‹ L'imprimeur sans caractère, ou, Le classique et le romantiqueChapitre 16 sur 23 · SCÈNE XÏII · texte numérisé non relu

SCÈNE XÏII

PETIT-ROMAIN , SATINÉ , il est suivi dhinjohey,

SATINÉ, enirant.

Alil parbleu! il est seul (à son johey') J;)mes! James ! tu vas p.tsser chez mon laillt-ur pour mon habit, et cbez mon jeiieur pour mon Walter-Scotl-, lu diras à l'un que je veux du Louviers, et à l'autre du veau fauve.

[Le joley sort.')

PETIT-ROMAIN

Je vous attendais, monsieur Saline; si vous aviez eu là votre cabriolet, je vous aurais proposé de faire emporter tous ces derniei's romans que j'i'i imprimés pour vous, mais je pense que cela serait trop lourd pour votre cheval.

SATINÉ

Pauvre bête, si elle ne portait pas plus lourd que cela.

PETIT-ROMAIN

J'oubliais que vous n'allez jamais à pied.

SATINÉ

Ah ! mon dieu , je suis sorti sans dire à mon premier commis de l'emetlre trois cents francs à ce jeune aulf^ur qui vient de me vendre un ouvrage charmant cent louis , c'est pour rien.

PETIT-ROMAIN

Vous lui donnez un à compte i'

SATINÉ

Non, je lui donne le tout.

(23) PETIT-ROMAIN

Comment, vous payez cent louis avec trois cent fr. ?

SATINÉ

Eh! oui, mon cher, j'achète un manuscrit cent louis dans les journaux, pour l'ainour-propre de l'auleur, et trois cent francs espèces sonnantes, pour la bourse de l'homme de lettres.

PETIT- ROMAIN

Vous entendez partaileraent le romantique.

SATINÉ

Du romantique, toujours du romantique, je ne sors pas de là; aussi tout le monde chez moi lest.

PETIT-ROMAIN

C'est vrai, car je me rappelle que l'autre jour je demandais à votre bonne qui épluchait des épinards, si vous étiez chez vous, elle m'a répondu par une phrase diablement romantique : a la maison de l'hospilaUer est » veuve depuis la septième heure du jour. » Je lui ai dit que je reviendrais à l'heure de votre dîner, elle m'a répondu : « la casserole oisive reste attachée au clou du » foyer domestique. »

SATIXÉ.

Elle voulait dire que je dînais en ville. Oui, mon cher, je suis romantique ; et dans ce moment même je m'occupe d'un roman où je veux vous faire jouer un rôle.

PETIT-ROMAIN

, Un rôle , j'en ai joué plus d'un dans ma vie : le monde n'est autre chose qu'un théâtre où chacun a son emploi ; à quatre ans je jouais déjà très-bien les rôles d'enfans, à vingt j'ai pris les rôles d'amoureux, à trente j'étais pèi'e, et à cinquante me voilà dans les caractères. Si vous voulez un jour me donner une heure, je vous raconterai mon histoire , il y a de quoi faire huit beaux volumes avec vignettes dans le genre anglais.

SATINÉ

. C'est donc un peu noir ?

PETIT ROMAIN

De temps en temps ; une naissance orageuse , descoups

de poinj^s de donnrs , des femn:es désolées , une mort qui auruil tlé prémaluive sans une circonstance ioiluile et dt'ptn.laulc de ma volonlé, enfin du romantisme tout pur.

SATINÉ

Ce que je vous propose est plus couleur de rose; en d<Mix mois, voici le luit : je conniiis un jeune auteur qui est amoureux de mademoiselle Zoé.

rETIT-ROMMX.

Ma fille, {à part) , ah ! ç.i mais, ils ont tous juré...

SATINÉ

11 y a déjà quol(|ue temps que le l'oman est commencé le »iénoueiuenl apjMoi lie ; j'ai pronjis à mon jeune homme, qui ne re.-pire que le lomanlique ; sans cela je ne me mèferdi» de nen ; j'ai promis, dis-je, que vous consentuicz...

PCTIT-ROMMX.

Diable, mais c'est aller un peu vîle.

SATINÉ

J'ai donné ma parole, j'ai répondu pour vous enfin, et vous savez que dans le connueiee, qui répond...

PLTJT-ROMAIN.

Paye... [à fart) , je ne manquerai pas de gendres, (Aa/</) , mais...

SATJXÉ.

Mais, mais, voyez ce que je vous propose, quatre vingt niille Iranes de dol , deux presses anglaises, et Irenle volumes à impiiuier par an, voilà de quoi enfoncer lous les clatsiques de la LapiUde.

PETIT-ROMAIX.

Dans le fait, les classiques, qu'est-ce que c'est que les classiques ?

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