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dances ne sont pas indispensables à la prospérité d’un pays.
En fait, une grande partie du profit est absorbée par le coût énorme de l’armée, de la marine, de la police, de l'énorme administration d’un empire. L’expression :
« Trade follows the flag (1) » est souvent fallacieuse. Le commerce suit l’amitié, l’intelligence, l'esprit d'entreprise, honnêteté en affaires. Une bonne partie du commerce d’une nation se fait avec l'étranger. Les Etats-Unis n’avaient nul besoin de « posséder » les Philippines, pour avoir avec elles des relations commerciales profitables. Depuis la conquête, elles lui ont coûté fort cher. L’Angleterre convoite le vaste marché chinois. Elle met des canonnières sur les fleuves de la Chine, des cuirassés dans ses ports, la police britannique dans ses villes, elle lui impose une exterritorialité tyrannique, commet des exactions douanières, arrache des concessions: mais un traitement équitable des Chinoïs, captant leur amitié et leur confiance serait moins onéreux et rapporterait davantage. L’Angleterre n’a appris cette leçon, ni avec la Chine, ni avec l'Inde.
« Du moins, disent certains Anglais, nous avons, par la possession de l'Inde, acquis la sécurité militaire. L'Inde nous fournit des soldats. Sécurité bien précaire!
En réalité, depuis le début de lhégémonie, l'Inde a bien plutôt été le point faible de l'Empire, le danger. L'Inde a été la posses-
(1) « Le commerce suit le drapeau. »
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sion d’où risque toujours de jaillir l’étincelle révolutionnaire, et elle a été aussi la possession la plus convoitée, celle qu’il faut donc de toute façon garder à grand déploiement d'armée et de marine, »
Enfin, il y a encore la fameuse question du prestige. L'Inde a ajouté au prestige de la Grande-Bretagne, dit-on. Joli prestige que celui de la force militaire! Prestige diaboque! Et si l'Angleterre tient à ce prestigelà, qu’elle se rappelle alors les vers de son Kipling : « Appelés au loin, nos vaisseaux ont fondu. Sur la dune et le promontoire, le feu s'éteint. Hélas! notre gloire d'hier a rejoint Tyr et Babylone! »
On peut se demander pourquoi, si l’Angleterre veut à tout prix envoyer au loin ses meilleurs Jeunes gens, elle les envoie aux Indes, un pays surpeuplé, où l’on n’a pas besoin d’eux, où l’on ne veut pas d’eux, et où ils n’ont aucunement le droit de s’imposer. Pourquoi ne pas les envoyer au Canada, en Australie ou ailleurs, dans les vastes déserts que leur race a commencé à défricher et à peupler. Là ils pourraient bâtir de nouveaux foyers, de nouvelles cités, de nouveaux Etats, une nouvelle civilisation, en élargissant les enceintes de la liberté humaine pour le plus grand bien du monde entier. Le Canada et lAustralie ont lun neuf millions, l’autre six millions d’habitants et pourraient en avoir aisément chacun cent millions. L'un et l’autre manquent de bras pour mettre en valeur des étendues énormes et rien ne leur conviendrait mieux que des immigrants de la Mère Patrie. L'un
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et l’autre manquent de capitaux et les placements qu’on pourrait y faire, non seulement seraient fructueux, mais serviraient à développer des Etats libres et prospères qui enrichiraient l'humanité. Au lieu de cela, l'Angleterre les néglige. Dans le Journal intime du général Gordon, se trouve ce passage : « L'Inde, à mon avis, n'est pas un avantage. Elle accoutume nos hommes à un genre de vie impropre à l’Angleterre. Elle gâte nos femmes. Si les énergies que nous gaspillons étaient employées ailleurs, leur rendement serait dix fois meilleur. L'Inde influence notre politique, non pas à notre avantage, mais à notre détriment. » C'est une opinion qu’il n’est pas rare d’entendre des Anglais exprimer, et ceux qui ont pu observer l’Inde d’une part et les Dominions de l’autre, y souscrivent pour la plupart.
Un Quaker américain, qui a vécu aux Indes et au Canada écrit : « Pourquoi l'Angleterre n’envoie-t-elle pas ses fils au Canada au lieu de les envoyer aux Indes?
Au Canada, ils trouveraient l’emploi de leurs meilleures qualités. Mener la vie des pionniers, conquérir les forces naturelles, édifier des institutions libres dans un pays libre, fait l’homme robuste, honnête et noble, Mais les conditions qu’ils trouvent aux Indes ne font que développer leurs pires tendances. L’oppression d’un peuple avilit tous ceux qui s’en font complices. Au Canada, j'ai admiré l’Angleterre. Aux Indes, j'ai eu honte pour elle. Pourquoi n’a-t-elle pas la sagesse de renoncer à son empire esclave, de laver ses mains tachées de sang
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et de consacrer toute son énergie à construire ces magnifiques Républiques libres, le Canada, l'Australie et les autres? »
Un temps viendra, plus sage que le nôtre, où les hommes qui tourneront leurs pensées vers la conquête et l’asservissement de l'Inde, diront : « En sacrifiant tout à son « Empire hindou », l'Angleterre a, comme Jacob, vendu son droit d’ainesse pour un plat de lentilles, — bien pis — pour une
coupe de poison qu’elle a bu et qu’elle a fait boire à la moitié de la terre. »
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