la famille Estienne, des savants de premier ordre et des écrivains distingués, elle compte
(i) Arch. de la Vienne, G. 1293 et 1133.
(2) Arch de la Vienne» G. 1124.
du moins parmi ses membres des érudits et des lettrés comme cet Enguilbert -de Marnef dont la boutique était au milieu du XVI* siècle le rendez-vous des beaux-esprits qu'attirait à Poitiers la grande réputation de l'Université.
La Caille, dans son Histoire de V Imprimerie (p. 70), parle des Marnef en ces termes : « Ils estoient trois frères, tous habiles imprimeurs et libraires, qui ont esté associez et ont imprimé quelquefois ensemble. Ils avaient une marque représentée par trois symboles, des Griies qui font un nid en volant, un Perroquet qui parle, un Pélican qui donne la vie à ses petits, et trois bastons sur lesquels sont les premières lettres de leurs noms, scavoir G. qui signifie Geoffroy, E. Enguilbert, et /. Jean. Enguilbert eut plusieurs enfants, entr'autres Jean et Enguilbert, qui allèrent s'établir à Poictiers où ils imprimèrent plusieurs livres vers Tan 1550. »
Nous sommes loin d'accepter sans réserves toutes les assertions de La Caille. D'abord sa description de la marque ou plutôt des marques des Marnef, car il y en a plusieurs, est inexacte ; les grues et le perroquet n'existent que dans son imagination (1), ainsi qu'on peut le voir par l'excellent recueil de Marques typographiques de Silvestre auquel nous avons déjà eu souvent recours. Puis, si l'on tient compte de la position des initiales E, I, G, les frères de Marnef sont Enguilbert, Jean et Geoffroy, selon l'ordre de primogéniture. Enfin ce ne furent pas les enfants d'Enguilbert, ce fut Jean, son frère, qui vint s'établir à Poitiers, et cela bien avant 1550.
Les Marnef semblent n'avoir été que libraires à l'origine. Ils demeuraient à Paris dans la rue Saint-Jacques , près de l'église Saint-Yves, et avaient deux enseignes, par conséquent deux boutiques, la Fleur de lis et le Pélican ; celle-ci eut une existence beaucoup plus longue que l'autre. La première fois que nous trouvons leur nom mentionné sur un livre remonte à 1481, année où Geoffroy* faisait paraître: Radulphi de Montfiquet
(!) L*oiseau que La Caille a pris pour un perroquet est le pélican mâle, perché à droite dans un arbre, tandis que la femelle est dans son nid ayec ses petits, à gauche.
iradaius de eristeniia vxms Ckris^:i m junmsi$rr;o 0l:ari$ sacrameiuo^ in-fcL ilh G^offr»T coa;:r.ua à publier tantoi $euU tantôt arec Eoguilbert, mais nous ne voyons appaniur^ que pliK tard le nom d*un Jean à Paris ; il f.gT^n? en 1515 sur le titr^ de la 3* partie des LUistrcuù'is de Gaule et Srij:i*ar::es Je Troye^ de Jean Le Maire de Beîi?es-
Les Mamef avaient des relations commerciales très étendues et ils établirent des succursales dans plusieurs villes de France* Nous les trouvons d'abord à Bourses. A une date plus ou moins v(Msine de 14SS, des Heures à Fusa^ de ce diocèse parurent avec la marque que Silvestre attribue à Geoffroy dv^ Mamef sous le n*" l305 de son recueil et le nom de M. E. Jehannot , qui était un imprimeur de Paris et qui avait apparemment exécuté le travail (2). L existence de cet établissement est confirmée d*tme manière expresse en Tannée 1500. La Règle de saint Benoit (3) porte cette adresse : Vénales exiani Bùuris in magno vico apud pellicanum ^ et ce colophon : CyJinisL.. Imprime A Paris pour Geoffroy de Mamef libraire le Vit iour de sepmil cinq cens. Un autre livre , qui est sans date, mais de la même époque, « La reigle et epistres de monsieur sainot ierosme » , porte aussi comme adresse : El sont a vendt^e au pellican deuant sainct y ces a paris ; et a bourges en la grant rue a ladicte enseigne du pellican^ et ce colophon : Cy^finisL.. Imprime a paris pour Geoffroy de Mcu^nef libraire. Les Coutumes de Berry, imprimées en 1512 à Lyon par Jacques Myt avec la marque des Marnef, furent réimprimées & Paris lo 31 janvier 1526 (v. st.) pour Enguilbert de Mamef ^ demeurant dans cette dernière ville, rue Saint-Jacques, à l'enseigne du Péli* can. Ces deux éditions n'indiquent pas de lieu de vente à Bourges,
(i) Panzer, toI. ii, p. 283.
