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L'indépendence du Canada [microforme]

Il est d'usage en Angleterre Je profiter des grandes réunions du peuple pour l’entretenir des affaires publiques.

J'invoque humblement cette coutume ainsi que votre obligeante attention tandis que je vous présenterai quelques réflexions sur ce que je considère comme Ja question du jour.

À la dernière session du Pariement j'ai fait quelques remarques dans le même sens, et j'ai ete honoré d’une critique hostile, aussi suis-je assuré que vous m'oublierez si je profite de la première occasion favorable pour rétablir mon oppinion et l’appuyersur des arguments.

Je peux vous dire d'avance qu'il n’y a ni déloyauté, ni inconvenance en mettant sous vos yeux un sujet qui intéresse profondément ce pays, —qui a été discuté à la fois dans notre parlement, dans celui d'Angleterre, —généralement par la presse des deux contrées, et qui, je le crois fermement, est le complément du grand projet de la confédération que nous avons faite. Ilest vrai de dire que dans la mesure de mes moyens, je me suis opposé à ee projet, parce que j'éprouvais quelque craiute à atteindre la souveraineté que je pensais, que je prévis devoir en résulter. Après la coalition de 64, j'assurai, pour ma part, en parlement que si la confédération était, comme nous l’assuraient ses auteurs, un antidote à l'annexion, c'était aussi ie premier pas vers l'indépendance du pays. Mais l'opposition fut inutile; car la confé tération était la politique imperiale, et l'influence métropolituine est toujours toute puissante dans le ”‘ssentiments coloniaux. dJ’ai accepté la situation dans son piein effel, aussi loyalement, aussi fidèlement que sijy avais contribué. Mais le premier pas fait, je vois le Aanger de retarder et je crois opportun de nous préparer à la rupture de nos relations actuelles avec la métropole.

Ceci est‘un pas grave et demande une sérieuse considération. Cela créera inévitablement des différences d'opinions, aussi doit-on accorder la plus large liberté à la discussion Je me propose de parler franchement et sans passion. Je n’ai pas à combattre dans des luttes de parti pas plus que des sympathies personnelles à louer.

Ayant de fortes convictions sur l'avenir du pays, je les soumettrai avec sincérité au juge-

ment de mes compatriotes. Tôt ou tard le poids de l’opinion,la majorité aura raison. Je suis préparé à accepter sa décision et à en supporter les conséquences. Le service que je pourrai rendre à mon pays le sera allègrement,soit qu’il reste à l’état de province ou devienne indépendant, et je professe, je ressens un profond sentiment de respect pour ceux qui s’effraient du grand changement que nous discutons.

Le premier de tous les obstacles à notre progrès vers une nationalité, c'est ce noble sentiment de loyauté à la couronne britannique, qui a si généralement et si heureusement subsisté au milieu de l’accroissement de notre population.

Pouvons-nous oublier notre noble Reine ?

Pouvons-nous nous séparer nous-mêmes des gloires et des traditions de l’Empire. Le droit de citoyen anglais n’est pas un vain mot et que pourrions-nous trouver qui vaille mieux.

Durant un siècle le regard affectionné de la colonie s’est reposé de loin sur le trône d’Angleterre comme sur le centre du pouvoir, de la protection et de la gloire, Neus avons vénéré la vieille terre avec une adoration coloniale ; nous avons empruuté ses sentiments, appuyé sur son opinion et ayant conscience de la plénitude de son éclat nous avons été fiers de briller à travers les reflets de sa lumière.

L'Angleterre a été la terre de nos rêves, l’éloignement même y prêtait son charme faisant des Anglais une race supérieure. Nous avons été fiers de notre vieux pavillon, non seulement parce qu'il nous rend les égaux des rois de la mer, mais encore parce qu'ii nous assure sa protection dans la vie nonchalante de dépendance coloniale que mènent les colons.

Nous savions si quelque grand danger nous menaçait que le pavillon flotterait sur nous, soutenu par un bras plus fort que le nôtre, que nous ne pouvons pas contrôler, n'ayant ni le droit ni la gloire de le tenir. Mais la dépendance engendre la confiance et se confier à un peuple genéreux c’est l'admirer et l’aimer.

Toutes ces assurances, cette affection et cette loyauté peuvent-elles ainsi ètre durement rejetées ? Cela demande au moins le respect et des procédés convenables. Il peut être sage maintenant de risquer l’avenir de notre jeune pays pour l'amour d'un si noble sentiment : à

l'exemple de la veuve indoue qui sacrifie sa

vie sur le bucher funéraire. Les gouvernements

modernes sont faits pour le bonheur, et la prospérité des peuples, et s’il peut être démontré que les vertus de la confiance en soi, de la virilité nationule, une façon de penser commune, un état d'égalité avec les autres nations, ure prépondérance immense d’avantages matériels peuvent être sûre ent et fermement assurés par un amical char gemont dans nos rapports avec l'empire, peut-être alors la loyauté à la confédération pourra-t-elle reléguer dans l'ombre le sentiment général de la fidélite à la couronne.

L'enfant se réfugie avec affection sur le cœur maternel ; petit à petit il acquiert les habitudes de confiance en lui, et l'enfance se transforme en jeunesse aux approches de la virilité.

Lorseue à la fin l'âge de majorité est atteint, l'affection filiale n’est pas brisée parce que les jours de soumission sont passés. Pas plus que nous ne regardons la tendresse du lien comme l'excuse d’une éternelle enfance.

Le Times de Londres se place à ce point de vue lorsqu'il parle du Canada comme du ‘fils ainé de l’Anglejerre.”

Mais il y a ceux qui croient que l’independance du Canada serait un conflit avec la politique coloniale de l’Empire, et qui, puisant leurs inspirations dans les traditions du passé font consister la gloire de l'Angleterre dans la conservation de ses possessions colomales.

La devise ‘“ Navire, colonies et commerce ” appartient à une époque disparue. Cela a trait à l'esprit du vieil Acte de Navigation ainsi qu'aux célèbres vingt-neuf actes du parlement passés pour le maintien du monopole commercial—semblables aux esyrits mélancoliques de morts renommés. C'élait un système de barrières et de restrictions aux entreprises coloniales dans lequel les colonies étaient seulement considérées comme devant contribuer à la richesse et à la gloire de la métropole.

Depuis ce temps la liberté a marché à grand pas en Angleterre, l’économie politique a été renouvelée et l’arithmétique pratique a achevé le nouveau système de calcul. L'Angleterre ne pense plus que la perte de ses premières colonies’américaines ait empêché son industrie de raitre, rendu son commerce boiteux ou diminué son prestige comme nation. Elles sont devenues un très grand peuple et se sont transformées en marchés avantageux.

Les jeunes colunies dégagées des liens de leur tatelle, ont épousé de grands principes qu'elles maintiennent, assurant ainsi ieur pro-

re grandenr et par là même celle du genre umaäin. Les Anglais ont surveillé avec un œil vigilant les progrès de leurs compatriotes dans le champ inculte de la liberté et de l’égalité. Avec lenteur et avec précaution, ils ont copié ce qui semblait devoir réussir, et ils ont été prévenus de la distinction à établir entre la liberté et la licence. Et ainsi pen-

dant près d'un siècle les deux grandes nations, les premieres dans le culte des principes du gouvernement libre et constitutionnel, ont été un constant exemple et un encouragement.

et les querelles parmi les hommes de même race Sont le peus souvent les pires et les plus instnsves.

Mais les am's de la paix et de {a liberté se sont confiés non en vain à ce palladien des principes communs que les deux peuples ont chéri, et ainsi il est arrivé que le démembrement de l'Empire que l'incomparable éloqu nce de Chathan et de Burke n'admettait point,que l'honnête mais opiniâtre vieux George III croyait impossible à prouvé que c'était un grand bienfait commercial et politique pour l’Angletcrre et le monde entier. 4°

La vieille devise ne signifie plus après tout que ‘ navization, marché et commerce,” et c°s choses dans les nouvelles relations des clonies ont été cent fois multipliées.

Maintenant, comme homme d'énergie et d’intelligence appliquons-nous cette leçon à nousmène, De quel bénéfice sommes-nous à l’Angleterre? D'après ce que nous avons vu, il est evident que rotre indépendance souveraine rehauserait notre prospérité, nos ressources et muitiplirait les avantages qu'elle pourrait tirer de notre commerce. Au point de vue Anglais le principal argument commercial est contre la dépendance, et c'est pourquoi nos ennemis affectent de le mépriser. Mais de quelle manière somme-nous utiles à l’Angleterre ?

