POURQUOI L'INDE A-T-ELLE REPOUSSÉ LA & DIARCHIE
Peu de temps après la fin de la grande guerre, en 1919 exactement, l'Angleterre dota l’Inde d’un « plan gouvernemental de réformes », appelé « Diarchie ». Ce plan fut annoncé au reste du monde comme un grand bienfait pour les Hindous, comme un grand pas vers l’autonomie et, en outre, comme une manifestation de la générosité et de la sollicitude des Anglais à l'égard du bonheur et du progrès de l'Inde.
Les Hindous, toutefois, n’accueillirent pas le plan avec toute la joie et toute la gratitude qu’on pourrait imaginer. Ils avaient pour cela de sérieuses raisons. Ils lacceptérent, il est vrai, d’abord parce qu’on le leur imposait, et aussi parce que quelquesuns pensaient : « Ceci vaut mieux que rien.
Prenons-le en attendant mieux. » Mais l'Inde était profondément déçue et froissée.
Tous les partis, des plus modérés aux plus avancés, déclaraient que ce n’était pas ce qu’ils attendaient, ce qu’ils voulaient, ce qui leur était dû, et que le plan était indigne de Angleterre.
Ils ne purent découvrir dans le projet la moindre trace d’un véritable acheminement vers l'autonomie, ni même une promesse
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formelle pour une époque déterminée. En somme, le plan n’accordait aux Hindous que quelques postes à haut traitement et une extension des Assemblées nationales et provinciales: autrement dit, la permission de parler, de discuter el même de voter, à condition que ce soit sur les sujets choisis par l'Angleterre; mais aucun pouvoir réel sur quoi que ce fût. Un Anglais a donné à ces Assemblées octroyées à l’Inde le surnom caractéristique de « Parlements pour rire » (1).
En réalité, le plan avait deux objets :
calmer l'agitation croissante des Hindous en leur faisant croire qu’ils avaient obtenu quelque chose; se rendre l'opinion mondiale favorable, en ayant l’air d'accorder à l'Inde une première satisfaction el de la conduire graduellement vers la liberté.
Il importe de connaître les circonstances qui ont entouré la naissance du Plan de réformes.
Quand la guerre éclata, en 1914, la Grande-Bretagne se trouva dans un sérieux embarras. Pour aider la France à résister à l'attaque allemande, elle fut obligée de retirer presque toutes ses troupes de l'Inde.
Flles furent les premiers contingents étransers sur le champ de bataille et apportèrent leur aide à un moment décisif, alors que Paris était sérieusement menacé. C'eût été pour l’Inde un moment favorable à la rébellion. Loin d’en profiter, l'Inde, voyant l'An-
gleterre engagée dans une lutte dont sa vie
(1) Mot à mot « Mock Parliaments».
était l'enjeu, se refusa à l’accabler à l’heure du péril. L’agitation politique fit trève, à d’insignifiantes exceptions près. Bien plus, l'Inde apporta à l'Angleterre, en hommes et en argent, une aide considérable. Je cherche en vain dans l'histoire une attitude aussi magnanime, aussi chevaleresque, aussi dévouée chez un peuple enchaîné et altéré de liberté.
Les Hindous croyaient, et c'était là, je crois, une opinion assez répandue à l’étranser, que, la guerre finie, l'Angleterre récompenserait cette loyauté, sinon en accordant immédiatement un statut de dominion analogue à celui du Canada, ce qui était le désir de l'Inde, du moins en s’y acheminant par étapes et en le promettant formellement pour une date convenue. Il n’en fut rien.
À l'attitude magnanime de l'Inde, PAngleterre répondit en traitant sa « possession »
avec une défiance et une dureté accrues, et mit le comble à son ingratitude par les atrocités du Punjab et les infâmes Rowlaït Acts. Ce fut pour les Hindous une désillusion comme jamais nation n’en à éprouvée.
Toutefois, PAngleterre offrait une récompense. C'était le fameux Plan dé réformes ou, comme elle le nomma, la « Diarchie ».
En quoi consistait cette « Diarchie » et pourquoi était-elle un si srand désappointement pour les Hindous?
1: Le Plan avait été élaboré par les Anglais seuls, sans aucune collaboration des Hindous. Premier manque d’égards, pour ne pas dire premier oufrage, que les Hindous ressentirent vivement. Naturelle-
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ment, le Plan ainsi rédigé contenait ce que les Anglais voulaient bien donner et non pas ce que les Hindous demandaient. Ce n'était pas un pacte, mais un édit, ordre d’un souverain à ses sujets, d'un maître à ses esclaves.
Lorsque le dis que le Plan fut tracé par l'Angleterre seule, je nignore pas que Mr. Montaigu, secrétaire d'Etat des Indes dans le Cabinet britannique, consulta — en toute candeur et honnêteté, jen suis persuadé, — les parties intéressées, c’est-àdire : d’une part, les leaders hindous; de l'autre, les hommes d'Etat anglais. Mais, aprés ces consultations, les représentants de la Grande-Bretagne furent seuls à rédiger le Plan, sans que les représentants de l'Inde soient admis à discuter. C’est cela qui est :nadmissible. La seule solution honnête, la seule acceptable pour les Hindous, aurait été la nomination d’une Commission mixte où les Hindous auraient eu le même nombre de voix que les Anglais.
3 La nature du Plan était telle qu’il était impossible à appliquer, à cause des contradictions irréconciliables qu'il contenait. Le nom bizarre de « Diarchie » qui lui fut donné s’appliquerait assez bien au règne conjugué de deux monarques, par exemple » celui de Guillaume et de Marie en Angleterre. Mais, ici, il prétendait indiquer le partage du gouvernement entre la Grande- Bretagne et l'Inde au moyen d’un arrangement « transférant » ou confiant à l'Inde, non sans restrictions étroites, certains domaines des affaires publiques, alors que
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