ACTE V, SCENE DERNIERE
bien moy-mesme, à son nez, qu'il n'aura point ma
Monsieur Jourdain.
Voulez-vous vous taire, encore une fois?
Comment! Madame Jourdain, vous vous oposez à un bonheur comme celuy-là? Vous refusez Son Altesse turque pour gendre?
Madame Jourdain.
Mon Dieu, Monsieur, meslez-vous de vos affaires.
DORIMENE.
C'est une grande gloire qui n'est pas àrejetter.
Madame Jourdain.
Madame, je vous prie aussi de ne vous point embarasser de ce qui ne vous touche pas. Dorante.
C'est l'amitié que nous avons pour vous qui nous fait intéresser dans vos avantages.
Madame Jourdain.
Je me passeray bien de vostre amitié.
Dorante.
Voila vostre fille qui consent aux volontez de son père.
Madame Jourdain.
Ma fille consent à épouser un Turc?
Dorante.
Sans doute.
Madame Jourdain.
Elle peut oublier Cleonte ?
Dor\nte.
Que ne fait-on pas pour estre grand'dame !
i68 BOURGEOIS GENTILHOMME.
Madame Jourdain.
Je l'étranglerois de mes mains, si elle avoit fait un coup comme celuy-là.
Voila bien du caquet. Je. vous dis que ce mariage-là se fera.
Madame Jourdain.
Je vous dy, moy, qu'il ne se fera point.
Monsieur Jourdain.
Ah ! que de bruit!
LUCILE
Ma mère!
Madame Jourdain.
Allez, vous estes une coquine.
Monsieur Jourdain.
Quoy! vous la querellez de ce qu'elle m'obeït ?
Madame Jourdain.
Oùy; elle est à moy aussi bien qu'à vous.
Covielle.
Madame!
Madame Jourdain.
Que me voulez-vous conter, vous?
Covielle.
Un mot.
Madame Jourdain.
Je n'ay que faire de vostre mot.
Covielle, à Monsieur Jourdain.
Monsieur, si elle veut écouter une parole en particulier, je vous promets de la faire consentir à ce que vous voulez.
Madame Jourdain.
Je n'y consentiray point.