‹ L'indiscret, comédie en cinq actes et en versChapitre 4 sur 84 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

« La Rochefoucauld, ce moraliste profond des salons dorés et des boudoirs, a dit, dans ses maximes : Un indiscret est une lettre décachetée que tout le monde peut lire. Et cette pensée , aussi vraie que brillante, m'a fourni le sujet de ma comédie. Quant aux développement que j'ai donnés à mon principal caractère , je les ai cherchés dans les circonstances de la vie , où l'indiscrétion peut avoir les résultats les plus funestes; et sur ce point, je me suis trouvé d accord avec Laharpe, qui, dans sa critique de l'Indiscret de Voltaire, donne d'exceilens conseils à ceux qui seraient tentés de mettre encore ce caractère à la scène. « \lladisvcret, dit Laharpe, joué en 1725, n'eut que six » représentations. Il ne fut repris qu'au bout de » quarante ans , et ne réussit pas davantage. L'in- » discrétion n'est, dans cette pièce, qu'une nuance » de la fatuité. Damis n'est indiscret que sur l'article » de la galanterie. Le sujet pouvait devenir plus «étendu et plus important , si l'auteur y eût fait » entrer tous les effets de cette malheureuse fai* » blesse d'un esprit qui ne peut rien cacher, rien » retenir ( faiblesse qui a rendu plus d'une fois le

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» talent même incapable d'affaires) , et ce mélange » de prétentions et d etourderies qui fait que cer- » tains hommes aiment mieux dire du mal d'eux- » mêmes que de n'en rien dire du tout. »

« J'avais totalement oublié ce passage du Cours de littérature ;un journal estimé l'a cité , à propos de ma comédie : il a servi à me convaincre entièrement que j'ai suivi la bonne route ; et l'accueil que le parterre a fait à mon ouvrage , n'est pas de nature à me persuader le contraire. Voltaire a dit que le parterre de nos théâtres était un composé du singe, de l'âne, du perroquet et du serpent : je suis tenté de croire que la politique y a mis un peu du tigre.

» Un auteur tombé a toujours mauvaise grâce , quand il se plaint de la cabale ; mais celle que l'esprit de parti a dirigée contre Xhidiscret était si évidente, quelle a frappé tous les yeux. Une comédie en cinq actes et en vers , dont on refuse d'entendre le second acte (tel mauvais que puisse être le premier), est une comédie qui a le droit de réclamer des juges ; elle n'a vu que de bourreaux, » Quelques personnes ont écrit que l'indiscrétion n'était qu'une nuance de caractère, et en cela peu susceptible d'être mise à la scène ; c'est une «•rande erreur , à mon avis. L'indiscrétion est une des plus graves maladies de l'âme ; c'est une véritable fièvre ardente , digne des soins particuliers

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de Thalie, cette grande guérisseuse ( comme l'appelle un comique anglais ) des faiblesses humaines et des travers de la société.

» L'indiscrétion a fourni le sujet de plusieurs comédies. Je ne sais pas si le malheur les a pour*suivies avec autant d'acharnement que la mienne; mais aucune n'est restée au théâtre, et même dans, le souvenir des gens de goût. Quelques fanatiques parlent encore de X Indiscret de Voltaire , qu'ils appellent un diamant. Ce diamant est bien mal taillé, car il ne brille guères! la première scène de ce chef d'œuvre anti-pomique semble avoir étq écrite par Gresset. Le style en est pur, élégant ; et tout ce qu'il exprime est sage et raisonnable ( ce qui n'arrive jamais à Voltaire dans ses tristes comédies); mais tout le reste de l'ouvrage est froid, musqué et prétentieux; ou le disait écrit par Dorât. » » . , , . j . t ? * , . - . . . . .

L'auteur s'était engagé à fournir au libraire une préface de vingt à trente pages; une indisposition des plus sérieuses Ta forcé de suspendre son travail; et pour remplir Fengagement qu'il avait contracté , nous avons conçu l'idée de réunir ici quelques lettres écrites à M. Théaulon, au sujet de Y Indiscret. Ce mélange d'éloges et de critiques, ces différeus jugemens, et jusques à ces compila mena de condoléance que reçoivent les auteurs

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après un revers éclatant , nous ont paru devoir

former un contraste piquant et dramatique.

