Madame Annie Besant
2, Madame Blavatzky, à laquelle il serait injuste, malgré tout, de ne pas rendre hommage, car elle a été à peu près la première à nous révéler Texistence de doctrines admirables, qui avaient dormi pendant des siècles dans certains livres sacrés de l'Inde. S'il est vrai, comme on l'affirme, et comme ses disciples même ne redoutent pas de Favouer, que, sur la fin de sa vie, grisée par son initiation, elle ait voulu jouer du miracle pour frapper certains esprits, cette faiblesse humaine n'infirme point ses mérites de révélatrice, et surtout n'entache en rien une théosophie vieille comme le monde, qui est tout à fait au-dessus de sa personnalité et à laquelle on a le tort, en général, d'associer trop étroitement son nom.
même, qui a vécu de longues années parmi ces Sages et dont le souvenir tristement célèbre suffirait à me rendre sceptique, puisqu'on prétend qu'elle fut convaincue d'imposture et de jonglerie.
— Ne pensez-vous point, lui dis-je, qu'elle est excusable d'avoir joué du miracle, pour essayer de convaincre?... L'intention était si exceUente !...
— On n'est jamais excusable de tromper ; rien de bon ne peut advenir par le mensonge, me répond-elle, en me regardant d'un franc regard.
Alors je prends soudainement confiance en la sincérité de mon initiatrice.
— Nos dogmes, me disait-elle un moment plus tard, nos dogmes?... Mais nous n'en avons point. Parmi les « théosophes » (puisque tel est le nom qu'on nous donne), vous' trouverez des bouddhistes, des brahmaiiistes, des musulmans, des protestants, des catholiques, des orthodoxes, ou même des gens comme voue, s'il vous plaît de vous faire recevoir des nôtres...
— Alors, pour être des vôtres, que faut-il ?
— Prêter serment de considérer tous les hommes comme vos frères, sans distinction de caste ni de couleur ; de traiter avec les mêmes égards les plus humbles ouvriers ou les princes. Prêter serment de chercher 'par tous les moyens possibles la vérité, dans le sens antimatérialiste. Il ne faut rien de plus. Chez nos amis de Madras, que vous avez visités en passant, on incline au
bouddhisme, dont la froideur, je le sais, a rebuté votre âme mystique. Nous, c'est dans le brahmanisme ésotérique, sous sa forme la plus ancienne, que nous trouvons l'apaisement et la lumière. Il nous paraît contenir la plus haute expression de vérité qu'il soit donné aux hommes de connaître.
» Nous voulons bien vous guider dans la voie que nous essayons de suivre. Mais vous connaissez la vieille allégorie des « gardiens du seuil » , qui, à l'entrée des sanctuaires, ou au conamencement des initiations, rôdent pour effrayer les néophytes ; le sens véritable en est celui-ci : les débuts de la Connaissance ne vont pas sans épouvante. Nous professons, vous le savez, que toute individualité humaine est éphémère et presque illusoire, et, pour quelqu'un d'aussi intensément individuel que vous l'êtes, c'est là un point bien difficile*. Nous professons quantité de choses qui seront le renversement de toutes vos idées héréditaires. Ne nous maudirez-vous pas, si nous achevons de vous enlever d'inconscients espoirs qui, peut-être, à votre insu, vous soutiennent encore ?
— Non. En fait d'espoirs, je n'ai plus ntn ci ucrdre.
— Alors, c'est bien ; venez auprès de nous.