‹ L'indiscret, comédie en cinq actes et en versChapitre 54 sur 84 · ACTE VI, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE VI, SCÈNE I

Qu'à vos transports jaloux votre âme ici se livre ; Si vous voulez partir, je suis prête à vous suivre: Aimant mieux supporter ce courroux singulier Que de daigner descendre a me justifier.

LE BARON

Ce ton de dignité ne m'en impose guère !

Il est un fait certain ; vous aimiez ce Volmère.

LA BARONNE

Je pourrais vous répondre , et c'est la vérités Qu'un hymen entre nous fut jadis projeté, Que, toute à mon devoir, sans plaisir et sans peine, Je consentais., monsieur, à former cette chaîne ; Et que, trop jeune encor pour connaître l'amour, Mon cœur à l'amitié se livrait sans détour : Mais j'ai trop de fierté pour tenir ce langage Et par le mépris seul je repousse un outrage.

LE BARON

Quoi, lorsque votre frère ici même ma dit!....

LA BARONNE

M on frère ou vous, monsieur , ayez perdu l'esprit!

Et je n'aurais pas cru que votre jalousie

Mais à quoi vous sert donc votre philosophie?

LE BARON

Àh ! voilà les grands mots des femmes d'à-présent.

Le mari qui se fâche est un extravagant;

Et chez vous où l'hymen voit tant de catastrophes!

Les maris complaisans sont les vrais philosophes :

Mais cet usage là ne me séduira point ;

Et je suis philosophe, excepté sur ce point.

LA BARONNE

Voilà tout le secret de nos prétendus sages ! Toujours prêts à braver le sort et ses orages ; Et, malgré leur constance et leurs mâles vertus., Sous le moindre revers demeurant abattus. Forts contre le danger dont ils n'ont rien à craindre , Trembîans devant les maux qui peuvent les atteindre, On les voit., tour à tour, orgueilleux et surpris , Insulter la fortune ou'jeter les hauts cris. Est-ce donc là , monsieur, cette philosophie Qui nous aide à porter les chagrins de la vie? Qui de ses feux divins éclairant notre cœur , Calme nos passions, nous sauve de l'enreur, Et sous un bon côté nous montrant toute chose, Nous fait rire des maux que le sort nous impose. Oh! vous n'êtes pas sage, et vous devez quitter Un nom que la raison vous défend de porter.

LE BARON

Ah corbleu ! je saurai vous prouver ma sagesse,

En fuyant ce Paris»funeste à la jeunesse ;

Ce Paris où Vôlinère* en ces lieux, chaque jour,

Sous le titre d'ami vous parlerait d'amour;

Ce Paris où jadis... Vous le savez, madame,

Ni les grandeurs, ni Tor ne sont rien pour mon âme :

Jamais l'ambition ne mJa fait faire un pas,

Et je perdrais mes biens que j'en rirais tout bas.

Mais un autre revers ne me ferait point rire ;

Ma résignation ne saurait y souscrire !

Aussi, quand j'aurai vu le comte, sans retard

Nous songerons., madame, aux apprêts du départ.

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