Des convenances faciles à apprécier, nous ont fait lin devoir de supprimer les signatures de ces lettres ; mais comme elles sont écrites par des littérateurs ou des personnages fort connus, leur nom ne saurait échapper à la sagacité du lecteur.

Nous commencerons par une lettre , dont on peut facilement reconnaître l'auteur à l'aménité de ses critiques et à la justesse de ses observations. Le mérite et les défauts de Y Indiscret nous paraissent parfaitement appréciés dans cet écrit.

Paris, le 25 août i8ai.

Je vous renvoyé, mon jeune ami, le manuscrit de Y Indiscret \ et je vous répète ce que je vous en ai dit après la lecture. C'est un ouvrage fort remarquable, c'est une comédie qui restera; car l'indiscrétion sera de tous les temps. Peut-être votre ouvrage manque-t-il un peu de ces observations de mœurs, de cette satire du moment, qui assaisonne nos comédies modernes, et qu'on ne serait pas fâché de trouver, même dans une comédie de caractère ; mais votre conception est d'un ordre à la fois si élevé et si comique, la marche de votre drame est si naturelle et si claire, qu'on peut bien pardonner à cette comédie tout ce qui lui manque , en faveur de tout ce qu'on y trouve. Voici néanmoins les observations que vous

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m'aviez demandées ; je vais vous les faire dans l'ordre des personnages.

Le Duc. — Il est fâcheux que vous ayez eu l'idée d'en faire un ministre. Ce titre pompeux donne un peu de roideur à ce personnage , et sera cause que la censure vous imposera de grands sacrifices. Un seigneur de la cour, ami et parent de votre exilé , eût rempli le même but et n'eût pas offert les mêmes inconvéniens. Néanmoins, votre duc est une belle figure dramatique ; il s'exprime avec dignité ; son indignation a de l'éloquence, et sa bonhomie a toute la noblesse que le rang du personnage exige. Votre rôle sera très-bien dans les mains de Lafargue ; vous savez combien , dans X Artiste ambitieux , il savait être comique , sans cesser d'être homme de cour. Il y a même ici un grand écueil à éviter ; c'est une transition trop brusque des sentimens élevés du ministre à ses emportemens contre l'indiscrétion des femmes; son erreur qui est assez naturelle, surtout dans un homme distrait par les travaux les plus sérieux , a peut-être besoin d'être un peu plus motivée. J'appelle votre attention sur ce point ; quelques vers suffiront.

Le Comte. — Ce rôle est complètement nul ; il peut-être placé sur la même ligne que tous ces pères de la vieille comédie , qui viennent ordinai-

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rement faire les dénoûmens; la seule différence* c'est que votre personnage du comte n'est là que pour établir l'intérêt de l'ouvrage ; je sens que , dans la composition de votre drame > ce rôle ne pouvait guères être autre chose ; mais notre scène moderne est plus exigeante sur ce point que le vieux théâtre ; et peut-être fallait-il se contenter de parler du comte et de son retour, sans faire paraître ce personnage. Ce qu'il dit au quatrième acte , est parfait de sentiment.

Le Vicomte. — Charmant d'un bout à l'autre ! c'est bien là l'indiscrétion d'un homme comme il faut , d'un jeune homme ardent , impétueux ; et telle est la grâce que vous avez su répandre sut tout Ce rôle , que le vicomte n'est pas odieux , même en compromettant les jours de son père. La scène où il fait paraître le proscrit aux yeux de son ami, est dramatique et théâtrale; cependant elle est dangereuse et peut-être trop prolongée : il faut y supprimer trente où quarante vers. — - Tout le succès de votre ouvrage est dans le rôle âzY Indiscret; mais il demanderait à être joué avec la pétulance de îirmin ou les grâces d'Armand. Ce personnage est dé la famille dû Menteur et de VEtourdL

DoLANGEf — C'est un très - mauvais fôlé, et le personnage sacrifié de votre comédie; ; l'acteur n'adoucira ce qu'il a d'odieux et ne le* rendra

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Supportable que par une grande noblesse de manières et de diction ; â qui le donnerez-vous à f Odéon ?