Sommes-nous pour elle une cause de force pendant la guerre? Recrute-t-elle chez nous ses soldats, ses marins, ou impuissants à lui donner des hommes pouvons-nous remplir ses caisses militaires ? Nousne pouvons même offrir ua champ au patro: age politique de l’administration anglaise du jour, et il ne reste à l’Angleterre que le douteux prestige d’un gouvernement commercial sur lez vastes possessions américaines. Il n’est pas merveilleux que les Anglais envisagent de plus en plus froidement de teis avantages lorsqu'ils réfléchissent sur la quantité de sang et d’or que cela peut un jour leur coûter pour les conserver.

Fidèle à ses glorieuses traditions l’Angleterre agira toujours honorahlement envers nous, tant que nous ferons partie de l’Empire. Elle a plusieurs foi. renouvelé l’engagement de nous déferdre en cas de guerre, dui-elle y employer son dernier homme et son dermer shelling. Mais la promesse n’en est pas moins embarrassante bien qu'elle soit obligatoire. Deouis les cinquante deruières annees ses hommes d'état ont toujours eu en vue le changement des conditions qui pèsent sur elle. Par toutes les nobles et extraordinaires concessions que la métropole nous à faites, elle nous a “conduit pas à pas avec prudence vers l'indépendance, et elle a expyliqué au peuple Anglais comment elle concevait le problème du gouvernement libre s'étendant en dehors de sa juridiction coloniaie, que la dépendance coloniale n’est point ce que Burke appelait

“une minorité éternelle” mais devait au contraire devenir un pouvoir libre et souverain. Lors du grand débat de 1865 sur la confédération, l'hon. John Hilliard Cameron le chef des tories ultra du Haut-Cinada, déclara en dénonçant les doctrines {le l'école de Manchester, que le Canada ne retire aucun avantage de son alliance avec l'Angletirie, si ce n’est cependant en cas de gucrre.

De cette honnête déclaration d'un ferme chef conservaleur, je propose d'ouvrir une courte discussion sur le sujet. Je parle pour l'avenir, car je ne suis pas assez ingrat pour oublier sa générosité passée ainsi que le grand héritage «les libres institutions qu'elle nous à données. Celles-ci sout nos droits de naissance ; maistine polhtique moins magnanime nous aurait refusé ces dioits comme colons.

Qu'il soit ration ou colonie, le Canada chérira toujours le gracieux souvenir de l'Angleterre, son adininistration indulgente, et les lecons de gouvernement constitutionnel qu'elle nous a enseignées. |

En tout temps aussi el partout, nos grandes populations se rattachant à sa noble origine chériront l'orgueil de sa parenté, et réclameront leur part dans les gloires de sa littérature, de ses exploits militaires, et de ses triomphes commerciaux. Mais ces droits ne sont. point pour nous un exclusif héritage, et ne pouvant que les partager en commun avec les descendants de la grande nourrice: des nations répandues sur tous les points du globe, je me demande après quels sont les avantages jarticuliers de notre alliance. On ne peut les trouver dans nos relations cominerciales, car nous devons lutter ici contre le monde entier. Ce n’est pas que son capital abondant, attiré par notre loyauté et notre attachement, se répande sur nous, léveloppe nos ressources, réveille le bourdonnement de manufactures le long de nos rivages, mais parce qu'il produit seulement un rapport certain dans ses placements ; et il se trouve le plus souvent porté parmi les étrangers qui le rémunèrent le mieux. Ce n’est pas que le prestige de notre alliance nous donne une place parmi les peuples de la terre ; car nos pouvoirs sont uniquement lccaux et municipaux, et portent la tache de l’infériorité et de la dépendance.

Il ne reste qu’un seul avantage, et nous finirons ainsi que commençait M. Cameron— l'avantage de l'aliance se réduit à l’étroit et solitaire objet de notre défense ; et nous verrons même en continuant que même cet avantage est d’une douteuse utilité. La défense suppose une agression, dont nos puissants voisins peuvent seuls nous menacer.

Mais les difficultés avec eux ont toujours un caractère national.

L'affaire du Trent, les réclamations de l’Alabama, et la querelle des Féniens avec l’Angleterre nous étaient aussi étrangères que les mers de la Chine, et ne nous intéressaient seulement que par leurs conséquences. Il est

faux que l'on puisse dire la même chose de Liverpool et de Dublin pour cent raisons ; mais particulièrement parce qu'ils font partie des Les Britanniques et sont représentées dans le Parlement d'Angleterre.

Nous n'avons aucune voix et ne pouvons par conséquent influer sur la poli ique extérieure de l'Empire. Nous n'avons qu'un seul devoir, attendre que la guerre soit déclarée ; enfin le luxe de devenir le champ du carnage, le théätre de la désolation.

Ainsi, l'Angleterre nous défendra, mais la guerre ne sera jamais que le résultat de ses propres querelles. De notre propre aveu nous n'avons aucune occasion de dispute avec nos voisins. Nos intérêts se cohfondent avec les leurs et nos rapports tendent à une politesse, à une bonne volonté mutuelle, et les dangers d'un confit seront mille fuis éloignés lorsque les embarras britanniques seront évités. Les hommes d'Etat anglais ont maintes fois admis ce fait. Pendant la discussion faite à la Chambre des Commune: en 1869 sur la défense, M. S. Fitzgerald déclara que si le Ganada était indépendant, il n’y aurait aucune cause le querelle entre nous et les Etats-Unis ; qu’au moindre désir de frapper l'Angleterre l’Amérique nous attaquerait. Les canadiens n’ont pas autorisé la fuite de l’Alabama, ils ne seront point dépêchés de reconnaitre les droits de belligérants, et il n'y avait d'autre cause de querelle que celle provenant de notre union avec l'Empire. Sa conviction était que si le Canada devenait indépendant le lendemain, il n'y aurait plus l'ombre d’un danger de conflit. M. Cardwell signala ce discours comme un de ceux envers lesquels le gouvernement ne pouvait adresser de reproches, et son opinion fut reçue par des applaudissements de la Chambre, Dans la même discussion, M. Bright, dont les vues n'ont point variées, quiestaujourd'hui une puissance en Angleterre, déclara que si jamais l’occasion de nous défendre s2 présentait, la difficulté ne viendrait pas de notre côté, mais que la guerre naitrait de contestations entre les cabinets dé Londres et de Washington.

Il est vrai de dire qu'en cas de guerre nous serions moins qu’une alumette devant la puissance de nos voisins. Notre responsabilité serait conforme aux principes du droit international. Mais il n’y a aucune raison de craindre que les Etats-Unis nous attaquent. le Mexique, Cuba, les Etats de l'Amérique du Sud maintiennent leur autonômie sans être inquiétés. Et de plus, comme le suggérait l’autre jour M. Cameron, il n’y aurait pas la plus petite difficulté en se rangeant sous le protectorat de l'Angleterre et des Etats-Unis.

A cause de cela même, il est regrettable qu'une portion de la presse américaine discute ce sujet avec une façon blessante, d'autant plus qu’elle favorise la politique de certains de nos journaux qui donnent à son opinion un relief inutile.

Ils prèchent, et pour cause, la fatalité du l'annexion, et ils rient de nos projets d'indépendance coume d'une chose que ne pourrait vivre six mois. Ils disent que pour ‘eux peuples de mène race, ayant ia mène langue, il est impossible de vivre côie à côte sans que le plus grand absorbe le plus petit.

Naturellement on en a jamais tenté l'expérience parceque les conditions exigees munquaient. Mais que pretendaient ces gens à l'égard de la confédération du sui? Est-ce . qu'il ne disaient pas hautement qu'elle pouvait avoir une existance nationale? Et, bien qu’elle soit tombée après des prodiges de valeur et d'habileté, quel homme raisonnable doute que dans le cas où elle aurait consolide son indépendance, eile eût pu la maintenir? vependant le sud était loin de nous dans son appréciation de la liburté et des véritables éléments de la grandeur des nations,

Le pauvre Canada seul doit être tourné en ridicule en se cramponnant à un système de tutelle et d'infériorué éterneiles. Ce n’était pas l'habitude de déprécier s's ressources et méprier ses aspirations lorsque l'Hon. George Brown, dans son discours sur la confédérat.on, déroula la carte, et invita la chambre à faire une étu le enthousiaste de sa magnifique géographie. Il traça l'ile de Terreneuve el la trouva égale en étendue au royaume du Portugal. Traversant le détroit jusqu'aux côtes hospitalières de la Nouvelle- Écosse, il atteignit les dimensions du royaume de la Grèce. L'étendue du Nouveau-Brunswick était celle du Danemark et de la Suisse réunis. Le Bas-Canada étoit un pays aussi grand que la France. Le Haut-Canada était de 20,000 milles plus étendu que l'Angleterre et l'Irlande ensemble, A travers le continent jusqu'aux côtes du Pacifique se trouvait la Colombie Anglaise, la terre d'or promise, dont l'étendue était comparable à celle de l'Empire autrichien, et erfsuite les territoires indiens dépassant en étendue tout le sol de la Russie.

