‹ L'imprimerie à Poitiers et dans la VienneChapitre 46 sur 65 · Chapitre I. — LOUDUN · texte numérisé non relu

Chapitre I. — LOUDUN

Quentin Maréchal

ou s avons discuté dans de précédentes études les origines de rinnprimerie à Poitiers, et nous avons émis Topinion que Jean et Etienne de Gradi y apportèrent, probablement en 1478, l'art inventé par Gutenberg. L'industrie nouvelle se répandit peu à peu sur tous les points de la France. A Poitiers même elle se développa rapidement et jeta au xvi** siècle un éclat qui n'a pas été surpassé depuis. Mais il fallut attendre plus de cent ans la création d'autres ateliers typographiques dans les villes secondaires de la province. C'est en 1594 seulement que Thomas Portau vint se fixer à Niort; c'est au début du XVII* siècle que Fontenay voit fonctionner les presses de Jacques Dangicourt et de Pierre Petit-Jean ; ce fut en 1616 qu'Agrippa d'Aubigné appela à Maillé l'imprimeur

de Niort, Jean Moussât, pour répandre ses œuvres dans le public. Enfin, pour la partie du Poitou qui forme maintenant le département de laVienne, c'est en 1619 que Quentin Maréchal arrive à Loudun et y fonde un établissement qui ne devait avoir qu'une courte existence. Il est intéressant de remarquer que Técho des luttes religieuses qui désolèrent si longtemps le Poitou se fait entendre dans toutes ces petites imprimeries et que celles-ci s'alimentent tout d'abord presque exclusivement de productions empreintes des passions du moment. Si la guerre entre catholiques et protestants faisait trêve sur les champs de bataille, elle se continuait non moins ardente dans les discussions et les écrits. Une autre observation à noter est le rôle prépondérant que prennent les protestants dans ces importations de la première heure. Il est vrai que Poitiers, la ville profondément catholique, produisait à elle seule plus que toutes les autres imprimeries réunies de la région, y compris la Saintonge et TAunis.

Loudun était alors une des villes du Poitou (1) où les adeptes de la Réforme étaient le plus nombreux et le plus puissants. Nous rappellerons la fameuse conférence qui s'y tint en 1616 et aboutit au traité connu sous le nom de Paix de Loudun. Cette ville ne possédait pas encore d'imprimeur, et en cette même année il fallut recourir aux presses de Thomas Portau^ qui avait depuis longtemps transporté son atelier de Niort à Saumur (2), pour y faire imprimer le

(i) LouduQ était îe siège d'un bailliage qui ressortissait du parlement de Paris et le chof-lieu d'une ëlectiou dépendant de la Généralité de Tours. Le pays de Loudunais fut envahi de bonne heure par les comtes d'Anjou et détaché du Poitou, mais il a toujours fait partie du diocèse de Poitiers; il était régi par une coutume particulière.

(2) Voici les dernières impressions de Thomas Portau à Niort: Réponse de G, Paeard aux censures et repréhensions du Provincial des Car»

« suie et règlement des Bailliage et Prévosié royal de Lodun », petit în-8* de 80 pages.

Peu de temps après, en 1619, les députés de toutes les églises réformées de France se réunissaient à Loudun, avec la permission du roi, pour y tenir leur assemblée générale ; ils y discutaient les intérêts de leur parti et aussi, par occasion, Tautorilé dû pouvoir central. C'est dans ces circonstances que Quentin Maréchal apporta son mince bagage typographique dans la petite ville alors très agitée, soit qu'il y fût appelé par les protestants désireux d'avoir un imprimeur sous la main, soit qu'il se sentit attiré par l'espoir de recueillir travail et profit des événements qui allaient se passer. Il pouvait en tout cas compter sur un bon accueil de hi part de ses coreligionniiires , car il appartenait alors à la doctrine réformée, sauf à l'abandonner si son intérêt le commandait, comme la suite nous le montrera.

