‹ L'imprimerie du Port-Saint-NicolasChapitre 1 sur 2 · L'imprimerie du Port-Saint-Nicolas · texte numérisé non relu

L'imprimerie du Port-Saint-Nicolas

M. Amédée Aiifauvre, dans ^on Histoire de Nogent-sur- Seine, publiée en 1859, dit (page 256) qu' « au commen- « cernent du siècle dernier, il y a eu au Port-Saint-Nicolas (( une imprimerie fondée par M. Lebeau, qui a depuis (( transporté cet établissement à Provins o.

Reproduisant cette indication dans notre Histoire des Imprimeries de Troyes depuis 4789 et des autres Imprimeries du département de l'Aube depuis leur fondation (page 58), nous émettions deux doutes : le premier touchant la création par M. Lebeau d'une imprimerie au commencement du xvm^ siècle, que nous pensions devoir reporter à la fin de ce même siècle; le second sur le choix du hameau du Port, commune de Saint-Nicolas, près Nogent, pour exploiter un atelier typographique.

Notre doute subsiste entier relativement à l'époque et au titulaire de Timprimerie; quant à la présence de celle-ci au lieu indiqué, elle vient de nous être révélée par des documents récemment acquis et concernant son propriétaire, le sieur Pierre Brissct, lequel, d'ailleurs, n'était pas j)our nous un inconnu.

Voici ce qu'on sait à présent de lui et de son établissement.

Pierre Brisset, fils de Robert Brisset, aubergiste, et de Marie-Nicole Benoit, était né à Troyes, le 9 février 1755, sur la paroisse Saint-Nicolas.

Il quitta la ville à une époque indéterminée et on le trouve, en 1790, qualifié de « bourgeois demeurant ordinairement à Provins » . C'est avec ce titre que, le 17 avril 1790, alors de passage à Paris, il passa contrat de mariage par devant M" Ponnomel et Poupery, notaires au Châteleft, avec Marie-Louise Banry, née à Paris, faubourg Saint- Germain-l'Auxerrois, de Pierre-Philippe Banry, aubergiste, et de Marie Touzet. La future, « demeurant ordinairement à Provins », était déjà veuve d'Etienne Garnier le jeune, imprimeur-libraire à Troyes, qu'elle avait épousé le 16 mai 1768 (Saint-Pantaléon) et qui était décédé le 30 novembre 1783 (ibid.)^ laissant trois enfants mineurs 2.

Brisset apportait en mariage 10.000 1. d'argent et 2.000 1. d'effets mobiliers; sa com|)agne n'avait pas d'argent, mais elle possédait en propre des immeubles importants et pour 4.000 1. d'effets mobiliers.

Les immeubles consistaient eu diverses pièces de terre qui furent vendues 8.000 I. le 21 juin 1792, et en l'auberge dite du Porte-Erueigne, située au coin des rues de Croncels et de l'Eau-Bénite (n° 65 actuel de la rue Turenne) , à Troyes, qui fut cédée, moyennant 19.000 L, le 7 octobre suivant. Les deux é[)oux, continuant d'habiter Provins, se débarrassaient ainsi de ce qui pouvait les rattacher à la ville natale.

' Nous ne savons si la consécration religieuse de cette union eut lieu aussi à Paris; on n'en trouve de traces ni à Provins, ni à Troyes.

Remercions ici M. Louis Rogeron, typographe et publiciste à Provins, des utiles renseignements dont il a bien voulu éclairer nos recherches.

2 Voir notre étude sur les Garnier, imprimeurs et libraires à Troyes; Paris, Leclercy 1900.

Le 8 frimaire an III (20 novembre 1794), Brisset, qualifiée!' «imprimeur à Provins », s'associa avec Nicolas-Edme Corbet, l'un des gendres de sa femme, pour acheter, au prix de 79.500 1., le « ci-devant château », le parc et les terres du Port-Saint-Nicolas, « confisqués sur Jean-Antoine Terray, condamné »; il y exploita aussitôt une imprimerie.

Il existe aux Archives de l'Aube (L N, Dépenses des districts) des mémoires présentés par « les citoyens Brisset et imprimeurs à Nogent-sur-Seine », pour impressions faites du 1^' ventôse an III (19 février 1795) au 21 brumaire an IV (12 novembre 1795); mais d'autres pièces spécifient absolument que Pierre Brisset était imprimeur au Port-lès-lNogent dès le 15 messidor an III (3 juillet 1795). On l'y trouve à différentes dates postérieures, notamment lors du décès de son épouse, arrivé au Port le 20 nivôse an V (9 janvier 1797). La défunte était âgée de 47 ans.

Les enfants de Marie-Louise Banry firent dresser un inventaire des biens mobiliers laissés par leur mère et dont la plus grande partie leur revenait, aux termes du contrat de mariage.