Il y avait, disait-il, en Europe quarantehuit Etats souverains dont onze ayant une population plus considérable que la nôtre.

En 1871, nous devions avoir une population d'une neuvième de celle des Etats souverains de l’Europe.

L'honorable monsieur disait de plus à la chambre qu’en 1793, le commerce des Etats souverains et indépendants des Etats-Unis, leurs exportations, et leurs importations ne s'étaient pas élevés à un tiers de ce qu'était les nôtres à ce moment, et il y avait en Europe peu d'Etats, parmi ceux dont la population dépasse la nôtre, qui puissent se vanter. de quelque chose comme le commerce étranger qui passe entre nos mains. Et la France, quoique la troisième puissance maritime du globe, possédait des vaisseaux jaugeant ensemble que 60,000 tonneaux de plus que ceux de l'Amérique du Nord. Alors, le Canada sit pour son industrie ou sa défense, pouvait

équiper une force de 70,000 marins et un nombre rond de 700,000 hommes capables de porter les arimnes,

Ce ne sont ; as là les qualités d’un pays incapable ‘de se gouverner lui-même, et dont l'avenir porte nécessairement la tache de l'infériorité et du vasseluge,

J'ai dit qu: l'indépendance était la conséquenc: naturelle des théories qui ont fait naitre la con ederation. Lord Monk fit allusion à cela comme tendant à furiner une ‘ Nouvelle Nationalité ” lorsqu'il en parla pour la première fois dans un discours du trône.

hommes d'état anglais l'ont invariablement discutée comme un pus dans la transformation que subissent nos institutions.

Les événements de la guerre américaine, et les possibilités d'une rupture avec les Etats- Unis, ont attiré l'attention du gouvernement anglais sur la question de la défense de ses possessions de ce continent. C'est au point de vue impérial qu’il à mis à exécution le projet, et dans le but de se débarrasser immédiatement de sa responsabilité ici. Je ne puis mieux expriner ce que je pense de la hautenr de ses vues quen citant le 7rue Wilness de mars 1867, un des journaux les mieux écrits de ce continent, qui est regardé cemine l'organe du clergé catholique du Bas-Canada. L'écrivain dit:—: Nous apprenons que le bill pour l'union des provinces de l'Amérique Britannique du Nord a subi rapidement ses trois lectures dans la chambre des lords. 11 est tout probable qu’il en sera de même dans les communes, car l'opinion publique en Angleterre est fortement en faveur d’une mesure que l’on regarde comme preliminaire à la ruplure d'une union polilique qui ne rapporte au peuple angiais aucun profil el l'expose méme à de grands dangers. A la demande des delégués euxmêmes, parait-il, le plan de Québec a subi quelques changements, et nous pouvons bies penser que, dans la législature impériale, le seul sentiment à l'égard de ces provinces est un désir de s’en débarrasser aussi honorablement el aussi (61 que possible. Elles ne profitent à la Grande-Bretagne ni matériellement ni moralement, * * * " * * "+ -

Tout ce que l’Angltterre a à faire est de se débarrasser de ses provinces de l'Amérique du Nord aussi lôl el en perdant aussi peu de preslige moral que possible. Ce qu'on aprelle la confédéralion de ces provinces présente les moyens d'accomplir cela, el, en conséquence, les hommes de lous les partis s’y allachent ardammeni.”

Il n’y a pas de doute que ces vues ont eu une influence plus ou moins directe sur nos délégués pendant que les négociations avançaient en Angleterre. Assurément, tous les partis étaient si décidés à presser l’arrangement que les remontrances les plus solennelles de ses adversaires coloniaux furent traitée avec une négligence générale et opiniâtre.

Comme on le pense bien, toutes les vues des hommes d'Etat anglais sont complètement par-

Les ! |

gées par le peuple de l'Angleterre, Tous les rganes de l'opinion, le populaire Times, le adical Star, le tory Slandard, leforme Satury Review, et le populaire Pall Mall Gazelle, vec leurs partisans dans tout le royaume, isent sur le même ton que le Canada est un mbarras pour l'Angleterre, et qu'ils sont prêts accorder son indépendance demain, et tous es colons avec lesquels vous parlez et qui ont isité la société anglaise vous disent que le ême sentiment existe dans l'epinion des nglais.

Adam Smith a écrit qu'un pays dominant Une pouvait volontairement abandonner sa puis- Msance sur une dépendance. Mais il regardait l'abandon comme un sacrifice, et, dans notre cas, l'Angleterre a déjà abandonné tout le pa. tronage qui, à son point de vue, pouvait l'engager à maintenir sa domination.

M. Cornewall Lewis, qui écrivit une letire après que les vues coloniales modernes commencèrent à pénétrer en Angleterre, regardait comme probable qu’une mère-patrie, qui ne retirait aucun avantage d'une dépeniance pouvant et voulant former un pays indépen- ! dant, put abandonner son autorité parce qu’il

n’y aurait pas de motifs suffisants pour la conserver. Il pourrait même y avoir des raisons positives pour la retirer, telles que les cas où la dépendance ne contribuerait en rien aux facilites commerciales du pays dominant, serait une source de dépenses pour le gouvernemeut suprême, et pourrait entrainer la mèrepatrie dans une guerre. Et il dit de plus que, si la métropole comprend sa véritable position à l’égard de sa colonie, elle reconnaîtra volontairement l'indépendance lorsqu'il y aura moye2 de la maintenir, préparera à cette transformation ceux qui ne peuvent se maintenir seuls, et cherchera plutôt à agrandir son commerce que son empire.

Les anglais pensent que nous pouvons remplir toutes ces conditions, et ils nous en imposent avec précaution, mais aussi avec persistanre, la 1esponsabilité.

Devons-nous hésiter à accepter ce conseil et à

qui est tromreuse et décevante, Le changement doit s'opérer, et c'est faire preuve d'énergie que de s'y préparer. Il y a enfantillage de nous déprécier ainsi que les devoirs qui nous sont imposés. Il y a du danger à retarder, et nous devons envisager le grave aspect de la position.

Comme nous l'avons vu, les intérêts et la politique du gouvernement impérial sont clairs. Les tories et les radicaux semblent pour cette fois d'accord, Il n'y a pas de doute que la responsabilité des ministres en Angleterre, les délicatesses des relations de parti, l'anxiété, d'un côté, de garder le pouvoir et, de l'autre, de l'obtenir jeuvent retarder le tactique de l'empire et engager à prendre des précautions. Ilest possible qu'un appel habile au passé de l'ancienne politique coloniale puisse faire naire un sentiment de résistance parmi les masses de l'Angleterre. Il peut y avoir quelques hommes, qui croient encore que la minorité perpétuelle des colonies est essentielle à la gloire de l'Empire, comme ïily a encore quelques hommes qui chérissent la croyance traditionnelle qu'un anglais peut fouetter deux français. Cet état de choses peut retarder, mais ne peut détourner la crise.

La pohiique coloniale restera toujours la même, une infaillible main l’ayantinscrite sur le mur. Même Sir John Young, notre princiral officier impérial, un homme d'état capable, fin, et d'une grande expérience, n’a pas cru que ses devoirs lui imposaient le silence sur la grande question du moment. Il a parlé avec prudence, il est vrai, mais d'une manière significative comme le représentant de grands intérêts impériaux ici. 11 engage à la modilication par laquelle passent nos institutions. Il a dit à Québec et répété à Halifax que les hommes d'état et le peuple du Canada étaient les meilleurs juges de leurs propres intérêts, que leurs destinées étaient entre leurs maine, et, s'ils venaient à changer, la proposition recevrait du peuple et des hommes d'état anglais une considération amicale.

Son Excelience n'appartient pas à cette

en 1ssumer Je poids. Nos hommes publics scnt- | c'asse de penseurs qui prétendent que, pen-

ils trop timides pour conduire le peuple à la grende œuvre qu'ils deivent accomplir? Ne voient-ils pas les signes des temps ou cherchent-ils à encourager le peuple à demeurer dans l’aveuglement? Il est temps que chaque caradien comprenne l'attitude que prend l’Angleterre, et qu’il admeite avec calme et sans passion quil y a une tactique dans la malveillance dont on accuse la Grande-Bretagne.

