‹ L'imprimeur sans caractère, ou, Le classique et le romantiqueChapitre 11 sur 23 · PETÏT-ROMAIN, TAMPON , M-" DURAND · texte numérisé non relu

PETÏT-ROMAIN, TAMPON , M-" DURAND

TAmPO^ j faisant entrer madame Durand.

Par ici^, par ici 5 not' maître, c'est madame Durand qui voudrait vous parler, sans vous commander.

M"^ DURAND , elle entre vivement.

Votre servante, monsieur , vous êtes monsieur Petit- Rom ai u?

PETIT- ROMAIN

Oui , madame, pour vous servir, {à Tampon, en lui donnant les deux épreuves.) Vas faire terminer les corrections. {Tampon entre dans C imprimerie.) Madame, vous venez peut-être faire imprimer quelqu'annonce.

M">" DURAND

Non, monsieur.

PETIT -ROMAIN

Ou vous abonner à quoique journal ?

M""* DURAND

Je ne m'abonne pas aux journaux, monsieur, ie le» achète à la livre.

PETIT-ROMAIN

Ah! madame est marchande ?

M"** DURAND

Epicière en gros et en détail', pour vous servir.

C'est-à-dire que vous venez me demander ma pratique? '^

M^e DURAND.

Du fout , VOUS êtes veuf , je suis veuve...

PETIT-ROMAIN , souriant.

Eh bien ! est-ce que par hasard j'aurais fait quelqu impression sur madame?

Mme DURAND.

Du tout , vous avez une jolie fille, et moi un joli garçon qui a de l'esprit comme quatre. . .

PETIT-ROMAIN

Un joli garçon , je ne le connais pas.

M DURAND

C'est égal , votre fille le connaît : ces jeunes gens s'aiment etsi vousle voulez nous leur ferons contracter des noeuds...

PETIT-ROM A.IN

Un moment... Ma fille est encore bien jeune , son éducation n'est pas achevée... Ah! quand elle aura fait sa rhétorique , et ses humanités...

M"" DURAND

Ses humanités !

PETIT-ROMAIN

D'ailleurs , faut-il vous le dire ? j'ai déjà quelqu'un en vue pour elle.

M*" DURAND

Vous n'avez pas promis ?

PETIT-ROMAIN

Non pas précisément... d'abord je n'ai qu'une parole... mais...

M«>e DURAND.

Mais, mais , monsieur Pelit-Romaia , le devoir d'un père est d'assurer avant tout le bonheur de son enfant... êtes- vous père ?

PETIT-ROMAIN

Si je suis père... puisque j'ai une fille, et une fille qui me ressemble comme on ne se ressemble pas; mais si vous me poussez a bout, je vous dirai qu'une alliance entre nous n'est guère possible : l'imprimerie et l'épicerie ne peuvent marcher ensemble; ce serait mêler les beauxarts avec la canelle.

M"»^ DURAND, élevant la voix.

La canelle! la canelle! savez- vous, monsieur Petit- Romain , que je donne cinquante mille francs de dot à mon fils ; celle canelle-là vaut bien touteg vos presses et tous vos tampons.

PETIT- ROMAIN

Ah! un moment.

M™* DURAND

Air ; Voulant par ses,œuvres cowpletttis .

Avec la caneir que j' débite, Monsieur l'inij^^riineur , ]'<• vous l'dis , J' viens d'ach'tcr et d' payer tout d' suite Deux belles maisons h Paris.

PETIT-ROMAIN

Votre esprit par la se décèle ,

Il vaut bien mieux , et pour raison ,

Mettre la canelle en maison

Que d' mettr' les maisons en canelle. {l>is)

PETIT-UOM\IN

Et VOUS aussi vous faites bùlir. En fait-on maintenant des maisons dans Paris.

Air : Contredanse de la Poule .

En se promenant dans les rues ,

On pourrait croire , en vérité ,

Que les maisons tombent des nues ;

Pour moi, j'en suis épouvanté :

Je sais , et je dois l'avouer,

Qu'il faut , quoiqu'on dise ou qu'on fasse.

Pour les gens qui changent de place,

Des appai'temens à louer.

Pourtant, sans que l'on y regarde,

La hausse est sur chaqi e loyer ,

Et pour le prix d'une mansarde

Jadis on logeait au premier.

]Nous avons vu pendant long-temps.

Toujours contenb de leur salaire,

Les maçons travailler pour faire

Des maisons pour les habitans :

Bientôt nous verrons le contraire, \

Car je crains , pour honnesr aisons , f /^^. ,

Qu'on ne soit obligé de faire l '

Des habitans pour les maisons. J

Vous me direz que cela ne me regarde pas ; mais revenons à nos enfans.

M"''= DURAND

Allons, allons, monsieur Petit-Romain, vous êtes fier, mais dans le fond, vous êtes raisonnable, quoiqu'imprimeur.

PETIT ROMAIN'

Et moi, je crois (jiu' vous êtes une bonne femme, quoiqn'éj'ic ère... vous diles que vouà donnez cinquante mille freines i votre lils ?

M""' DUR VXD.

Et je ])ioracls au beau -père un pot de vin eu olives et eu raisinet de liouigugne.

PETir-ROMAIN.

Ah ! voilà les moyens de séduction.

M°" DURAND

C'est convenu, j'accepte votre fille.

PETIT-ROiM\IN.

Alors si vous l'acceptez, il laut bien que je vous la donne.

M"" DURAND

Et je vais vous chercher mon lits, oh I moi, je suis ronde eu atlaires.

PRTIT-ROMAIN.

Je le vois parbleu bien que vous êtes ronde.

M"' DURAND

Vous consentez...

PIZTIT-ROMAIN.

Je n'ai qu'une parole.

(^Madnme Durand sort.)

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