CONCLUSION
L'auteur de L'Inde enchaînée reconnaît le fait, qu’il a eu constamment présent à Pesprit en écrivant son livre, qu'il existe deux Angleterres. L'une — qu'il aime à considérer comme la véritable — croit à Ja justice et à la liberté, non seulement chez elle, mais partout. C’est l'Angleterre de la Magna Charta; de Milton, de Pym, de Hampden; celle de Pitt. de Fox, de Burke, qui, en 1776, demandaient justice pour les colonies américaines; celle de Burke et de Sheridan, prenant au procès de Warren Hastings la défense de l'Inde; celle qui abolit la traite des noirs en 1808 et l’esclavage dans tout l'Empire en 1833; c’est l’Angleterre des Reforms Bills et de tous ceux qui, dans le passé, ont été des amis de l'Inde; de ceux qui le sont aujourd’hui, au Parlement et ailleurs, surtout parmi les leaders travaillistes.
L'auteur aime et vénère cette Angleterrelà. C’est elle aussi que le monde admire, et qui fit le vrai renom du pays. Si elle avait toujours triomphé, l'Inde n’eût pas été conquise et réduite en esclavage; on leût traitée avec justice et amitié, on l'eüt aidée, sans Penchaîner, à conquérir dans le monde moderne une place analogue à celle du
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Japon. L'auteur a écrit chaque ligne de son livre en profond accord avec ce qu’il croit être les principes de la vraie, de la noble Angleterre.
Il y a tout lieu de croire que cette Angleterre-là, si elle triomphait aujourd’hui, offrirait à l’Inde promptement, généreusement, courageusement, en toute bonne foi, la liberté et l'autonomie sous un « Statut Dominion » analogue à ceux du Canada et de l'Australie. Elle garderait ainsi à l’Empire un membre d’une importance inestimable, une Inde satisfaite.
Malheureusement, il existe une autre Angleterre. Quoiqu'il en coûte de le confesser, ou même de le constater, il existe une Angleterre dont les buts et les principes politiques sont à peu près le contraire de ceux qui viennent d’être décrits. C’est J’Angleterre qui résistait à la Magna Charta, qui refusait de rendre justice aux colonies américaines et de les libérer; qui s’est constamment alliée avec le militarisme et l’impérialisme, qui fit deux guerres à la Chine pour l’obliger à lui acheter de l’opium; qui s’efforca de maintenir la traite des noirs et l’es-
clavage; qui s’opposa à presque toutes les
réformes politiques et sociales en Angleterre; qui a longtemps tenu l'Irlande en servitude, et qui, aujourd’hui, promet monts et merveilles à l’Inde, mais félicite la Commission Simon de lui forger de nouvelles chaines.
L'auteur de L'Inde enchaînée ne peut aimer ni honorer cette Angleterre mauvaise et dangereuse. C’est à elle — et à elle seule
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