‹ L'Inde enchainéeChapitre 178 sur 227 · SP E A · texte numérisé non relu

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Thibet, avaient pour but avoué l'acquisition d’une frontière plus « scientifique ». Mais le but véritable était de s'emparer des passes montagneuses el d'acquérir des positions militaires inexpugnables pour se protéger du danger — imaginaire ou réel — d’une invasion russe.

L’occupation de l'Egypte en 1882 avait pour but le contrôle du Canal de Suez, clef de la route des Indes. C’est pour la même raison qu’il a fallu obtenir ou occuper, non seulement Chypre, la côte d'Arabie, le golfe persique, mais encore Gibraltar (pris à l'Espagne), Malte (qui était italienne), Aden (arraché à l'Arabie), et qu'il a fallu récemment créer la grande base navale de Singapour.

La marine britannique qui a causé tant de souci aux autres nations, sa puissance les incitant à accroître constamment leur propre marine, doit son existence à l'Inde surtout et à la crainte qu'avait Angleterre de voir la route de l’Inde coupée, ou même d’avoir à défendre sa possession de Fattaque d’une rivale jalouse.

Quant à l’armée, elle a été maintenue au double de ce qu’exigeait la sécurité de Ia Grande-Bretagne, et dans ce domaine aussi, les autres nations se sont piqué d'émulation.

La longue inimitié de l'Angleterre pour la Russie, manifestée dans la guerre de Cri-

mée de 1877 et en bien d’autres occasions, eut pour cause directe la crainte qu'avait l'Angleterre de voir la Russie usurper la suprématie sur l'Inde. D'autre part, c'est

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le désir d’avoir aussi un Empire asiatique qui poussa la Russie vers l'Est. Si les puissances occidentales ont convoité la Chine, c'est encore pour la même raison : l’espoir d’emporter aussi un morceau du succulent gâteau asiatique.

Naturellement, toutes ces convoitises et ces prises de possessions n’ont fait qu’augmenter l’angoisse de l'Angleterre et son désir éperdu de bien protéger sa part.

Les manœuvres diplomatiques «et les expéditions militaires en Perse, quelques années avant 1914, cherchaient à créer une barrière entre l'Allemagne, qui se préparait des zones d'influence vers l'Est, et l'Inde.

Cette fois, il fallut s’assurer la complicité de la Russie et partager avec elle le contrôle de la Perse.

L’hostilité de la Grande-Bretagne envers l'Allemagne — hostilité qui müûrissait depuis une vingtaine d'années lorsque la guerre

éclata, — était motivée en grande partie par

l’ambition qu'avait l'Allemagne de prendre pied en Asie. Ce qui alarma le plus lAngleterre fut le projet de voie ferrée Berlin- Bagdad qui mettait l'Allemagne presque aux portes de l'Inde.

Or, si voilà trente ans, l'Angleterre avait admis l'Inde dans l’Empire en qualité de Dominion, l'Allemagne n’aurait Jamais songé au chemin de fer de Bagdad. Elle est entrée en guerre persuadée que l'Inde était le point faible de l'Empire britannique, et que la guerre serait l’occasion d’une révolte en masse des Hindous. L’Allemagne n’aurait pas joué sur cette carte-là si l’Inde

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