ACTE II, SCENE IV
Monsieur Jourdain.
DA, DA. Oùy. Ah ! les belles choses ! les belles choses!
Maistre de philosophie.
L'F, en apuyant les dents d'enhaut sur la lèvre de dessous : FA.
FA, FA. C'est la vérité. Ah! mon père et ma mère, que je vous veux de mal!
Maistre de philosophie.
Et l'R, en portant le bout de la langue jusqu'au haut du palais; de sorte qu'estant frôlée par l'air qui sort avec force, elle luy cède, et revient toujours au mesme endroit, faisant une manière de tremblement : R, ra.
Monsieur Jourdain.
R, r, ra; R, r, r, r, r, ra. Cela est vray. Ah! l'habile homme que vous estes! et que j'ay perdu de temps! R, r, r, ra.
Maistre de philosophie.
Je vous expliqueray à fond toutes ces curiositez.
Monsieur Jourdain.
Je vous en prie. Au reste, il faut que je vous fasse une confidence. Je suis amoureux d'une personne de^rajide^.quaj[IS^et je souhaiterois que vous m'aidassiez à luy écrire quelque chose dans un petit billet que je veux laisser tomber à ses pieds.
Maistre de philosophie.
Fort-bien.
Monsieur Jourdain.
Cela sera galant, oùy.
Maistre de philosophie.
Sans doute. Sont-ce des vers que vous luy voulez écrire?
Monsieur Jourdain.
Non, non, point de vers.
Vous ne voulez que de la prose?
Monsieur Jourdain.
Non, je ne veux ny prose ny vers.
Maistre de philosophie.
Il faut bien que ce soit l'un ou l'autre.
Monsieur Jourdain.
Pourquoy ?
Maistre de philosophie.
Par la raison, Monsieur, qu'il n'y a pour s'exprimer que la prose ou les vers.
Monsieur Jourdain.
Il n'y a que la prose ou les vers ?
Maistre de philosophie.
Non, Monsieur : tout ce qui n'est point prose est vers ; et tout ce qui n'est point vers est prose. Monsieur Jourdain.
Et comme l'on parle, qu'est-ce que c'est donc que cela ?
Maistre de philosophie.
De la prose.
Monsieur Jourdain.
Quoy ! quand je dis : « Nicole, apportez-moy mes pantouffles, et me donnez mon bonnet de nuit, » c'est de la prose ?