(2) Au-dessous de la marque des Mamef» on Ut : horb ad usum bitu- RICBN II M. E. JEHANNOT. Au T^ de ce titre, Almanach pour zzi ant, lesquels ans ne sont pas indiqués, mais Tont, d après les dates de Pâques et le Comput, de 1488 à 1508. In-8o goth. dont il ne reste que 8 fT. oonsenés h la Biblioth. nat., Réserve, n» 18572.
(3) Régula beàtissimi patrU benedicti e latino in Gàllicum êermonem per reverendum dominum Guidonem Juvenàlem traducU. In*4* goth.
— aimais en 1522, Enguilbert s'associait avec d'autres libraires pour faire imprimer à Limoges par Paul Berton le Bréviaire de Téglise de Bourges, ordonné par Tarchevêque François de Bueil, et ce livre porte aussi : Venundantur Bituris et Parisii sub intep" cinio LiUi aurai et PellicanL Ces adresses figurent également sur le Missel de Bourges publié la même année par les mêmes libraires. Enfin, en 1529, « Le Stille de Court laye... observé par devant MM. les Bailli de Berry et prevost de Bourges. .. », qui était imprimé à Paris par Jean Petit, était à vendre à Bourges à lenseigne de la Fleur de lys et a lenseigne du Pellican (1). Le représentant ou l'associé de Marnef à Bourges était alors le libraire Bérard Paon, qui logeait dans la Grande-Rue, à l'enseigne du Pélican (2).
Nous retrouvons un Marnef à Tours, faisant imprimer en 1494 (nouv. st.) par Simon Pourcelet un Bréviaire à l'usage de Saint-Martin de Tours. Voici le colophon de ce livre ': Exaratum elaboratumque est perpulchre ac artificiose Turonisper Simonem Pourcelet ejusdem civitatis oriundum in intersignio Pellicani commorantem anno gracie Domini millesimo quadringentesimo nonagesimo tercio die vero décima mensis februarii. Dec gracias. Deux ans après, « La Vie et Miracles de Monseigneur sainct Martin » était imprimée dans la même ville par Mathieu Lateron le septiesmejour de may Van mil cccc un XX et xoj pour Jehan du Liège marchant libraire ^ demeurant d Tours en la rue de la Sellerie, à lymage de saint Jehan l'evangélisle près des Augustins, .
Ce Jean du Liège , tout le monde en est d'accord , n'est autre que Jean de Marnef, dit du Liège, que npus retrouverons en. ce même temps établi à Poitiers. Mais nous sommes en contradiction avec M. le docteur Giraudet (3), qui ne veut pas recon-
(1) La Fleur de lis était une marqae de Jean Petit , comme le Pélican fut aussi employé par Âmbroise Girault , mais sans qu'il y ait de confusion possible avec le Pélican des Marnef.
(2) Histoire des imprimeurs et libraires de Bourges, par M H. Boyer. Bourges, JoUet-Souchois, 1854, in-S®.
(3) Les Origines de l'Imprimerie à Tours. Tours, Rouillé-Ladevèie, 1881, in-So.
naître renseigne de cette fomiUe dans le Pélican de Simon Poorcelet, Pour lai, Jean de Mamef n*a pas participé à Timpression do Bréviaire, la preove en est à ses yeux dans certaines pièces fort intéressantes qu'il publie , mais où nous ne voyons rien de concluant pour notre différend, et surtout dans ce fait que Simon Poorcelet habitait en 14S4 une maison de la rue de la Monnaie avec renseigne du Pélican^ tandis que Jean du Liège demeurait en 1496 dans la rue de la Scellerie , sous renseigne de Saint-Jean TEvangélisie- Cela est vrai, mais rien ne s'oppose à ce que Jean du Liège ait installé un imprimeur à Tours avec son enseigne traditionnelle du Pélican et ait ouvert en même temps une boutique de libraire dans une autre maison connue déjà par une autre enseigne qu^il aura tenu à conserver. Cette pluralité d'établissements n'était pas plus rare alors qu'elle ne Test de nos jours ; à Poitiers , par exemple , Jacques Bouchet , pendant de longues années, a eu simultanément son atelier typographique auprès de Saint-Hilaire-de-la-Celle, et sa boutique de libraire dans la rue des Cordeliers. Certes, tous les Pélicnns ne se rapportent pas à un Mamef (1) ; mais quand on rencontre à cette époque un Pélican à côté d'un Marnef et que ce Pélican est l'enseigne d'un imprimeur^ il y a une forte présomption de croire que, comme à Bourges et à Poitiers, ils ne sont pas étrangers l'un à l'autre. Nous pensons, du reste, que la succursale fondée à Tours par Jean de Marnef n'eut qu'une existence passagère, car elle n'a pas laissé d'autres témoignages que les deux volumes que nous avons cités.