Nous avons vu qu’au point de vue du prestige commercial, militaire, ou national, l'Angieterre ne retire aucun avantage de l'union. Nous avons vu qu'il y a un désavantage mutuel, un danger qu’on ne peut mal interpréter et pour la mère et pour l'enfant dans les relations qui exisient entre eux. Combien de temps hésiterons-nous ou temporiserons-nous ? Pouvonsnous plus Jongiemps nous aveugler sur notre véritable position et simuler une importance

dant que la grande consolidation s'opère ici, on ne doit pas penser à de nouveaux changements. Elle ne nous dit pas que, parce que la confédération est à moitié accomplie, nous devons fermer les yeux sur l'avenir et laisser passer toute occasion d'accomplir les destinées de cette grande confédération du Nord. Elle nous dit de plus, dans son discours d'Halifax, qu'elle n'a pas été comprise à Québec, et qu'on l'a fait parler d’allégéance lorsqu'elle voulait seulement dire un changement d'alliance. IL n'y a que les aveugles abstinés qui pouvaient comprendre Son Excellence autrement. Personne ne pouvait rêver qu’un gouverneur anglais suggérerait au peuple de la moitié d’un continent qu’il administre, la cession de son territoire à une puissance étrangère. Mais Son Excellence est trop versé dans la philologie pour ne pas comprendre toute la portéa

des mots dont elle se sert, ‘ Alliance” signifie l'obligation d'un sujet envers son prince ou son gouvernement ; ‘‘alliance” veut dire des pouvoirs originaux exercés mutuellement par les parties contractantes, et, dans la pratique, l’allégéance cesse lorsque l'alliance commence, et ces vues sont tout à fait d'accord avec les remarquables discours de Sir John Young, tels qu'il les a interprêtés lui-même. Il voulait simplement ne pas insinuer que l'An: leterre encouragerait l'annexion de ce grand pays aux vastes territoires de nos voisins, landis qu'en même temps il semblait que l'avenir nous réservait quelque chose de plus noble que la simple t telle coloniale actuelle, C'est pour cela qu'il parla de chinger cet état de choses, nous encouragea en citant l'exemple de la Hollande avec un territoire moins étendu et moins de ressources, et nous assura la promesse d'une perpétuelle tivnveillance de son gouvernement et ‘ l'alliance” avec l'Angleterre ‘‘ la mère des nations.”

Le pays a contracté une dette de reconnaissance à Son Excellence pour cette aide opportune donnée au sentiment populaire ou pour avoir laissé entrevoir avec précaution ce bienfait futur dont le brillant éclat a ébloui ses timides ministres,

On aflirme en outre, sur une autorité qui semble incontestable, que lorsqu'on anuonça d'abord à Sir A. T. Galt, que Sa Majesté avait l'intention de récompenser ses ser ices publics en lui conférant l'honneur de la chevalerie, ce monsieur profita de l’occasion pour répondre à l'Exécutif qu'il appréciait fort ce grand honneur, muis qu’il croyait de son devoir, avant de l’accepter, de faire part d: ses fortes tendances en faveur de la prochaine indépendance du pays. Mais le représentant de Sa Majesté n’a pas jugé que cette opinion rendait M. Galt indigne des faveurs royales, et Sa Majesté les lui accorda gracieusement.

Il serait juste de demander, si Sir John Young ne voulait pas parler :le l'indépendance, ge qu'il voulait dire 4 li ne pouvait faire allusion à notre représentation dans le parlement anglais—le seul moyen de nous mettre sur un pied d'égalité avec nos compatriotes de l'autre côté de l'Atlantique, —concession impossible de la part du gouvernement impérial. Si l'Angleterre admettait les représentants de ses millions de colons dans la chambre des communes, Combien de temps maintiendrait-elle sa domination métropolitaine et conservatrice ? Combien doit-il s’écouler de temps avant qu'elle cesse de considérer la question colouiale à un point de vue impérial et voir ses enfants prendre l'attitude de leurs maitres.

Une telle solution des relations coloniales n’est pas désirable et est impossible. Les Anglais n’y penseraient jamais, et, s'ils le faisaient, celà ne satisferait pas nos besoins coloniaux.

Peut-être serait-il juste d'interprèter ce discours suivant l'opinion impériale. {1 n’est pas à. supposer que Son Excelleuce voulait émettre des théories nouvelles et originales ?

Croyons plu ôt qu'elle a été d'accord avec les hommes d'état de son pays et de son époque, Dans cette discussion, dont j'ai lait d's cita-

tions, sur la défense du pays, M. Disraëli fit à allusion à l'hypothèse d'un désir de la part du

Canada et des autres colonies de l'Amérique du Nord pour l'indépendance, et à l'heure où l'Angleterre pourrait ainsi p'rdre uné colonie et gagner un terme ami et unallié. Et de plus, il a dit que le Canada avait son avenir entre ses mains.

tion.

Nous avons le droit d’en disposer, !

I à tous les éléments qui font une grande na-? Il a, à ce moment, un fort développe-#

ment de vie nationale: et l'Angleterre, plei- ”

nement convaincue que ces provinces peu- À vent devenir un juÿs indépendant, en éprouve k

de l’orgueuil et non de la tristesse.

M. Bright, duns la même discussion, énu-

mère les raisons qui doivent faire comjrendr !

aux canadivns, s'ils Sont comme ls autres anglais, qu'il serait mieux pour leur pays d’être

débarassé de la politique ‘le l'Angleterre et de !

prendre la position d'un état independant. Il pensait, d'après ce qui avait été dit par les membres du gouvernement actuel et d''ceux qui l'ont précédé, qu'il n'y aurait pas d’objection à l'indépendance du Cana ‘a lorsqu'il la voudrait. ration amicale un état indépendant, dit M.

Bright—choisissant sa propre f.rme de gouvernement—qu'eile soit monarchique ou republicaine, suivant ses gouts, il ne sera pas moins l'ami de l'Angleterre.

d’une guerre, le Canada serait un pays neutre, et sa population jouirait d'une très grande sécurité.

Dans la même d:scussion, lord Palinerston | déclara que, lorsque les privinces se senti- | raient assez fortes pour se maintenir seules, & et ne voudraient pas avoir l'union, l’Angl:- !

terre dirait : ‘‘ Que Dieu vous conduise et vous

donne les moyens de vous maintenir comme |

nation.”

Ces sentiments généraux de la discussion !

ne provoquèrent aucune objection «ans la à

chambre où toutes les variétés de l'opinion

anglaise sont représentées. Et, bien que per- 4 sunue déclarât que le temps était venu, l'An- | gleterre se préparait évidemment par sa poli- #

tique à cet événement. 5 à Je passerai sous sil:nce les opinions avan-

cées des débats subséquents parceque le !

temps ne me permet pas de donner un 1reper- | toire de toutes les discussions qui ont eu lieu !

sur ce sujet. Mais d'après ce qu'on a dit auparavant, est-il facile de ne pas comprendre les remarquables insinuations de M. Gladstone, le premier nunistre de l'Angleterre, pendant le récent débat, dans la chambre des communes, au suje* de la garantie de l'emprunt de le Baie d'Hudson ? On fit des objections au principe dese garanties colonials, et M. Gladstone les approuva complètement. Mais il stéclara que cette garantie était donnée pour un objet purement impérial, afin de débarrasser l'Angleterre de l'inconvénient de possessions

Si le Canada devient par une sépi- |

Et, dans le cas |

territoriales tropétendues, Anciennement, a-til dit, les colonies américaines suivaient forcément un système vicieux de dépendance vis-àvis de l'Angleterre, Le gouvernement veut inculquer en elles un esprit d'indépendance, Il veut abolir l’ancien système et voir les colonies prendre un nouvel essor. Et le principe actuel n'est pas un commencement, mais une fin.

Presqu'au moment ou je parle, il nous vient de l'autre côté de l'Atlantique une circulaire qui a trait à un des événements les plus étranges et les plus importants du jour. Dans le Times de Londres, apporté par le dernier vapeur, je trouve une circulaire d'une assemblée de colons à Lonures, qui se montrent alarmés des nouvelles vues de l’Empire sur les relations coloniales, et cherchent des moyens d'engager le gouvernement anglais à abandonner sa politique récemment annoncée au sujet de la dé‘ense des colonies, ou, dans le cas d'un échec, de demander un changement d'allégéance, et de prendre des mesures propres à faire face à la nouvelle situation.

