‹ L'incendieChapitre 26 sur 42 · RENAUD, DORIAN, CLOTILDE · texte numérisé non relu

RENAUD, DORIAN, CLOTILDE

CLOTiLDE , à part.

C^est singulier... On dirait qu'il y a quelque chose!...

DOIUAN.

Par exemple!... cette rencontre!... si je m'étais attendu!..

RENAUD

Ah! ça , dis-donc, qu'est-ce que ça signifie?

DORIAN

Si tu savais... [.Aperf^vant Clotilde qui les observe.) Chut!... (-^ C^o/îWe. ) Mademoiselle Clotilde... ces bouteilles... voulez-vous les porter chez le père Martin pour déjeuner?...

CLOTIXDE.

Oui, j'v vais... tout de suite...

( Elle prend les bouteilles en observant toujours avec inquié~ tude.)

RENAUD

Enfin , m'exf liqueras-tu ?. . .

nORIAN.

Certainement , tu es mon ami , toi , et je puis...

(i/ regarde Clotilde qui s'est arrêtée.)

J'y vais , Dorian , j'y vais. . .

( Elle ^itre à gauche. )

RENAUD

Cette grande dame , elle te regardait comme une connaissance...

DORIAX-

Eh ! oui, je la connais ; nous nous connaissons !. ..

BENAUD.

Une baronne?... Allons donc, ce n'est pas possible!... Comment ! . . . dans quelle occasion ?. . .

DORIAN

Au feu !... oui , hier au soir , je revenais ae chez cette demoiselle qui est femme-de-chambre et qui me fait passer pour son cousin , à cause des principes... Aussi je ne vais chez elle qu'en habit bourgeois , en homme du monde ; comme elle dit... ça m'est égal.

RENAUD

Parbleu ! . . .

DORIAN

Voilà que tout-à-coup , dans la rue du Bac, j'ai senti une odeur de fumée !... Un moment , que je me suis dit... On brûle par là. . . Du danger, des femmes ! . . . En avant ! . . . Je poussais à la rue de Varennes... Je vois un pavillon en feu. . . La porte était un peu plus loin ; mais , ma foi , pour gagner du temps, je n'en fais ni une, ni deux , j'escalade le mur du jardin , et comme il n'était pas solide , j'en emporte la moitié avec moi... Une fois là...

KENAUD.

Oh! je devine... C'est donc ça que, lorsque nous sommes arrivés, on nous a parlé d'un beau jeune homme dont l'adresse. . . Je crois bien , tu t'y connais ! . . .

DORIAN

Juge de mon bonheur!.,. Je l'avais déposée faible, pâle , évanouie , dans une petite salle , au milieu de trente personnes!... et des gens , dame !... il fallait voir!... Moi , j'étais embarrassé, je me retirais... En revenant à elle, son premier regard ne chercha que moi... son premier mot fut : « Mon libérateur ! » Elle me reconnut. . . elle rougit. . . ses yeux ne me quittèrent plus... Ah! mon cher , qu'elle était jolie !...

RENAUD

Je crois bien... avec ça qu'il y a des momens oii c'est si joli, une jolie femme !

DORIAN

Elle éloigna tout le monde... tout le monde , excepté moi!... Et quand nous fûmes seuls, si tu l'avais enten-

due!... Elle me parlait de sa reconnaissance avec une expression!... Sa reconnaissance!... Une t)aronne!,.. C'est fameux !...

EENAUD.

Il y avait de quoi en perdre la tête...

DORIAN

Je ne pendjiis rien du tout... Je pris vin certain ton... j'arrangeai deux ou trois phrases... et je crois que je fus aimable... ma parole d'honneur !... Je fus très-aimable... avec ça que , pour les grâces , elle ne doit pas être difficile, c'est une allemande !...

renaVd.

Elle est de la Pologne , dit-on ?. . .

DORIAN

Juste du pays où mon père fut tué.

BENAUD.

Je vois qu'avec elle tu tllais le sentiment ?...

DORIAN

Ça n'allait pas mal... Je m'étais rapproché... Je .voulus baiser sa main... elle me laissa faire... Je tenais un ruban... une ceinture qui s'était détachée... elle ne songeait pas à le reprendre... Je vis que sa tête se montait... Elle m'invitait à une soirée pour aujourd'hui, en me demandant mon nom , ce qui m'embarrassait un peu, quand tout-àcoup on annonça les pompiers. . . Hein ? vois-tu ma frayeur ? Elle s'avança pour parler à quelqu'un... Je profitai de l'occasion pour m'escpiiver , et je sortis du jardin sans que personne eut le temps de me reconnaître.

RENAUD

Quelle aventure ! . . . Ah ! ça, mais tu ne lui as rien dit ?. . . Tu es resté là muet, immobile?... tu n'avais pas l'air...

DORIAN

Moi , la reconnaître!... recevoir un affront ici !... Jamais , jamais !... La détromper !... et dans quel moment? Lorsque , ce matin, je lui ai écrit que j'acceptais son invitation , que j'irais chez elle... ce soir...

RE>'AUD

Chez elle ! . . . et pourquoi ?. . .

DORIAN

Oh ! que veux-tu?... Des idées !... Je n'avais pas dormi de la nuit, nielle non plus, peut-être!,.. Mais faut-il

avoir du malheur?... Ma lettre venait de partir, quand j'ai appris quej'étais consigné!...

KENAUD .

C'est contrariant.

nORIAN .

Je crois bien... J'espérais déjà , Je me disais :

Air : de PrévUle et Taconnet.

CoEOflae un héros de roman , auprès d'elle J'ai pénétré... j'ai disparu soudain !... Si cet amant mystérieux, fidèle.

Dans son boudoir revenait ce matin !

Depuis hier j'ai fait tant de chemin!

Oui, cette nuit, je lui plaisais en rêve. J'occupais seul ce cœur que j'ai blessé, ( bis). Et ce matin , il se peut que j'achève Ce qu'en rêve j'ai commencé.

KENAUD.

Silence !... c'est elle.

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