‹ L'Inde sous la domination anglaise;Chapitre 1 sur 101 · CHAPITRE le · texte numérisé non relu

CHAPITRE le

'^ .^ Considérations générales sur rarmée anglo-indoae.

rt) L'armée anglo-indoue, comme on sait, est composée

-î, de trois sortes de troupes : troupes européennes ap-

*^} partenant à |'armée royale, troupes européennes ap-

l^ partenant à l'armée de la Compagnie, troupes recrutées

parmi les ipdigènes et commandées par des officiers

européens; et cette troisième sorte 5 de beaucoup

la plus nombreuse, constitue à vrai dire le fond mê*

me de Tarmée indou - britannique. Les deux autres

n'en sont guère que la réserve ou les auxiliaires.

Les Anglais dans l'Inde se sont trouvés, sous le rapport militaire, comme sous beaucoup d'autres, dans une situation dont l'bistoire du passé ne présente aucun exemple.

Celle des Romains dans l'ancien monde, celle des Espagnols dans le nouveau, était tout autre. Les Romains s'assuraient l'obéissance des peuples conquis au T. n. 1

2 L*IlfDB 8ÔVt LA DOMIIVATION ANCILAItS^

moyen de corps d*arniéé campés au milieu d'eux ^ dont rarmement , Toi^anisation , la discipline, assuraient et maintenaient la prépondérance. La supériorité de race, toute en &veur des Espagnols, les armes à feu, Mesuraient plu^ facilement encore leur domination sur les peuples de l'Amérique. Les circonstances ont placé l'Angleterre sur un pied tout différent dans Ilnde. C'est à l'aide de soldats tirés du sein des peuples conquis qu'elle s'est assuré Tôbéissahce de ces derniers. Elle les a dressés, disciplinés, instruits à l'européenne ; elle les a initiés à ttous les secrets de notre organisation militaire.

Le génie, le caractère des différentes populations parmi lesquelles elle devait recruter cette armée, rendaient encore plus difficile !ce tour de force. Les populations n'étaient nullcsnent ^mc^nes ; elles appartenaient à des races, à des religions différentes; une grande et ancienne division tes séparait d'abord comme en deut camps, deux armées ennemies: d'un côté leis vainqueurs, de rautre les Vaincus. Ces derhiéi*s se divisaient, se ^ubdfvîsaient en castes, en tribus, antipathiques les tmes aux autres, séi^éès par des abîmes. Entre le brahme et le sudra, entré lé chactryasetle veyslah, aucun lien n'exiistait hî ne pouvait exister. Mais tous, musulmans et Indous, brahmes, chactryas, Veysiahs, sudrais, se réùnîssaièntpburtant dans un égal sentiment de Tfiaînè , dô répulsion, pour les nouveaux malti^és de tthàe. le même dpaye qui se précipite, a Tordre de àon èhëf , sur mre pièce de canon, se considère comme à jamais soirillé par té moindre attouchement de ce chef. La mort lui parait mille fois préférable à Voliitfgatidh hé tniangér dHin imets ptèpàré , seuïéiitéht touché piar ce dernier.

UT. TU. — IMSTITOTIONS mUTAIABS. • S

De ces éléments si divers, teU^nent antii>athiqu68 les^ uns am autres, l'Angklerrea pourtant réussi à créer, à former une nombreuse et re(loutaMe>armée. Là sans doute se rencontre un^ des plus singuliers problèmes historiques dont il soit possible de s'occupa.

Mais rétude de ce siget est encore intéressante sous un autre point de vue. Cette ai^mée, aux éléments hétérogènes, est le véritable fondement de là domination anglaise dans rinde. De ces matériaux étranges elle n'en a pas^noins réussi à forger Tinstruméntde sa touté*puiô« sanoe, le seul qui^ après la lui avoir acquise, puisse la lui conserver. Au moins es^ce l'avis unanime de ceux qui pamissent le plus compétents sur ce point.

c Cet empire , dit sir John lialoolm^ a été fondé pac répée»elfie saurait être conservé que par l'épée (1). »

Sir John revknt ailleurs et à plusieurs reprises sur le même sujet : « Nous pouvons bien créer de la misère ou de la prospérité, de la saâaftoion ou du mécontent tement par un bon ou mauvais gouvernement; nou» pouvons, à l'aide de nos niesures pcrfitiques, diminuer inOniment toute chance de succès pour les séditions, e» réduire presque à rien les éléments; nous pouvons en«« core jusqu'à un certain point désarmer leis dispositions hostiles des princes de l'Asie; mais dans aucun cas, par aucun moyen^ nous ne pouvons nous flktt^ de trouver, à l'heure du danger, secours et appui dans la tnasse de la populaiicm de rinde. Une obéissance pas-^ sivé, e^est tout ce qu'elle donnera jamais à des maîtres étrangers; eit oeKe obéissance elle-même doit tendre i devenâr plus incertaine àr mesure que cette population s'éclairera, en raison des idées et des sentiments nou-

(i) Màtcotâi , Ùu gouvemémmt dé Tlhâe, Appendice , fi. iVt.

à l'INDB SOm LA DOmNAnOR AHttUllI*

Tedtix qu^elle puisera dans ses rapports avec nous (1)« y

Sir John dit encore: « Appuyés sur le courage et la fidélité jusqu'à présent inébranlables de cette armée (l'armée indigène), nous pouvons procéder avec bardiesse à toute réforme , à tout cbangemait dans les autres branches de notre gouvernement Mais que ce point d'appui de notre force vienne à nous manquer, Fédifice tout entier de notre pouvoir commence à chanceler ; tous nos plans, tous nos projets;, si bien calculés qu'ils puissent être , n'aboutissent plus à rien. Us n'ont plus qu'un résultat, celui seul de fournir de nou- Telles preuves de cette manie, de tout temps si commune, de se nourrir de bonnes intentions, tout en négligeant les meilleurs moyens de les réaliser, en se privant de la faculté de les mettre à exécution (2). 9

Ailleurs: « Sans l'armée, ce Vaste édifice élevé avec tant de peines et de travaux commence à chanceler sur sa base , et ne saurait manquer de s'écrouler à la première tempête qui viendra l'assaillir (3). «

Enfin : & Toute considération d'économie, toute application trop rigide de nos règles d'administration , doi- Tent céder à la nécessité de maintenir cette pierre angulaire de notre domination (4). »

Les troupes indigènes, comme nous l'avcms dit, constituent l'élément dominant de cette armée. C'est d'elles que l'historien que nous venonsde citer a surtout voulu parler. Les troupes européennes ne sauraieat jamais en former la partie principale , ou même s'y trouver en nombre considérable par rapport aux premières. Les dépenses beaucoup plus élevées qu'elles nécesr-

(i) nalcolm. Du gouvernement de Vlnde, Appendice, p. 187.

(S) Malcolm, PolU. hUL^ t. II, p. 826. — (3) Id., Urid. - (4} Id., iM.

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