La circulaire suggère une conférence de délégués de tous les gouvernements coloniaux, à Londres, pendant la prochaiue session du parlement impérial, et le Times exalte l'importance du mouvement qu’il regarde comme un événement, si on en juge par le ton sur lequel il discute toute la question. Ce journal, le thermomètre le plus exact de l'opinion influente en Angleterre, prétend que les remontrances seront inutiles et auront pour résultat de faire sentir aux colonies qu'elles ne doivent compter que sur leur propre indépendance.

Tout ceci indique que l'attitude de l’Angleterre est suffisamment prononcée et compréhensible, et un de ses eflets sers de modifier | profondément et de murir l'opinion des colo- nies. Il n'y a pas de doute que notre population puisse manifester d'abord de l’étonnement et de la surprise. Quelques-uns en feront un prétexte pour avancer des préjugés et d’autres pour s’en éloigner avec dégoût ; mais, à la fin, l'opinion réfléchie de nos compatriotes, s'ils en ont l’occasion, s'attachera au sujet avec un sentiment patriotique et une véritable con-

neissance de son influence sur les intérêts

des deux pays. C'est avec ce sentiment que je

me propose de considérer un peu plus au long

les relations de ce sujet avec nos intérêts, et peut-être de m’étendre sur quelques points de détail auxquels j'ai fait allusion.

Il y a parmi nous des hommes politiques et des publicistes qui prétendent que, jusqu'à ce que le projet de confédération soit tout-àfait accompli, la question de nouveaux changements pourrait fatalement troubler l'esprit du public. Dans un pays despotique, où l’opinion publique ne compte pas, où tout le pouvoir réside dans le gouvernement, où les théories des institutions libres sont ignorées, on peut tolérer une pareille prétention. Il serait conforme à cette idée de ne pas encourager la pensée, de défendre la discussion, et de pren-

dre tous les moyens pour étouffer tout ce qui pourrait tendre à créer une opinion publique intelligeute, Le peuple pourrait apprendre à diflérer d'opinion avec ses gouvernants, et cela causerait des troubles ! Mais une telle prétention est une insulte à un peuple libre, et indique de la part de ceux qui la pos la crainte de perdre le contrôle qu'ils ont sur lui.

Les difficultes de l'Irlande sont aussi épineuses que les embarras de notre position, et, cependant, avons-nous appris que l'on avait défendu à M. Bright de discuter la question de la terre avant que l'abolition des privilèges de l'Eglise d'Irlande fut accomplie ? C'est tout le contraire, 1l est du devoir des hommes qui consacrent leur vie à l'étude des questions publiques, de discuter ces questions devant le peuple, afin que celui-ci puisse connaitre les grands résultats que lui réservent les destinées de son pays.

Ces écrivains cacheraient les faits importants de notre situation pendant que je les proclamerais du haut des toits; il feraient taire l'intérêt populaire, et bercerait l'esprit d'inquisition pendant que moi, reposant pleine confiance dans l’honêteté et le patriotisme de mes concitoyens, j'engagerais celui qui peut diriger un autre dans le sentier des recherches intelligentes, à en venir à des conclusions sages et profitables.

Nul doute qu'il y ait trop d'inquiétude dans l'esprit public. Mais discuter la position n'est pas la créer, et celui-là est un faible penseur qui suppose qu’en vue de toutes les circonstances, le peuple se conduira sans pensée et sans discours ! Mais qui doit controler les impressions des masses, tempérer leurs idées, et mettre un frein à leurs passions? Le peuple est observateur dans sa route, il lit les signes des temps, et il prévoit unanimement que nous sommes sur la pente de changements politiques radicaux. Il n'y a pas de doute que vous prévoyez la chose comme moi. Alors n'est-il pas du devoir de nos chefs politiques de cultiver nos opinions, de nous éclairer, et de nous préparer à remplir les devoirs qui nous incombent plutôt que de faire taire nos recherches et et de nous laisser entrainer dans le dangereux courant des théories non éprouvées ?

Le grand besoin commercial de ce pays est un marché profitable pour le surplus des produits de notre industrie. La confédération devait satisfaire ce besoin en nous ouvrant les marchés des provinces sœurs. Je crains que les résultats n’aient pas jusqu'ici fait prospérer nos humbles manufactures. Notre marché naturel est celui. des Etats-Unis, et nous souffrirons aussi longtemps que nous n’y aurons pas accès. Et un simple traité teruporaire,sujet aux caprices des hommes politiques et aux embarras de la diplomatie étrangère de l'Angleterre n’apporterait pas un remède complet. Les manufactures et le commerce porspèrent sous un tarif permanent et libéral, et c’est en vain que vous les traitez avec générosité au-

jourd’hui si vous prévoyez que vous pourrez | Dites-moi lequel de nos hommes d'état en

les gèner demain.

marchés.

faits ces marchés doivent être permanents afin que le capital puisse acquérir de la confiance et chercher des placements ici. Sans cet état de choses, notre commerce est limité et nos manufactures sont étrangères au milieu de nous; et, l'émigration de notre population étant à peu près égale à son augmentation normale, les perspectives de progrès ne sont pas brillantes. Nous devons être les manufacturiers de ce continent avec notre travail à bon marché, le bas prix des choses nécessaires à la vie, et nos merveilleuses facilités naturelles. Nous ne pourrons soutenir ia concurrence contre la distance, l’habilité, le capital, et le travail abondant de l'Ancien-Monde, et nous n'avons qu'à fournir à nos populations éparses en faisant une concurrence inégale aux grandes industries manufacturières de l'Angleterre et des Etats-Unis. Et il arrive souvent, dans les temps de dépression, lorsque nos manufactures auraient besoin de l’encouragement et de l’appui, qu’on ruine notre commerce intérieur pour faire de notre pays un marché de sacrifice pour ces grandes nations. Notre agriculture est limitée à nos propres marchés, ou anéantie par les exigences exhorbitantes des collecteurs de douanes américains. Les mêmes exigences empêchent le développement îe nos mines, et un mur de papier contenant des prohibitions législatives, que l'on a censtruit le long d'une ligne imaginaire, nous rend pauvres.

Il serait insunsé de douter que ces influences n'aient contribué à produire l’état languissant du commerce actuel et la dépression générale. Le dernier numéro de la Gazelle du Canada annonce quarunte faillites dans une seule semaine. Et la malheureuse liste a dans le passé des proportions alarmantes.

L'émigration des journaliers aux Etats-Unis - St quelque chose d'alarmant, et il ne peut en être autrement parceque nos pouvoirs d’eau sont négligés, nos mines sont fermées, et nous n'avons aucun moyen de fournir de l'emploi à notre population.

Quelques hommes d'état se réjouissent de ce que plusieurs de ces pauvres gens émigrent avec l’espoir de revenir ; mais nous avons devant nous un sombre avenir, s’il n’y a pas moyen de faire disparaître la triste nécessité, la pauvreté désespérée et le manque d'emploi qui les forcent à s’expatrier malgré eux. On nous dit que la dépression règne aux Etats- Uuis. Cela est vrai ; mais les manufactures sont établies, et, quoique la production soit limitée, les marchés sont approvisionnés, et le pauvre journalier travaille et reçoit un salaire. Cela l’inquiète peu que le dividende de l’actionnaire soit élevé ou bas aussi longtemps qu'il travaille et qu'ilélève sa famille, 11 n'y a pas de doute que s’il trouvait la même chance ici, il reviendrait, demain, dans son pays natal. : Et pour tout ceci n’y a-t-il pas un remède ?

Nous voulons avoir des |a proposé un ? Nous pouvons lauguir tel que Mais pour produire tous leurs bien- nous sommes, mais ce serait folie d'espérer

une prospérité rapide et générale,

Les hommes politiques d'Ontario, ignorant les signes extérieurs, prétendent n'avoir pas besoin de secours; mais, dans les provinces de Québec, du Nouveau-Brunswick, et de la Nouvelle-Ecosse, on est d’une opinion différente. On dit qu’on a l'espérance de faire un nouveau traité de commerce,—ce qui serait un grand avantage,—mais, pour inspirer de la confiance, ce traité doit avoir un caractère permanent.

