ALEXINA MAURICE
ALEXTKA.
Bonjour , mon ami. . . que m'apportez-vous là ?. . .
MAURICE tristement.
C'est la musique que vous m^avez demandée , madame la baronne ... la dernière romance de Panseron.
ALEXINA
Ah ! voyons, chantez-la moi !...
3IAURICE.
Oui, madame la baronne.
ALEXINA
Madame la baronne ! madame la baronne ! . . , je vous ai défendu de m'appeler ainsi !... appelez-moi madame, tout simplement.
Oui, madame la baronne.
ALEXIN'A .
Encore!..-, ah! mon dieu, qu'avez-vous donc? vous êtes triste, abattu.
MAUKICE.
Non , non... je vais chanter.
ALEXIKA.
C'est étonnant comme vous en avez envie... Maurice, qu'avez-vous?... confiez-moi vos chagrins... Est-ce une affaire d'argent?
MAURICE
Oh ! non, madame !
ALEXINA
Une affaire de cœur ?. . . (Maurice laisse la tête) oui , j'j suis ! . . . c^est cela ! . . . de l'amour ! vous aimez?
ilAURICI .
Je crois que oui.
ALEXINA
Vous aimez ! . . , qu'il est heureux ! . . .
MAURICE
Je vais chanter.
AEEXINA.
Laissez cela , et venez ici ! Mon mari , mon pauvre Edgard dut en Pologne la vie à votre père. En mourant , il me chargea d'acquitter sa dette... et j'ai commencé ! . . . C'est là le seul plaisir un peu durable que j'aie trouvé ici!.. Allons , monsievir , contez-moi vos amours , vos chagrins... j'y penserai pendant mon bal... ça me distraira ! ..
Air : J'en guette un petit de mon âge.
Allons , monsieur, il faut qu'on me confie Ce grand chagrin que je veux adoucir!
Ne suis-je pas voire meilleure amie?
Vous rendre heureux est mon plus grand plaisii*; Car le bonheur que je cherchais en France, J'attends qu'il vienne, et puisqu'il est si lent, Je fais , du moins le vôtre en attendant... Cela fait prendre patience !...
MAURICE
Que vous êtes bonne ! . . .
MAUKICE.
MAURICE
ALESINA.
Et VOUS, VOUS êtes bien amoureux... A-t-il l'air niais?.. Eh bien ! commencez donc ! . . .
MAURICE
Dame ! . . . C'est que je ne sais par où commencer !
ALEXINA
La jeune personne, d'abord. Allons au plus important. . Est-elle jolie?...
MAURICE
Oh! oui...
ALEXINA
Sage!
Oh! oui...
Riche?
Oh ! non . . .
ALXXINA.
Tant mieux! il me restera quelque chose à faire... Et qui est-elle?... que fait-elle?
MAURICE
En ce moment elle étudie chez une lingère.
ALEXINA
C'est-à-dire qu'elle est en apprentissage pour la coulure... Et vous dites qu'elle a de la sagesse"^ A la bonne heure î . . . Elle n'en est que plus estimable ! . . .
MAURICE
Oui , à cause de la difficulté.
Am : de Céline.
C'est une ouTrière accomplie.
Elle a du zèle et dataient...
Puis, c'est une fille jolie ; Elle a l'œil vif et l'air piquant.
Même elle a, quoique couturière , Une Tertu solide... Enlin Un cœur tout neuf , que d ordinaire , On ne trouTe pas en magasin.
ALEXlîiA.
Et sans doute elle est d'une honnête famille?...
MAURICE
Oui, madame... Son père est un digne , un cxcelletat homme l... li est pompier... sergent...
AT.EXINA.
Eh bien!... Les pompiers sont de braves gens... et même très-braves!... en paix comme en guerre , ils vont toujours au feu!... Et puis, je pense bien que vous êtes comme moi , que vous n'avez pas de sotte vanité, et que vous prendrez votre bonheur où vous le trouverez. ■
MAURICE
Certainement, madame, je le prendrais... et tout de suite, si on voulait me le laisser prendre ! ...
ALEXINA
Qu'est-ce donc? Ce mariage éprouve des difficultés'^...
MAURICE , chiffo7niant la musique qii il tient. Mademoiselle Clotilde. . . Elle s'appelle Glotilde. . .
C'est un joli nojn ! . . .
MAURICE
N'est-ce pas, madame?... Eh bien !... elle en aime un autre, un pompier comme son père... Un bel homme , je crois ! . . . mais il paraît que c'est un fat , un important , un vaniteux...
ALÏXINA.
Allons, mon ami, allons... Il me semble que tout peut se réparer... Vous avez aussi des avantages... Vous êtes bien...
MAURICE
Oui, c'est vrai , je ne suis pas mal...
ALEXINA
Et ne peut-on voir cette jeune fille?... lui parler?... Il y a peut-être moyen?... Elle travaille, dites-vous?
MAURICE
Chez une lingère ! . . . Mais elle va se mettre à son compte. . . Et il est sûr qu'en ma faveur , madame la baronne pourrait lui commander...
ALEXINA
De l'amour?...
MAURICE
Non, une robe!... D'abord , elle coud si bien!... Et
puis, ça lui ferait une bonne pratique... elle en aura besoin , s'il est vrai que son prétendu dépense ce qu'il a pom" sa toilette.,.
ALEXINA
Il n'y a rien de fini.
MAURICE, achevant de chiffonner sa musique.
Oh ! si fait!... Je crois qu'on m'a prié de cesser mes visites... et ce soir, quand on m'a signifié cet ordre là.. . il m'a pris un étouifement... N'importe!... Je ne veux plus y penser... Je m'en vais toujours vous chanter le petit air...
ALEXINA
Oui , vous l'avez mis dans un bel état. . . Pauvre garçon ! voilà sa gaîté perdue... et ma musique aussi!...