Jean de Marnef aurait-il eu aussi une imprimerie i\ Valenciennes ? La question est épineuse. Quatre pièces de vers de Jean Molinet, le Débat de Cuidier et de Fortune^ d'Olivier de la Marche, et les Chansons georgines^ de George Chastelain, furent imprimées dans cette ville sans date, mais vers 1500, de par Jehan de Liège et par Jehan de Liège. Faut-il voir dans ce Jean de Liège la même personne que le Jean du Liège
(i) Nous ne réclamons rien pour les Mamef sur le Pélican de Strasbourg, à l*enseigne duquel a été publié ce liTre : Instruction très utile par laquelle un chacun se pourra maintenir en santé tant au temps de peste comme en autre temps, par maistre Jehan Guinter, d*Andemao. Strasbourg^ àu Pélican^ ihil, in-8».
de Tours ? M. P. Deschamps, après avoir penché pour Taffirmative dans son Dictionnaire de géographie à l'usage du libraire (verbo Valentiana) , revient sur cette opinion dans son Supplément (verbo Turoni)^ parce qu'il a reconnu dans le Jean du Liège de Tours Jean de Marnef , dit du Liège, auteur de la branche poitevine. Cette identité n'est peut-être pas suffisante pour lui enlever du premier coup l'imprimerie de Valencienncs ; ledit Jean, comme nous allons le voir , était bien déjà établi à Poitiers avant d'avoir sa succursale de Tours, et avec son caractère entreprenant, il n'y aurait rien d'impossible à ce qu'il en eût fondé une autre un peu plus tard à Valencienncs. Cependant nous ne plaidons pas pour une cause en laquelle nous n'avons pas foi ; Valencienncs nous paraît bien éloigné de Poitiers pour que notre Jean ait songé à y créer un établissement, et après avoir exposé les faits, nous laisserons au lecteur la liberté de formuler lui-même ses conclusions.
On est incertain sur la raison qui a fait donner à Jean de Marnef ce surnom de du Liège, L'opinion la plus plausible est celle qui voit dans cette épithète l'indication du lieu de son origine, selon l'habitude du temps. Jean de Marnef serait donc venu du Liège, c'est-à-dire du pays Liégeois (1). Mais s'il est le frère de Geoffroy et d'Enguilbert, comme le dit La Caille, il est étrange que ceux-ci n'aient pas reçu une qualification analogue; à moins que Jean, sans être natif de cette contrée, n'y ait fait pendant sa jeunesse de longs séjours. En tout cas , à Poitiers il est presque toujours appelé Jean de Marnef, dit du Liège, ou même simplement Jean du Liège, et ce surnom se transmit à plusieurs de ses descendants (2).
(1) Un de nos correspondants de Belgique nous fait savoir que le nom de Marneffe est très connu dans ce pays. Il était porté par une famille noble de la province de Namur qui s'est éteinte, croyons-nous, dans ces dernières années. Il est aussi assez répandu dans les classes d'artisans de la province du Hainautetdes Flandres.
(2) Il n'y a rien de .commun entre les de Marnef, dits du Liège, et une famille du Liège qui existait à Poitiers avant eux. En 1469, un Jacques du Liège était chanoine du chapitre de Sainte-Radégonde. Le 12 janvier 1478 (y. st.) , des lettres de sauvegarde étaient délivrées à un autre Jacques du Liège , bachelier es lois , étudiant en la faculté de décreU de l'Université de Poitiers, par Maurice Clavcurier, conseryateur des privilèges royaux de cette UniTersité. (Arch. de la Vienne, G. 1368 et D. 1.)
Nous n'avons que des données indécises sur Jean de Marnef avant son arrivée à Poitiers. On ne sait pas au juste i quelle époque il se fixa dans cette ville; mais, sans parler des livres qui portent son adresse, dès Tannée 1485 on Vy rencontre d'une façon stable et permanente, ayant, comme on dit, pignon sur rue, sans préjudice, bien entendu, des fréquents voyages que devaient lui imposer ses affaires et notamment sa succursale de Tours. Ainsi il ressort de deux arrêts du Parlement, des 17 juillet et 14 août 1509, qu'il avait depuis vingt-quatre ans la jouissance d'une maison sise à Poitiers, contiguë à celle de Louis Garin, cUiàs Guérin, praticien, avec lequel il était en procès (1). Le 11 janvier 1493 (v. st.) il fait un accord avec Tabbaye de Nouaillé, propriétaire des Arènes ou Palais-Gallien^ pour une autre maison qu'il possédait, attenante à ces Arènes (2). On lit encore, à la date du 3 mai 1499, dans l'interrogatoire d'un particulier accusé de certains méfaits : « Interrègne si un an a ou environ, il baptit, bleça et oultragea ung libraire pour lors demeurant en l'oustel de Jehan Du Liège, dit que non... » En continuant la lecture de cette pièce , nous y voyons cité le nom d'un autre libraire, Philippe Pichon, dit Jean des Vignes, que nous saisissons au passage (3). Enfin nous avons trouvé dans une analyse de papiers contenue dans l'inventaire dressé après le décès d'un de ses descendants, des énonciations de titres qui prouvent sa présence à Poitiers pendant les années 1500, 1504, 1506, 1507 et 1509. Nous reviendrons sur cette pièce avec plus de détails dans une prochaine étude.