Quentin Maréchal nous paraît tout à fait étranger au Poitou. Appartenait-il à la grande famille des Maréchal qui

mes gui est à La Roche foueaut faite» sur certains poincts de ses eecrits, A Niort, par Thomas Portau, 1600, in-8* de 54 p.

Le Protocole des notaires, tahellions, greffiers, sergents et autre» praticiens de Cour laye, contenant ta manière de rédiger par escrit tous contracts, itistru' mens, partages, inventaires, . . De nouveau reveu et corrigé. A Niorl, par Thomas PorUu, 1600, iD-12 de iOt p. Dumér., plus 11 ff. nou chiff. pour la Table.

(Cette édition n'a jamais été citée.)

Déclaration de Père Edmon de Beauvat, jadis Jésuite, docteur en théologie, et prédicateur en Bourbonnais, publiquement finie de vine voix en l'église reformée de S. Amand en ladite province, le dimanche 16 Juillet Mil six cens. . • A Niort, par Thomas Portau, in-4* de 14 p.

Dès l'année suivante il imprimait à Saumur : Advertissement du sieur du Plessis [-Mornag] à MM. de C Église romaine sur Vescril n'agueres publié par le sieur Evesque d'Evreux, A Saumur, par Thomas Portau, 1601, in-8*.

En 1612, Pierre le Proust, sieur de Beaulieu, avocat de Loudun, faisait imprimer à Saumur par Thomas Portau ses Commentaires sur les Coustunuss du pays de Loudunois, in-4* de 596 p. numér. sauf la dernière, plus 11 ff. non ch. pour la Table et l'Errata.

dès le XV' siècle et pendant tout le xvi*, occupa un rang 1res distingué dans la typographie lyonnaise ? Nous Tignorons et nous ne connaissons à Lyon aucun membre de cette famille ayant porté le prénom de Quentin. C'est dans une ville de la Champagne que nous découvrons pour la première fois Quentin Maréchal qui imprime le volume suivant :

MODELLES ARTIFICES de feu et divers instrutnens de gu£rre avec les moyens de s'en prévaloir , Pour assiéger , battre, surprendre et deffendre toutes places utiles et nécessaires à tous ceux qui font profession des armes. Par Joseph Boillot Langrois. A Cbaumont en Bassigny, chez Quentin Marescbal, imprimeur et libraire. M. D. XCVIII. Avec privilège du Roy.

In-f* (i ) de 5 ff. prélim. et 204 pages numér. par erreur 203, titre gravé et 90 planches gravées sur cuivre dont la plupart sont signées de J. Boillot. Certains exemplaires contiennent peut-être un plus grand nombre de planches, car sur celui que nous étudions plusieurs pages destinées à recevoir des planches sont restées en blanc. Les 5 S. prélim. sont pour le titre, une épître de l'auteur Au Roy^ un avis Au lecteur^ cinq sonnets Sur les Artifices de feu et autres inventions de Joseph Boillot^ signés de /• Le Gros et de /. de Monthien, et un Extraict du privilège accordé pour six ans le 6 juillet i597 à Joseph Boillot.

Cet ouvrage n'a pas seulement l'importance, très grande à nos yeux, de nous faire entrer en connaissance avec notre personnage, il ofiTre aussi cet intérêt d'être le premier livre réputé pour avoir été imprimé à Chaumont-en-Bassigny.

(!) Nous avoDS toujours vu ce volume annoncé comme étant de format in-4% mais dans notre exemplaire les pontuseaux sont verticaux et les cahiers sont de six feuillets.

C'était de plus une œuvre estimée au point de vue technique du sujet traité par l'auteur, et il fut réimprimé en 1603 à Strasbourg par Bertram avec la traduction allemande de Jean Brantz, in-folio. Pour ses débuts, Quentin Maréchal avait eu la main heureuse.