Cet inventaire, daté du 24 nivôse, comporte notamment, à côté d'un assez bon mobilier, de deux vaches et d'une (( bête asine » , un petit matériel d'imprimerie dont voici le détail et l'estimation :

Une presse « garnie de ses blanchets, frisque<s et autres

atribus » 250 1.

Dix paires de « cazes » (casses) ... 151.

Trois (( porte cazes » 15 1.

Huit cents de caractères de différents corps 400 I.

Deux ramettes, deux châssis, dont

un 8" et l'autre 12° 12 1.

Un petit baril d'encre d'environ six

livres ' 5 1.

l'imprimerie du PORT-SAINT-^'ICaLAS

Neuf mannequins d'ozier 2 1. 4 4 s. '

Environ cinquante-deux rames de

papiers de toutes sortes 283 1.

Vingt livres de poupée et étoupes. . 15 1.

Soit à peu près i .000 1.

Dans les dettes actives de la succession, la municipalité de Nogent tigure pour la somme de 20 1., sans doute pour impressions; quant aux dettes « douteuses », montant à 4.120 1. 2 s., elles sont applicables comme suit :

Par l'administration du département de l'Aube, pour impressions faites pour le district de Nogent (c'est la contrepartie de la mention relevée aux Archives) 2841.

Par Jeanson, secrétaire de la mairie de « Trenelle )) (Traînel) 91.

Par Larsonneur, ci-devant greffier de la municipalité de Nogent 4 1.

Par le gouvernement « sur mémoire vériffié, en assign^S) 3.3081. 4 s. 6 d.

Par le même « sur mémoire vériffié, en assign*' » 471 1. 17 s. 6 d.

Un notaire, un huissier, un commissaire, etc., doivent le reste de la somme considérée camme étant d'une rentrée incertaine.

Dans les dettes passives, un seul article à retenir : 588 1. 17 s. 3 d. dus à De Mailly, fondeur de caractères à Paris. Une note marginale ajoute : « N\ Il n'a été payé que 90 1. en argent par tiers au dit fondeur, p'^ solde. »

Brissel garda une partie des objets portés à l'inventaire, mais le matériel ne figure pas dans le lot de ses reprises. S'il n'était à peu près certain qu'il eut comme associé M. Lebeau et si la tradition ne nous avait appris que celui-ci installa à Provins une imprimerie venant de Nogent, nous aurions pu croire que le matériel de Tateher du Port-

l'iMPRIMERIK du POin-SAINT-NirOI.AS

Saint-Nicolas fut réclamé par Ui (ils de la (léfuiite, Jean- Antoine-Etienne Garnier, et réuni à l'imprimerie (|ue celui-ci possédait à Troyes ou même à celle qu'y tint aussi sa femme, après leur séparation de biens, de 1795 à 1804.

Le 4 pluviôs(; an V (23 janvier 1 797), Brisset n'élait plus que « propriétaire au hameau du Port » ; il y résidait encore le 26 iloréal (15 mai). Nous perdons ensuite sa trace pour ne le retrouver qu'en 1822, propriétaire au faubourg de Preize, sur l'ancienne commune de Saint-Martin-ès- Yignes, aujourd'hui rattachée à Troyes. H y mourut le 25 mai 1826, époux en deuxièmes noces de Rose-Victoire- Adélaïde Guénifet.

11 y a donc eu véritablement une imprimerie au Port- Saint-Nicolas ; M. Aufauvre était bien renseigné sur ce point. Mais nous continuons à nous demander pourquoi il en attribue la création : 1° au début du xvm^ siècle; 2*^ à M. Lebeau. On pourrait admettre, pour accorder les textes avec les laits connus, que M. Lebeau, ayant londé l'atelier avec « Brisset et C'^ » , le quitta pour s'établir lui-même à Provins (s'il est vrai qu'il y exerça dès 1794), ou mieux qu'il en reprit le matériel à la mort de M""" Brisset (si c'est seulement en 1797 qu'il s'établit)^. Il ne resterait plus alors qu'une erreur d'époque — de mot, même — à la charge de l'historien-littérateur. Elle lui serait aisément pardonnée, nonobstant les recherches aussi laborieuses que vaines auxquelles elle nous a jadis entraîné.

' L'année de cet établissement n'a pas encore été fixée d'une façon certaine. La dernière est cependant seule vraisemblable, car Lebeau, né en 1773, marié à Provins le 26 nivôse an II (15 janvier 1794), avec Brisset pour témoin, et qui y avait eu sa fille Marie-Thérèse le 17 brumaire an III (7 novembre 1794;, est dit imprimeur résidant à Nogent au décès de celte, enfant, le 4 vendémiaire an IV (2b septembre 1795), et le 23 floréal an V (12 mai 1797) il y déclare, toujours avec la qualité d'imprimeur, un fils nommé, comme lui, Théodore.

M. Lebeau a donc été du début à la fin le collaborateur de Brisset, puis a dû lui succéder à Nogent durant quelques mois avant d'aller se fixer à Provins.

ft

Page 1