Nous devons avoir des relations commerciales libres et assurées avec les Etats-Unis, et ils en ont autant de besoin que nous. On medira que ces théories conduisent à l'annexion, et il est vrai qu'en autant que nos embarras ont trait aux relations commerciales, l'annexion est un remède. Mais serait-ce là le meilleur remède ? Je ne le pense pas, et, même s’il en était autrement, ce projet serait-il désirable ou réalisable ? Mais il y a un autre plan que je pense meilleur pour un système de commerce continental. J’abolirais les maisons de douane le long de la frontière ; mais je conserverais la ligne imaginaire comme une division entre deux nations amies qui désirent, tout en ayant de libres relations, mainteiir leur autonomie, marcher à la conquète de leurs destinées, et développer leurs libres institutions.

Avant la formation du Zollverein par des stipulations de traité, les relations commerciales des divers Etats allemands étaient entravées par des incapacités et des restrictions semblables à celles qui existent entre nos voisins et nous en ce moment. On ne pouvait introduire dans un Etat les marchandises d’un Etat voisin sans payer des droits. De plus, il y avait un grand nombre de prohibitions, et les relations commerciales entre les souverainetés voisines étaient embarrassées par des restrictions vexatoires et onéreuses. Mais l’inconvénient devint manifeste et insupportable, et les états allemands, tout en conservant leur autonomie, adoptèrent une politique commerciale plus sage. Ils abolirent ces‘charges inutiles qui ne tendaient qu’à arrêter l'esprit d'entreprise et à boucher les canaux du commerce légitime entre deux états voisins. Ils établirent un seul gouvernement pour les affaires commerciales ainsi qu’une ligne de douanes sur les bornes géographiques, un tarif d’exportation et de transit fut mis en vigueur pour tous, et le revenu provenant de ces diverses sources était distribué parmi les membres de la confédération en proportion de la population de chacun d'eux. Ce système a, pendant une longue suite d'années, donné satisfaction en Allemagne, et il est possible que le Canada et les Etats-Unis adoptent quelque chose de semblable avec des avantages mutuels et permanents. Ceci serait préférable à tout traité de réciprocité parce que ce serait un commerce libre, absolu, et permanent entre les deux pays. Cela est préférable encore parce

qu'on pourrait plus facilement l'obtenir, et parce que ce serait un arrangement que fuvoriseraient les américains.

Cet arrangement épargnerait aux deux pays de grandes dépenses le long de la frontière et dispei serait une nombreuse armée de contrebandiers. On pourrait réaliser ce projet en six mois, et, tout en étant avantageux à nos voisins, il ferait du Canada un grand pays agricole, minier, et manufacturier ; il serait très populaire :.4x Etats-Unis parce qu'il plairait aux libre-échangistes, et M. Greely, le grand protectionniste, a promis son appui ; il laisserait libre la navigation du St. Laurent, et ouvrirait la moitié d'un continent à l'esprit d'entreprise et au capital des américains ; il nous donnerait accès à ds marchés d'une population de 40,000,000 ; il attirerait un capital illimité, et notre pays serait doté de nombreux villages miniers et manufacturiers. Nos intérêts agricoles et commerciaux se multiplieraient et se développeraient en proportion.

Notre vopulation trouverait de l'emploi dans le pays, et des multitudes de travailleurs étrangers immigreraient ici.

L'image vous plait, mais hélas! elle a de sombres ombrages, et se trouve placée dans un triste cadre. Nous ne pouvons négocier un tel traité. Le Canada a de grands intérêts, mais il n'a pas de pouvoir. Il ne peut exercer aucune fonction diplomatique parcequ'il n’a pas de relations étrangères reconnues. Il pourrait tenter d'agir et être réprimandé comme l'Ile du Prince-Edouard. Quelques membres se moquèrent de mon ignorance lorsque je fis les mêmes assertions dans la chambre, parceque le ministre anglais avait reçu instruction de nous consulter dans ses négociations. Pensent-ils que M. Thornton négocierait ce Zollverein pour nous? Non! parceque cela produirait un conflit avec la politique de l'Angleterre. Le Canada, comme dépendance, ne peut devenir partie à un traité de commerce continental ici parceque cela entrainerait une distinction défavorable aux marchandises anglaises. Cela est raisonnable, et nous ne devons pas nous en plaindre. Ce serait même un système vicieux qui blesserait les intérêts de la mère-patrie et établirait une distinction en faveur d'une puissance étrangère. Et ce sont nous qui sornmes les victimes!

Il n'y a qu'un remède logique, et cela m'amène à la même conclusion—une séparalion de la mère-palrie. Indépendants, nous pourrions obtenir cet avantage commercial. Indépendants, nous prendrions l’autorité entre nos mains. Nous aurions des relations étrangères. Nous pourrions négocier des traités. En ce sens nous ne souffririons pas du changement.

Nous connaissons nos propres intérêts, mais la diplomatie anglaise sur ce continent n’a jamais réussi. 11 ne pouvait en être autrement. Les hommes d'état de l’Empire ont peu de temps de penser à nous. Ils emploient mieux leurs moments sur la mer orageuse des complicatiohs européennes. Mais ïs sont plus

sages que nous daus la conduite de nos affaires, car ils veulent que nous acceptions notre indépendance.et que nous la maintenions. Nous y parviendrons si nons sommes constants et prudents. Mais les pionniers du mouvement doivent se préparer à affronter pour un temps le mépris et les reproches.

Il y à parmi nous des hommes, je ne les crois pas nombreux quoique les incertitudes des circonstances soient de nature à grossir leurs rangs, qui n’acceptent qu'avec répugnance les demi-mesures et qui désirent l'annexion immédiate aux Etats-Unis. À ces personnes je demande si l'annexion nous procurerait des avantages que nous n’aurions pas avec le Zollverein? Assurément on ne préfère pas le système de nos voisins à notre système de gouvernement responsable anglais. Pourquoi ne pas faire fonctionner ce système sous des conditions meilleures sur ce continent? L’Angleterre consentirait volontiers à nous accorder notre indépendance, et nous aiderait en nous donnant l'alliance éternelle que ses hommes d'état nous ont promise. Mais pourrait-elle, sans perdre du prestige et de l'honneur, consentir à la perte de la moitié d’un continent et à sa cession à une puissance étrangère ? Vous ue faites que compliquer la situation par vos demandes impossibles qui fournissent des armes à l'ennemi sans être utiles à vos vues. Lorsque le Canada se séparera de l'Angleterre, ce sera à la bouche du canon, si son but n'est pas d'établir son indépendance souveraine. Il est préférable pour les Etats-Unis et pour nousmêmes que le Canada conserve son autonomie.

Nos voisins ont des territoires assez vastes, et ils peuvent bien nous laisser faire l'épreuve du gouvernement par le peuple. Nous ferons fonctionner un système très-peu différent du leur, mais dans les limites des relations amicales de commerce. Si Icur drapeau flottait sur tout le continent, uù serait le druit d’asile dans le cas de troubles civils? Et quel profit retireraient-ils de millions d'hommes qui entreraient dans leur giron avec déplaisir et mécontentement parce qu'on ne leur aurait pas permis de dévelopyer leur nationalité.

Je dois dire un mot à une autre classe d'adversaires. Il y a ici un parti puissant qui représente les Etats-Unis comme un peuple d'oppresseurs et d'agresseurs. Ce parti pense que l'établissement d'un Zollverein commercial serait suivi d'actes tendant ouvertement à nous subjuguer. Je pense que cet avancé est sans fondement. Je n'ai aucun doute que des négociations judicieuses éloigneraient bientôt ce danger en garantissant le maintien de notre position au moyen d'un traité d'’amitié avec nous entre les Etats-Unis et l’Angleterre, et je n'ai aucun doute que l’on prendra bientôt des mésures dans ce sens.

Muis je ne pense pas qu'il soit juste d'affirmer que les américains sont des agresseurs. Comme nation, ils sont attachés aux arts de la paix. Quelquefois, des flibustiers sont partis de leurs côt-:, mais ils n’ont pas

remporté des succès, et jamais le gouvernement ne les a encouragés. Commeje l'ai déjà dit, le Mexique, Cuba, et les états espagnols de l'Amérique n’ont jamais souffert de l'esprit de conquête des américains. Malgré une guerre qui mit le Mexique aux pieds de Etats- Unis, ceux-ci refusèrent de le subjugner. Avec moins de raisons, la France a envahi le Mexique, et a tenté de monopoliser son gouvernement. L’Angleterre, par un hasard heureux, à échappé au projet.

