‹ L'impromptu de VersaillesChapitre 18 sur 39 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Molière.

Vous les saurez, vous dis-je; et, quand même vous ne les sauriez pas tout à fait, pouvez-vous pas y suppléer de votre esprit, puisque c'est de la prose, et que vous savez votre sujet?

Mademoiselle Béjart.

Je suis votre servante : la prose est pis encore que les vers.

Mademoiselle Molière.

Voulez-vous que je vous dise? Vous deviez faire une comédie où vous auriez joué tout seul. Molière.

Taisez-vous, ma femme, vous êtes une bête.

Mademoiselle Molière.

Grand merci, Monsieur mon mari. Voilà ce que c'est : le mariage change bien les gens, et vous ne m'auriez pas dit cela il y a dix-huit mois. Molière.

Taisez-vous, je vous prie.

Mademoiselle Molière.

C'est une chose étrange qu'une petite cérémonie soit capable de nous ôter toutes nos belles qualités, et qu'un mari et un galant regardent la même personne avec des yeux si différents. Molière.

Que de discours !

Mademoiselle Molière.

Ma foi, si je faisois une comédie, je la ferois

sur ce sujet : je justifierois les femmes de bien des choses dont on les accuse, et je ferois craindre aux maris la différence qu'il y a de leurs manières brusques aux civilités des galants.

Ahy! laissons cela : il n'est pas question de causer maintenant, nous avons autre chose à faire. Mademoiselle Béjart.

Mais, puisqu'on vous a commandé de travailler sur le sujet de la critique qu'on a faite contre vous, que n'avez-vous fait cette comédie des comédiens dont vous nous avez parlé il y a longtemps? C'étoit une affaire toute trouvée, et qui venoit fort bien à la chose, et d'autant mieux qu'ayant entrepris de vous peindre, ils vous ouvroient l'occasion de les peindre aussi, et que cela auroit pu s'appeler leur portrait à bien plus juste titre que tout ce qu'ils ont fait ne peut être appelé le vôtre : car vouloir contrefaire un comédien dans un rôlecomiquej ce n'est pas le peindre ^lui-même, c'est peindre d'après lui les personnages qu'il représente, et se servir des mêmes traits et des mêmes couleurs qu'il est obligé d'employer aux différents tableaux des caractères ridicules qu'il imite d'après nature. Mais contrefaire Jia comédien dans des rôles sérieux, c'est le peindre par des défauts qui sont entièrement de lui, puis- ' que ces sortes de personnages ne, veulent ni les

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