FREVUE AVEC MONSEIGNEUR FALLON
London, 19 juillet 19M.
J'espérais qu'il reviendrait sur sa décision de m'expulser du diocèse de London, Après 25 minutes d'attente au parloir, il apparut et me dit : Que voulez-vous, Monsieur ? Je lui dis que j'arrivais de Nicolet et que Monseigneur Brunault m'avait dit devant deux témoins qu’il ne me reconnaissait pas pour son sujet, que j’appartenais au diocèse de London : que je venais le voir pour tâcher de régulariser ma situation.
Il répondit que je n’appartenais pas au diocèse de London ; que je ne lui avais jamais appartenu. Dans les rapports de votre paroisse, vous avez toujours signé comme prêtre de
volet. Vous êtes un étranger : je vous traite comme un étranger ; le droit canon est formel sur votre cas. Vous n'avez jamais été incardiné, et par conséquent vous ne m'appartenez pas. Il se leva, me signifiant que je devais me retirer.
Comme je restais, il revint et je lui dis : Que vais-je faire ? — Ce que vous voudres. — Monseigneur, j'ai mes deux sœurs avec moi, qui sont très âgées et dont je suis le seul soutien. Je n'ai pas fait d'épargnes. — Vous avez eu tort, dit-il ; d’ailleurs, cela ne me regarde pas. Il ÿ a longtemps que je vous avertis ; vous deviez pendre vos précautions. — Je ne les ai pas prises ; je ne pensais jamais que les choses tourncraient ainsi. — Tant pis pour vous, dit-il. Il se retira.
Comme je ne partais
, il revint et se mit À argumenter en sa faveur, accusant les prêtres Canadiens-Français de soulever leurs paroissiens contre l'Evêque, de chercher à détruire la religion et l'autorité de l’Evêque, de ne pas écrire sur les journaux soi-disant catholiques pour contredire les accusations qu'ils portaient contre lui. Et il me laissa encore seul.
Il revint et me dit que je devais me retirer, qu'il était dans sa maison. Sortez, me dit-il. J'étais très ému et je ne pouvais m'empêcher de pleurer. Mais, Monseigneur, que vais-je faire ? Que vont devenir mes sœurs ? Vous ne me reconnaissez pas pour votre sujet ; Monseigneur de Nicolet non plus. Où me conseillez-vous d'aller ?— Cela ne me regarde pas, dit-il. Allez où vous voudrez ; consultez vos avocats ; ils vous ont bien avisé déjà : vous avez le Délégué Apostolique, la Consistoriale : portez votre cause devant eux. Je lui dis : Monseigneur, c’est justement ce que je ne veux pas faire ; j'ai horreur des procès : j'ai toujours prêché à mes paroissiens que le pire arrangement vaut mieux que le meilleur procès. N'y aurat-il pas moyen de s'entendre ? je suis prêt à tout faire pour éviter un pro- ?— C'est trop tard, me dit-il, ma résolution est inébranlable. Je ne vous reconnais pas pour mon sujet ; jamais je ne vous donnerai de l'emploi dans le diocèse ; jamais vous ne retournerez dans votre paroisse. Cela, n'y comptez pas. Il s’en alla.
J'avais de la peine plus qu’un homme en peut supporter, et je pleurais. Lui, marchait dans le corridor vis-à-vis la porte et disait : Allez -vous sortir ? partez, qu'attendez-vous
cès
ici ? — J'attends que vous me disiez ce
que je dois faire, — Allez demander cela à vos amis, dit-il.
Il se retira, disant : Partez, mais sortez donc, je vais vous faire chasser, — Je n'osais sortir encore, craignant que mes xanglots, que je ne pouvais retenir, n'attirassent l'attention des voisins, tous protestants, Il rentra, disant : je suis chez moi ici. Enfin, je me jetai à ses ge et sortis, ne sachant pas où j'allais.
Je, soussigné, déclare que ceci est un résumé fidèle de Sa Grandeur Monseigneur M. F. Fallon, le 19 juillet 1914.
Que faites-vous ici ? allez-vous-en, noux, pris sa main dont je baisai l'anneau,
ma dernière entrevue avec
(Signé) N. D. Sr Cyr, ptre.
Signé devant moi,
ce vingt-huitième jour de septembre 1914.
Gusrave EvaNTuREL, Notaire,