VoLH&re. — Personnage un peu vague ; mais dont l'idée est heureuse et d'une observation vraie. En faisant Y Indiscret -, il fallait bien prouver que l'indiscrétion est dangereuse , même quand Y Indiscret épanche ses secrets dans le sein d'un ami véri table. Volmère, eu révélant le secret du vicomte à la femme qu'il aime , est dans une situation pareille à celle de Servilius dans la tragédie de Mantius. Par malheur, Amélie ne paraît pas; et les noms des personnes absentes jettent toniours un peu de confusion au théâtre.

Le Baron. — ■ Ce personnage sera vraisemblablement très-critiqué ; vous lui avez donné un travers qui me semble passé de mode. Les singes de philosophie ne sont pas rares de nos jours f je le sais : mais ils ne sont rien moins que risibles ; et leur philosophie toute politique est plutôt effrayante que divertissante. Ce qui fera passer le philosophe italien ,. c'est la situation vraiment comique ou vous l'avez placé. La scène du troisième acte est peut-être la scène la plus comique du théâtre moderne.

Gerbois. — Ce personnage a de la couleur ; mais il est difficile de se rendre bien compte de ce qu'il est. Est-ce un huissier de la chambre ? C'est

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impossible, puisqu'il reçoit une bourse de X Indiscret. — - Est-ce un laquais? Encore mains, je présume, puisqu'il porte des rapports au ministre; ces deux vers , d'ailleurs :

« Vous êtes au ministre attaché , je l'espère?1

— Non; je suis attaché, monsieur, au ministère. »

annoncent qu'il est quelque chose dans l'hôtel. Retranchez la bourse; et faites deGerbois un huissier de la chambre , la première scène du vicomte y gagnera ; cette scène fait l'exposition de la manière la plus heureuse; elle décèle la vocation comique. Mais si un Indiscret peut tout oublier dans cette fureur de parler qui le possède , il paraîtra bien plus vraisemblable au public que le vicomte prenne, pour confident, un homme en fonchons , qu'un domestique en livrée. La dernière scène de Gerbois est d'un vrai comique ; j'y ai souligné deux rimes qui ne demandent qu'à s'entendre , mais qui ne s'entendent pas encore. La Baronne. — Voici le rôle par excellence de votre pièce ; c'est une idée qui me ravit ; c'est une création nouvelle , comique et touchante tout à la fois. Cette sœur qui accepte les torts de son frère , et prend toutes ses indisci étions sur son compte , doit plaire à un public français.

Ci lénie. — Son ingénuité est un peu vive dans quelques scènes ; il faut une grande décence , et

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beaucoup d'adresse de la part de Factrice , pour sauver quelques mots, qui du reste sont très-spïrituels.

Je n'aime pas

« C'était le souvenir ? — Non , c'était l'espérance ! »

C'est une pointe de vaudeville.

Voilà, mon jeune ami, mes observations sur les caractères de votre comédie. Quant à l'intrigue, elle est plus que suffisante pour faire ressortir le travers du vicomte; toutes les suites nécessaires de l'indiscrétion, la division, le déshonneur et les duels y sont amenés très-naturellement; et l'épreuve du cinquième acte qui finit le drame et recommence la comédie, est une idée ingénieuse et neuve. J'avais d'abord trouvé l'incident du bouquet , puéril et peu digne de la haute comédie ; en y réfléchissant , je vois que cet enfantillage établit du premier trait l'âge du vicomte : c'est bien là l'imagination d'un jeune homme récemment sorti du collège.

Je ne vous dirai rien du style ; vous savez ma façon de penser sur votre manière d'écrire. Tout ee qui sort de votre plume est presque toujours naturel; mais souvent vous donnez à vos idées comiques un brillant qu'elles ne doivent pas avoir.