Mais on me dira que la doctrine Monroe vise à la conquête du continent, et que les américains prêchent cette doctrine comme Pierre l'Ermite prêchait les croisades. On a tant parlé des monstruosités de cette doctrine—un grand nombre de bon'ies vieilles femmes ont été si alarmées—qu'il serait peut-être bon de demander ce que c'était, et si nous devons réellement la regarder comme une menace pour nous et nos enfants? Quelques personnes seront peut-être étonnées d'entendre dire que cette doctrine est essentiellement d'origine anglaise, et qu’elle a été suggérée par M. Canning.

La France avait dicté les principes constitutionnels que l’on suivait en Espagne, et conçu Île projet de défrayer ses dépenses en faisant l'acquisition des colonies espagnoles dans l'Amérique du Sud, et l'Angleterre, indignée de cette conduite contraire à ses intérêts, et poussée par la haine que M. Canning avait toujours manifestée contre la Sainte-Alliance, décida le président Monroe à énoncer la doctrine qui, depuis, est devenue si fameuse. La citation suivante de la dernière édition de l’Encyclopædia Britannica expliquera ce qu'était réellement cette doctrine : — “ James Mon- ‘ roe succéda à Madison à la charge de la pré- ‘“ sidence, et la garda huit ans (1817 à 1895). “ Vers la fin de son administration (1823), “ suivant la suggestion de son secrétaire d’E- ‘“tat, John Quincy Adams, il introduisit dans ‘son message au congrès — faisant allusion ‘“ au but des alliés de l'Espagne en Europe, “ de l'aider à soumettre ses colonies révoltées ‘“ dans l'Amérique Centrale et du Sud — l’as- “ sertion d’un principe concernant les droits “et les intérêts des Etats-Unis, ce principe ‘étant que les continents de l'Amérique, par ‘“ leurs positions libres et indépendantes, qu'ils ‘“’ont prises et maintenues, ne doivent plus ‘être considérés à l’avenir comme ayant be- “ soin d’être colonisés par les puissances eu- « ro éennes. # * * * * * * * * * *

“ Dans les colonies actuelles des puissances ‘‘européennes,” continue le message, ‘“ nous ‘nous ne sommes pas intervenus, et nous ‘“ m'interviendrons pas. Mais, dans les gouver- ‘“ nements qui ont déclaré et maintenu leur ‘indépendance, et dont nous avons reconnu “ l'indépendance pour de grandes raisons et ‘“ d’après de justes principes, nous ne pouvons ‘regarder une intervention de puissances eu- ‘‘ ropéennes, où pour les opprimer ou pour con- ‘“ trôler d'une autre manière leurs destinées,

‘“ que comme la manifestation d’un sentiment #

“ d'hostilité à l'égard des Etats-Unis.”

Le Congrès n'adopta aucune mesurerelative !

à ce sujet; mais l'esprit de ce corps et de la : nation était en faveur de la doctrine Monroe. !

Lord Brougham, faisant allusion à la déclaration du Président, dit qu’elle avait répandu la joie parmi tous les hommes libres de l'Europe, et Sir J. McIntosh en parla dans les ter-

mes suivants: — ‘Ce sage gouvernement,

“ dans un langage sérieux et énergique, et,

‘“ avec ce ton caline et réfléchi qui produit le À

“ véritable courage, proclame es principes de ‘ sa politique, et expose les cas dans lesquels “le soin de sa propre sureté l'obligera à pren- “dre les armes pour la défense des autres “ Etats. J'ai déjà fait remarquer la coinciden- “ ce parfaite qu'il y a entre ces principes et Les “ déclarations de l'Angleterre si on tient ‘“ compte de l'intérêt plus profond ou du “ moins plus immédiat qu'ont les Etats-Unis “ dans l'indépendance de l'Amérique du Sud ‘ qui se trouve voisine d’eux. (Cette commu- ‘“ nauté d'opinions des deux grandes sociétés “ politiques anglaises—car je me réjouis de les ‘“ appeler ainsi, et je demande à Dieu qu’elles “ soient toujours amies dans la cause de la ‘ justice et de la liberité--ne peut être envisa- “ gée qu'avec le plus grand plaisir par tout ‘“ citoyen éclairé du globe.”

Ainsi, on voit que la doctrine Monroe diffère entièrement de la version populaire qu’on en a, qu'elle a été suggérée et approuvée de tout cœur par l'Angleterre, et quelle ne contient aucun avertissement ni aucune menace pour nous.

Je n'ai aucun doute que le gouvernement et le peuple des Etats-Unis encourageraient, par tous les moyens convenables, l'indépendance de ce pays, et les relations commerciales intimes que j'ai suggérées, et, comme on l’a vu, je ne doute pas que l'Angleterre favoriserait raisonnablement l'arrangement. Mais, même s’il était impossible d'améliorer nos relations commerciales avec nos voisins, le meilleur moyen de se débarrasser de nos difficultés commerciales, serait de mettre de côté les restrictions de l’état colonial.

Il est facile de comprendre que le flot de l'immigration européenne pourrait être quelque peu détourné des Etats américains pour se diriger vers nos riclies et grandes vallées du Nord-Ouest seulement parce que le préjugé existant en Europe contre les Etats dépendants, et surtout le préjugé irlandais contre l'Angleterre n'existerait plus. Que l'on dise ce que l'on voudra, ce sont là de sérieuses entraves à notre politique d'immigration, et qui sont jusqu’à un certain point la cause de ses échecs.

La colonisation du Nord-Ouest et des facilités de communication avec ce territoire nous ouvriraient un grand marché qui ferait surgir

un grand nombre de manufactures.

Comme nous l'avons déjà vu, l'indé pendance contribuerait à établir une politique

ES

bmmerciale assurée et permanente sans labelle le capital continuera à nous fuir, et à ne

ent de nos ressources.

De plus, l'indépendance imprimerait en nous bt esprit de confiance et d'entreprise qui xiste à un si haut dégré chez nos voisins, qui tant contribué à leur grandeur, et qui est conséquence de l'indépendance nationale Arils ont établie. A ce point de vue, je n'ai ucun doute que les mêmes causes produiient les mênes résultats ici, et que nos oyens d'expansion puiseraient de la force Janus la responsabilité de la position.

Quoique, comme je l'ai démontré, notre marché naturel soit avec nos voisins, et que otre exclusion de ce marché rendrait compaativement difficile notre progrès vers la granleur, après avoir épuisé tous les moyens d'établir des relations avantageusos, je ne déses- Mpèrerais aucunement de mon pays si,—ce qui Œu'arrivera pas, j'en suis certain—on nous refusait ces relations. Mais, mêine dans ce cas comme dans d'autres, l'indépendance multiplierait et hâterait nos succès ; de sorte que, sous toutes les circonstances,nous prospérerons | en proportion du courage et de la confiance que nous aurons en nous-mêmes.

J’ai déja considéré l'influence probable de l'indépendance sur le caractère du peuple de ce pays. J'ai toujours regretté le manque d'esprit national en Canada. Je considère comme une vérité élémentaire, qu'aucun peuple ne puisse .se respecter où commender le respect des autres s’il n'existe pas en lui un sentiment commun d'orgeuil national et de patrio- Htisme. Ce sentiment apporte à la vie nationale June liaison semblable à l'attachement filial au #c-rcle de famille, et se trouve, en même E temps, la gloire et la sauvegarde d’un peuple libre. Il est malheurcux de constater qu'il manque dans ce pays. Vous trouverez de l'orgeuil national ici, mais il est étranger : c’est une importation. Il est anglais ou écossais, lirlandaiïs, français au américain, et le moyen } de former une nationalité vraiment canadienne est malheureusement trop souvent entre les mains de’ fonctionnaires dont le devoir et l’in- térêt sont de faire un étalage convenable de-

vant le peuple.

| Dans combien de réunions remarquables ne

pourriez-vous pas tourner en redicule la nationalité canadienne sans faire apologie ou sans provoquer un vengeur ? Mais le sujet est vaste et grandit à nos yeux lorsqu'on l’examine. Une discussion approfondie remplirait un livre au lieu d’une lecture. Le temps me presse de terminer.

Le projet actuel est immense et nos destinées lui sont intimement liées. fai ébauché quelques-urs de ses traits principaux; vous pouvez suppléer aux lacunes, si vous me faites l'honneur de réfléchir sur ce que je vous ai dit, Nous avons vu que le sujet est mûr pour

la discussion, et qu’il touche nos intérêts vi-|

taux, Nous avons vu que l'Angleterre est em-

barrassée dans ses relations avec ses dépendances ici, et que le Canada souffre des res-

s jouer son rôle légitime dans le développe- | trictions de l'union. Nous avons vu comment

nos plus nobles sentiments de loyauté envers la couronne peuvent devenir de chaleureux sentiments de loyauté envèrs le Canada, et combien l'esprit de patriotisme national est indispensable à notre avancement dans les en-

'treprises et à la confiance en nous-mêmes.

