SCÈNE IV
DOLANGE, LE VICOMTE.
dolange, à-part.
Je reste confondu !
LE VICOMTE
Conçois-tu mon délire?
DOLANGE.
Fort bien 3 mais par ces fleurs qu'a-t-elle voulu dire?
; i4 L'INDISCRET,
LE VICOMTE
Au château d'Êrlonval, ce langage ingénu
Fut un signe d'amour entre nous convenu;
Nous trompons tous les yeux par ce doux stratagème :
Dire : j'aime les fleurs, c'est dire je vous aime!
Et, grâce à ce détour, il n'est point de jaloux,
D'argus, de surveillans, et d'importuns pour nous.
DOLANGE.
( à part. ) ( haut . )
J'enrage!... Mais comment cette intrigue piquante
A-t-elle commencé?
LE vicomte.
L'aventure est charmante !
C'est un roman divin que je vais te conter; Sur ta discrétion je me plais à compter: En chevalier français, l'honneur de Célénie, Tu dois le concevoir, m'est plus cher que la vie; Et si jamais... C'était vers la fin du printemps , La duchesse voulait me voir depuis lêng-temps, Et je reçus un jour, an fond de la campagne, Une invitation de me rendre en Bretagne. Au château d'Erlonval soudain je me rendis : Je ne vis point le duc; il était à Paris... Mais je vis Célénie! A sa grâce touchante Qui pourrait opposer une âme indifférente? Je l'aimai, cher Dolange ! et pendant trois grands mois, Mon cœur fut sans audace et mon amour sans voix, Pour ma belle s'entend! car, dans ma peine amère, J'apprenais aux échos le nom de ma bergère. Enfin, près de quitter le séjour d'Erlonval, Je résolus de rompre un silence, fatal ;