Nos lecteurs ï\q manqueront pas d'être frappés de cette date
(!) Arch. Nat., XlA, 4850. fol. 713, et 447, fol. 33!. — Jean de Marnef, qui était appelant d'une sentence du conservateur des privilt^ges royaux de l'Uni' ▼ersité de Poitiers , avait a \eue et autres grans aisances o sur la maison de Louis Garin, et celui-ci avait fait élever de nouvelles constructions, « tellement qu'il otfusque toutes les veues et empêche les aisances de la maison dudit appelant, et si édifie sur son mur ». Les deux arrêts du Parlement ne portent que sur un point particulier de la procédure et ne donnent pas d'autre renseignement digne d'intérêt ; l'enseigne du Pélican n'y est même pas nommée, mais nous savons par une autre pièce qu'il s'agit de cette maison.
(2) Arch. de la Vienne, Titres de l'abbaye de Nouaillé, liasse 59.
(3) Ibid., G 646. Cette pièce a été imprimée dans les Documents inédits pour servir à l'histoire du Poitou publiés par la Soc. des Antiq. de l'Ouest, p. 41.
de 1485, à laquelle les deux arrêts que nous avons découverts font remonter rétablissement de Jean de Marnef à Poitiers ; c'est là en effet un renseignement tout nouveau apporté au débat. Cette date est confirmée en partie par les lettres-patentes du roi Louis XIII accordées le 6 janvier 1611 à un descendant de la famille Marnef. Il y est dit: « Louis, par la grâce de Dieu... Notre cher et bien amé Jean de Marnef (1) , notre imprimeur en notre ville de Poitiers, nous a fait remontrer qu'en considération de ce que ses prédécesseurs auroient été les premiers qui auroient exercé Timprimerie tant en notre ville de Paris qu'audit Poitiers depuis six vingts ans et plus, où i.s ont toujours depuis de père en fils continué cette profession d'imprimeur... (2) ». Mais alors, pourra-t-on se dire, puisque les Marnef sont les premiers qui auroient exercé l'imprimerie audit Poitiers et qu'on y constate leur présence en 1485, on doit leur attribuer l'impression du Coutumier de 1486 et même des autres livres du même groupe, et par conséquent celle du BreoiouHum historiale.
Pour nous qui ne voulons prendre dans les actes que ce qu'ils ont de rigoureusement exact, nous ne poussons pas aussi loin nos conclusions et nous croyons toujours les Marnef étrangers aux incunables de notre première série. Dans les lettres-patentes de 1611 il faut faire la part d'une hyperbole qui était de circonstance et rejeter l'affirmation insoutenable que les Marnef auraient été les premiers imprimeurs de Paris et de Poitiers. Nous ne voyons donc en Jean de Marnef, dit du Liège, qu'un libraire qui est venu s'établir à Poitiers en 1485 ou quelque peu avant, mais nous sommes tout à fait disposé à reconnaître dans la marque du premier Coutumier, sans lieu ni date^ cité par Brunet la lettre M^ initiale du nom de Marnef et aussi de celui de la Vierge Marie, ce dernier accompagné de ses attributs habituels, la sphère du monde, le croissant, les étoiles et la croix; on sait que ces espèces de rébus étaient fort à la mode aux xv® et
(1) Jean IV de Marnef, arrière-petit-iils de Jean, dit du Liège.
(2) Ces lettres dont nous connaissons Toriginal ont été citées par M. P. Deschamps dans son bictionn&ire de géographie, yerbo Limonum,
xn* àèdfls. Les firàres de Marnef senieot donc à nos jreax l«s éditeurs du Cootumier suis date . qu'ils auraient fût imprimer «1 d^ors de P<hU«s, probablemeot à Paris. Ce lirre, qu'on peat sans obstacle faire descendre en 1484 on 14%, marque pour noos la genèse de leurs relations industrielles arec Poitien, ce qui jusqu'à présent était loin d'être prouvé.
L'existence de l'atelier typographique de Jean de Marnef n'apparaît qu'au xvi' siècle, ainsi qu'on va le voir. Dans l'ênumération qui suit nous n'avons pas compris seulement les livres imprimés dans cet atelier poitevin, mais aussi ceux dont les Mamef furent les éditeurs pour notre province. Cette liste montrera en même temps la communauté d'intérêts qui existait entre Jean et sa famille de Paris.