LA BARONNE, LE VICOMTE
la baronne, riant.
Monseigneur vous parlait, je crois, en confidence.
LE VICOMTE
Il vous recommandait, ma soeur, à ma prudence ! Il sait que votre sexe....
LA BARONNE
Allons , je le vois bien :
Votre travers ici va passer pour le mien ; Et de tous les discours dont vous serez coupable, Le ministre abusé me rendra responsable. Hé bien ! je me résigne, et veux, en bonne sœur, Me charger de vos torts aux yeux de monseigneur, Afin que sa bonté ne soit pas ralentie Par votre inconséquence et votre étourderie. D'une faute nouvelle on peut vous accuser, Et je devrais peut-être encor moraliser. Je me tais cependant! et serai, pour vous plaire, En prenant vos défauts, indiscrète et légère. Je n'y mets, Soligny, qu'une condition:
C'est que, jusqu'au moment où, sûr de son pardon, Mon père enfin pourra se montrer dans la ville, Vous ne quitterez point ce favorable asyle.
N'y consentez-vous pas?
LE VICOMTE
Je devrais refuser, Et je pourrais sans doute aussi moraliser. D'un enfant, selon vous, j'ai toute la faiblesse; Et vous avez, ma soeur, la plus haute sagesse. Je prétends toutefois, en cette occasion , Vous donner un garant de ma soumission : Ma promesse, ma sœur, ne fut jamais frivole; Je reste, en cet hôtel, prisonnier sur parole.
LA BARONNE
J'y compte, et vais là-bas m'occuper, dès ce jour, Auprès de la duchesse, à servir votre amour.
le vicomte, avec éclat.
Ah ! si j'obtiens par vous la main de Célénie!...
la baronne.
Calmez de vos transports la fougue irréfléchie. Ce sont de ces discours qu'on doit tenir tout bas ; Et de tels intérêts se traitent sans éclats. (Ils s'entretiennent tout bas près de V appartement de la duchesse. )