‹ L'Inde enchainéeChapitre 169 sur 227 · AE NET · texte numérisé non relu

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vivent, et les capitalistes, les grands capitaines d'industrie qui ont aux Indes leurs intérêts financiers. Voilà les gens qui redoutent les amis de la liberté, libéraux ou travaillistes, coupables de vouloir, en desserrant les chaînes de l’Inde, toucher à leur coffre-fort.

Ce n’est pas par hasard que trois des honimes qui se sont le plus opposés au vote des femmes, soient Curzon, Cromer et Milner, qui tous trois ont eu à gouverner des peuples contre leur volonté. Quand on a l’habitude de tyranniser des Hindous ou des Egyptiens, on est évidemment peu enclin à délivrer les femmes de son pays de la tyrannie des vieilles coutumes.

On sait ce qu’est la Chambre des Lords:

un anachronisme, une survivance de la féodalité, la vieille ennemie de la démocratie et du progrès. Elle devrait avoir disparu depuis longtemps. Mais elle a un bastion imprenable : l’Inde, Tant que l'Angleterre aura l’Inde, elle aura la Chambre des Lords.

Pour deux raisons : d’abord parce qu'il est de tradition d’élever à la pairie les hommes qui se sont distingués aux Indes comme administrateurs; ensuite parce que l’habitude de l’absolutisme engendre, nous l’avons vu, un esprit d’aristocratie qui préserve l'existence d’une assemblée basée non sur le choix du peuple, maïs sur le privilège et Ja naissance. Bastion de la Chambre des Lords, l’Inde est aussi celui de lParistocratie anglaise, l'aristocratie la plus nombreuse d'Europe, possédant encore d’immenses domaines, hérités d’une époque féodale ou

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semi-féodale, oisive, pleine de morgue. Mais tant que l’Angleterre enverra chaque année des milliers de ses fils aux Indes, tant que ces hommes passeront la moitié de leur vie dans l’orgueil d’être une caste supérieure, régnant sur un sixième de la population humaine, et rapporteront chez eux cet esprit de caste et d’autocratisme il n’y aura aucun espoir pour ce pays de devenir une véritable démocratie.

Lloyd George, dans un discours qu'il fit à Shrewsbury, en 1926, appela lattention sur le système de la grande propriété, qui prive la nation d'immenses étendues de terres labourables pour les réserver aux parcs privés et aux chasses gardées des classes privilégiées. Le mal, dit-il, ne fait que croître. On compte aujourd’hui plus de fermiers et moins de petits propriétaires qu’il y a cinquante ans; l'Angleterre ne peut espérer une amélioration de sa situation agraire que si toutes ses terres en friche

sont utilisées pour l’agriculture. On pour-

rait ainsi, d’après les chiffres donnés par Mr. Lloyd George, augmenter la production agricole de la Grande-Bretagne (qui en ce moment décline chaque année), d’une valeur de 250 millions de livres sterling par an. Je ne veux pas dire que la domination de l'Inde soit la seule cause de ce phénomène, mais le maintien des privilèges est bien l’un des facteurs du maintien de la srande propriété et de Flinsuffisance de l'agriculture. Le fait qu’en raison de cette insuffisance l'Angleterre dépend’ entièrement de l'importation d’outre mer pour sa

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nourriture, crée, à son tour, da nécessité d’une marine puissante et coûteuse pour la surveillance et la défense des routes maritimes. D’autre part, la défense agraire et la culture intensive de la terre seraient, au moins dans une certaine mesure, un remède au chômage endémique et toujours croissant qui sévit en Angleterre.

Mais l’empire hindou est la cause, — directe cette fois, de l’immense perte, non plus de richesses, mais d'hommes, que subit l'Angleterre depuis cent cinquante ans passés. La guerre et la conquête coûtent cher aux vainqueurs comme aux vaincus. Ces jeunes gens, soldats ou fonctionnaires que l'Angleterre envoie aux Indes, qu'en advient-il ?

Occupons-nous d’abord des soldats. Les cent premières années de l’occupation de l'Inde ont été une succession de guerres :

guerres de conquêtes, d’abord, guerres de répression ensuite, telle cette mutinerie de Delhi que les Hindous appellent leur guerre d'indépendance. Puis l’Inde connut la « Pax Britannica » mais, à ses frontières, en Asie en Afrique aussi, en Europe même, 1l fallut encore combattre lorsque les possessions hindoues suscitèrent indirectement des complications internationales. Les Anglais ne se rendent pas compte de la quantité de jeunes vies sacrifiées à ce Moloch : l’hégémonie sur l'Inde.

Un publiciste canadien parlant à New- York au Carnegie Hall, s’exprimait ainsi:

« Maïs la Grande-Bretagne n’a pas seulement perdu tous ces jeunes héros. Elle a

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