Nous ne savons s'il resta longtemps à Chaumont après ce premier travail et pendant dix-huit ans nous le perdons complètement de vue. Nous supposerions volontiers qu'il avait travaillé d'abord à Langres, probablement comme ouvrier de Jean Desprez qui y était maître imprimeur. Ce fait expliquerait tout naturellement que Joseph Boillot (1), dont il aurait su se concilier les bonnes grâces, ait favorisé son établissement à Chaumont, situé à une douzaine de lieues de là, en lui confiant la commande de son ouvrage. En outre, c*est certainement à cette époque qu'il dut se marier avec Bénigne Ladmiral, « native de Langre, » dont nous constaterons plus tard l'origine.

Nous ne le retrouvons qu'en 1616, dirigeant une nouvelle exploitation dans une petite ville de l'Orléanais, à Jargeau, qui était alors un des principaux foyers du protestantisme et une des places de sûreté du parti. Voici la description du petit volume dû à son industrie :

LA SAUVEGARDE des Roys^ exposée en un sermon au jour de la publication de la paix à G erg eau. Par David Home^adminislre de la parolle de Dieu (g). A Oergeau, par

{\) Boillot, Adèle partisan d'Henri IV qu'il avait servi en qualité d'ingénieur militaire, obtint de ce prince l'emploi de contrôleur du grenier à sel et de directeur du magasin des poudres et salpêtres & Langres. En 4592, il avait déjà fait imprimer par Jean Desprez un ouvrage d'architecture dont nous n'avons pas h nous occuper ici.

(2) David Home, d'origine écossaise, fut pasteur à Duras en Guyenne et & Jargeau. Il est auteur de plusieurs ouvrages et entre autres de deux libelles très violents contre les Jésuites, Le Conlr^assattin ou response à Vapoîogie des jéiuites, . . et VAuassinat du Roy ou Maximes du Vieil de la Montagne, . . , pu-

Quentin Mareschal, imprimeur et libraire, 1616. — Pet. in-8^ de 4 ff. prélim., 162 pages numér., plus 4 autres ff. non ch.

Les ft. prélim. sont pour le litre et une dédicace au duc de Sully. Les 4 fif. de la fiD coDtiennent un Chant de louange à Dieu pour la paix, un avis de Vauteur et Vimprimeur aux lecteurs et un Hymne d^amour à la Sainte^Trinité. Sur le titre uoe petite vignette carrée représente le roi David, à genoux et en prière, taudia que l'ange exterminateur vole dans les nuages, tenant le glaive d*une main et uoe tête tranchée de l'autre (1).

L'exemplaire unique de cet ouvrage appartient à M. H. Herluison, chez lequel nous l'avons examiné. Il a figuré à l'exposition organisée en maljuin 1884 par la Société archéologique et historique de TGrléanals.

La présence de Maréchal à Jargeau s'explique très vraisemblablement par un événement qui s'était produit Tannée précédente. Grenoble avait d'abord été désigné aux protestants pour y tenir leur assemblée générale ; puis, cédant à leurs instances, le roi avait changé ce lieu et leur avait assigné la ville de Jargeau par un brevet du 4 avril 1615. Mais sur leurs représentations « des grandes diflGcultez et incommoditez qu'ils auroient audict lieu de Jargeau, tant pour la petitesse du logement que pour la pauvreté du lieu», le roi leur accorda un nouveau brevet, à la date du 23 mai^ pour se réunir définitivement à Grenoble (2), 11 n'est pas téméraire de supposer qu'au moment où Jargeau paraissait devoir être le siège de la réunion Maréchal fut attiré par l'importance exceptionnelle qu'allait prendre momentanément la petite ville. Il n'y fit pas d'ailleurs un long séjour et dès l'année suivante il était remplacé par un autre imprimeur ambulant, Daniel Denion, qui reproduisait par sa presse cette pièce de circonstance : « Arrest de la Cour de

bliés en 16L2 et en i6U, sans lieu d'i m pression, au sujet de l'assassinat de Henri IV.

(i) Sainte Bible, les Rois, liv. II, chap. XXIV, vers. 16.

(2) Négociations, lettres et pièces relatives à la Conférence de Loudun, publiées par M. Bouchillé, Paris, imp. impériale, 1863, in-4*, page 3.

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