Nous avons vu comment l'abandon de la tutuelle impériale avait ouvert la voie au développement des colonies plus anciennes de l’Amérique du Nord, et avec quelle rapidité, en prenant en mains leurs ressources, elles ont avancé en grandeur et en influence, Et nous avons vu quel immense gain l’Angleterre avait retiré de ce changement providentiel de ses relations avec ces colonies. J'ai démontré comment nous pourrions profiter de leur exemple —non par la révolte et l’effusion du sang — parce que l'Angleterre nous offre l’indépendance qu’elle leur a refusée—ct que la route à suivre pour complété notre nationalité se trouve plus facile. J'ai démontré que le projet n’est qu’un second pas indispensable dans le grand drame de la confédération, et qu’il n’a pas pour but le renversement de nos institutions. J’ai démontré que l'Angleterre désire le changement, et que nous en avons besoin, et qu'il résoudrait à notre avantage les grands problêmes commerciaux et politiques. J'ai démontré combien il contribuerait à entretenir l’amitié entre nos voisins et nous, comment il laisserait subsister l'indépendance séparée des deux pays, pendant que chacun Jouirait de la plus grande liberté de relations commerciales.

J’ai avertiles bouillants réformistes, qui préféreraient une alliance politique avec les Etats- Unis à l'indépendance, que l'annexion est impossible, et que l’agitation en sa faveur est un embarras ; et j'ai prédit que les américains seraient satisfaits de ce changement si important et si facile à obtenir, et qui a sur l’annexion l'avantage de ne pas être humiliant pour l’Anglerre. J'ai démontré pourquoi les vastes territoires, l’importante population, et ies immenses ressources du Canada lui donnent droit à une place respectable parmi les principales nationalités du globe, et j'ai repoussé les critiques qui se moquent de telles aspirations, décréditent nos moyens, et prédisent notre humiliation. Le projet est peut-être un rêve, mais c’est la vision d’un grand aven:> de richesse et de bonheur, d'influence et de gloire pour notre pays. Et c’est une vision qui prédit un fait qui avant longtemp sera de la réalité.

J'ai nécessairement laissé de côté plusieurs parties importantes de cette grande question. L'armée et la marine—la partie diplomatique du service civil—tout le sujet des dépenses publiques—ne sont pas compris du tout dans cette discussion, ni les moyens d'y pourvoir, ni la question de savoir si la nouvelle nationalité les augmenterait ou tes diminuerait. Il suffit pour le présent de savoir que la

neuvième puissance souveraine quant à la population, la quatrième quant au commerce, et peut-être la première quant au territoire et aux ressources non développées, sera en état de supporter les besoins fiscaux de son époque. J'ai laissé'hors de la discussion la forme du gouvernement futur du Canada. C'est assez pour moi de dire que ce doit être un système indépendant ayant soit la forme monarchique soit la. forme republicaine, En outre lorsque l’heure du mouvemeñt sonnera nous aurons toute l'opportunité désirable pour mettre en

rallôle les deux systèmes et les discuter. n peut espérer que, comme pour la confédération, nos hommes politiques nous proposeront un plan préparé, gen respectera les opinions. Le sujet a d'ailleurs déjà attiré l'attention. Le fait significatif est qu’en Angleterre, durant les négociations relatives à l'Acte d'Union, Sir John A. McDonald plaida pour l'adoption du mot Royame au lieu de Puissance du Canada,

Et ilest parfaitement connu qu’un desrèves de feu M. D'arcy McGee était l'établissement d'une monarchie canadienne gouvernée par un Prince d'Angleterre, entouré d’une noblesse locale. Aussi les organes influents de la hiérarchie dans le Bas Canada, qui ont parlé de l'indépendance l'ont fait avec les mêmes vues.

D'autre part on aura ceux qui craignent les dépenses d’une royauté et ce qui doutent dela possibilité de greffer les formes de la féodalité avec ses trompeuses 8 pparences sur les institutions démocratiques du Nouveau Monde. Un peuple comme le nôtre ne voit aucun charme dans les extravagances d’une Cour et le retablissement du droit d’ainesse nécessaire au maintien des classes privilègiées

On vous dira qu’un syslème qui n’a pu réussir à Mexico avec l'appui de la France, ne peut prévaloir ici au milieu des mflurnces égalitaires d'institutions hbres. Mais vous et moi pouvons attendre le cours des événements et nous préparer à discuter cela en temps Opportun. Il est bien que ceux qui s'accordent sur.le but final s'accordent aussi sur le renvoi de tous les incidents qui pourraient compromettre la cause Nous trouverons aussi quand le temps viendra, un intraitable parti à combattre — composé de ces nombreux et puissants intérêts tous dépendants du maintien de l'ordre actuël, et comprenant aussi sans aucun doute une grande classe d'hommes loyaux, désintéressés, et, désirant le bien du pays. Je me suis proposé au üébut de ne parer à aucun point de vue particulier, Ma canse est au-dessus et en dehors des querelles des

artis ; et quant à moi-même, ma position a êté cumbattue aussi chaudement par mes amis que par mes ennemis.

Mais ce n’est point ici le moment de récriminer ou de répondre.

Je ne dépens que de la perfection de mes arguments. J'ai des convictions énergiques comme homme de parti, mais elles seraient

déplacées dans ce débat.

côté de la Chambre à l’autre si mes ennemi!

l'esprit public est troublé: chacun pense qu le but n’est pas atteint et l’on se demande ; nous allons à l’aveugle. Quelques uns soul çonnent que l'administration culières, mais qu’elle ne ser à les repousser qu'à les publier. |

Lorsque j'eus l'honneur d'exposer ces opinion

un mystère et nul n’eût le courage de Il

Le public n: peut rest:r plus lougtems dans cettr incertitude et le peuble a une idée fixe, celle d'un changement à venir et défin Mais de graves dangers se cachent derrière | délais et les incertitudes de l’heure présente! On doit dire la vérité ; nous perdons beaucoulhl de notr2 pouvoir sur la fidélité et la confianca de notre population ; le mécontentemnt et | doute se glissent au milieu d'elle, et les enme. mis de notre avenir sont encouragés à répan-k dre leurs malicieuses prophéties devant nous! La proclamation d’une politique nationale! avouée et progressive charmerait l'orei le st ferait naître la confiance publique. L: peu Je écoulerait votre appel si vous lui donniez des raisons el si vous invoquiez ses sy; athies, ses cspérances et ses aspirations nationales, et son intérêt dans l'avenir serait comme l'ancre de misericorde qui l’attacherait fortement à la destinée du Canada.

Et maintenant,messieurs j'ai rempli le devoir qui me revenait en vous &dressant quelques observe ions sur 16 sujet absorbant de l'heure présente.

J'ai calculé les frais et je connais l'amende, Vous m'avez compris ; mais mes ennemis, comme d'habitude, vont me dénaturer, eti m'incriminer. Je n’en serai ni intimi lé, ni désappointé. Si mes opinions pré valent un jour, quelques-uns se joindront à moi avant que la

e soit terminée. Si elles sont rejetées, j'audu moins fait mon devoir.

1 faut quelquefois du courage pour dire la ité, mais ici nul ne peut nous empêcher de uter librement dans le pays. Vous et moi ns le droit d’avoir notre opinion et celui de iscuter. Les hommes d'état de l'Angleterre s ont montré l'exemple dans la véritable adelle de l'empire. Nous n'avons ici aucune apacité politique ; car les conseils de la nan sont présidés aujourd'hui par des homs dont quelques-uns ont cherché à renverle gouvernement, et d’autres à proposer nexion immédiate du pays. Ce sont cepennt aujourd’hui de loyaux citoyens. Ainsi mes-nous.

Le temps amène des changements et opère des merveilles, et il accomplira la grande destinée réservée au. Canada, et, laissez-moi l’espires, d’une façon plus directe, contribuera au

onheur de ses habitants. Dans ce cas, et bien que mes théories soient non avenues, mes espérances seront accomplies. Laissez-moi aussi croire, dans cette grande crise de notre histoire, à une ère d'intelligence progressive, de fraternité, et de tolérance parmi nous. Et permettez-moi de recommander instamment notre pays, ses destinées, ses habitants, à la protection, à la sagesse du Grand Père des peuples.

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