Au résumé, votre comédie peut obtenir un succès éclatant ; mais il faut vous attacher à bien

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choisir vos acteurs ; sa véritable place est <iuiï Français, le seul théâtre de ÏYance où Ton garde encore la tradition de la haute comédie. Par malheur, aux Français y vous n'aurez j oint l'excellent Lafargue(i).

Adieu , mon jeune ami , croyez aux sentimens , etc. * * *.

Trots ou quatre mois après, M. Théaulon lut sa comédie au théâtre Français: elle v fut reçue avec empressement $ et mise en répétition presqu'immédiatement. Mais l'acteur qui s'était chargé du personnage du ministre, ne trouvant pas ce rôle assez long, engagea l'auteur à lai placer une scène dans le troisième acte. Que peut-ôn refuser à un premier acteur ! L'ouvrage fut allongé de deux scènes ; il y gagna quelques vers brilians ; mais une situation très-dangereuse fut prolongée; et, à la première représentation, les sifflets de la malveillance j qui avaient commencé dès le premier acte, furent en quelque sorte tout à- coup légitimés. A la seconde représentation, l'auteur retrancha les scènes sollicitées , et rien n'arrêta la marche de son ouvrage. Voici les seuls vers de cette heureuse coupure ( pour parler le langage du théâtre), qui nous ont paru mériter d'être

(i) Cet estimable aetetir est mort quelques jours avant la première représentaïïcm de Vlndisaet.

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conservés. C'est le portrait de Hiomme d'état, fait par le ministre lui-même,

Souvent notre pouvoir éblouit le vulgaire ; Mais tout n'est point , hélas ! plaisir au ministère ; Et si l'homme d'état trouve quelques douceurs Dans l'éclat de son rang, dans de nobles faveurs j Que de privations imposent à son âme Les soins impérieux que son titre réclame ! A peine, à sa famille j il peut dire en passant Le plaisir qu'il éprouve , ou l'ennui qu'il ressent ; Toujours rêveur, distrait, et n'entendant personne } Ne songeant même pas aux caresses qu'il donne j Privé de ses amis devenus exigeans, Entouré d'envieux , flatté par des méchnns j Calomnié , trahi , forcé de se contraindre , Doublement malheureux s'il n'a pas l'art de feindre $ â chaque heure du jour retrouvant un combat : Voilà , mon digne ami , voilà l'homme d'état ! Son destin est affreux ; mais qu'il lombé en disgrâce * Vingt rivaux s'offriront pour occuper sa place.

Le lecteur ne sera peut-être pas fâché de troiïver ici quelques lettres qui prouvent combien ont eu déjà à souffrir les pauvres auteurs dramatiques, avant d'arriver à ce jour si ardemment désiré ( celui de la représentation \ et qui souvent suffit pour détruire le fruit de tant de travaux et de tant de tribulations.

Ce 22 avril 1822*

l£ y a de beaux rôles dans votre Indiscret; mais Vous conviendrez que ce n'est pas celui que vous

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m'avez donné. Jelaccepterai cependant pour vous rendre service. Seulement je vous demanderai d@ vouloir bien m'ajouter quelques tirades sur les moeurs du moment ; cela fait toujours de l'effet.

Ne serait-on pas tenté de croire que cette lettre a été écrite par le même acteur, qui priait un auteur de tragédie «de lui placer, dans une tirade , plus de vers masculins que de vers féminins , attendu que les consonnances sourdes se perdent dans le vide! »

Ce 22 avril 1823.

Si je n'avais, que vingt ans, mon cher monsieur, c'est le rôle de Y Indiscret que j'aurais voulu jouer dans votre comédie. Je prendrai celui du ministre; mais il faut qu'à nous deux, nous en fassions quelque chose. J'ai , pour cela , d'excellentes idées.

Ce 22 avril 1822.

Ne comptez pas sur moi , monsieur , pour le rôle de Volmère , dans votre comédie. C'est le rôle de Y Indiscret qui pouvait seul me convenir. Je n'ai rien à dire, puisque c'est mon chef qui le joue ; mais dispensez-moi de paraître dans la pièce.

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Ce î5 avril 1822.

Il m est impossible de jouer dans votre pièce ; le rôle n'est pas de mon emploi. Celui du baron n'est pas un financier ; il me revenait de droit. Mais je sais qu'on vous a circonvenu : votre pièce ne peut pas aller distribuée comme cela.

Ce 2 5 septembre 1824.

Je vous avertis qu'il y a complot contre votre pièce. M* * à qui vous avez donné votre rôle, (espérant être plutôt joué) est l'ami intime de M***, ce jeune auteur, qui nous fait de si jolis proverbes en cinq actes; et toutes les pièces qu'il apportera passeront avant les vôtres. Il n'y a qu'un moyen de salut pour vous : c'est de changer la distribution de vos rôles , et de suivre les conseils que je vous donnerai.

Nourrie dans le sérail, j'en connais les détour?.

Depuis 1822, la comédie de Y Indiscret était retenue dans les cartons de la censure , lorsque l'auteur se décida à faire les changemens qui lui étaient demandés. Il remplaça le crime politique, pour lequel le comte avait été exilé, par une faute grave de discipline , qui entraînait aussi la

xxij PRÉFACE,

peine de mort , et qui , en compromettant la gloire de la marine française , rendait la position du comte plus difficile et plus dramatique. On ne conçoit guères pourquoi la commission de censure a rejeté de nouveau ce moyen , qui ne présentait aucune allusion politique, et ne retraçait qu'un crime de pure invention. L'auteur fut enfin obligé de substituer un duel aux deux premiers moyens qu'il avait imaginés, et l'intérêt de son drame dut naturellement s'affaiblir, Dans les moeurs que la civilisation nous a faites , un chef d'escadron tue en duel un lieutenant général , et en est quitte pour ne se pas montrer de quelques jours. Quelle crainte peut donc inspirer au théâtre la situation d'un vieillard qui vient d'expier , par dix ans d'exil , les tristes résultats d'un combat singulier ?

Dans la première version, le comte était entré dans une conspiration contre les droits du monarque ; mais ce crime n'était point raconté dans tous ses détails. Volmère se contentait de dire . au premier acte ;

Nos malheurs Ont été signalés par de grandes erreurs : Le père du vicomte et celui d'Amélie Ont payé de l'exil un moment de folie. Mais l'horison s'épure , et sans doute ......

Et, dans l'acte suivant, le ministre disait; au comte poursuivi par ses remords :

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Le baron cT Aime ville et le marquis d'Orbelle Osèrent , comme vous , lever un front rebelle ; Le prince leur fit grâce , et tous deux aujourd'hui. Du prince et de ses droits sont le plus ferme appui.

Qu'est-ce donc qui peut avoir effrayé la censure , dans un exposé si simple et si rapide d'une faute sur laquelle dix ans avaient passé ? Ce peu de vers suffisait pour donner , à la comédie de M. Théaulon, l'intérêt le plus puissant: les crimes politiques sont du moins une observation des mœurs du jour.

Lassé des retards que la comédie française mettait à reprendre les répétitions de Y Indiscret , depuis que la censure en avait autorisé la mise en scène , M. Théaulon se décida à rendre son ouvrage à TOdéon , où le talent si remarquable de Perier lui faisait espérer que son premier rôle trouverait un brillant interprète. La pièce avait obtenu les plus honorables suffrages ; le théâtre comptait sur un grand succès. Les amis de l'auteur se félicitaient de le voir enfin marcher dans une carrière plus digne que l'opéra-comique et le vaudeville, de son imagination créatrice et de ses vues élevées. Un malheur éclatant est venu ajourner toutes ces espérances. La chute ou le succès d'un ouvrage de théâtre est sans doute pour le monde un événement d'une bien petite importance ; mais pour un homme de lettres > dont la

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réputation n'est pas encore bien assise , la chute d'une comédie en cinq actes est un véritable revers de fortune ; et quels doivent être les regrets d'un auteur , si , par hasard , ce revers n'est pas mérité !

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