MARI VON
Oui!... Oh! ce n'est pas qu'il soit méchant, non! Il me paraît plutôt indifférent. C'est pire ! L'indifférence, les femmes ne pardonnent pas cela. Ah I ce n'était pas là le
mari qu'il eût fallu à... notre amie. D'ailleurs, moi, j'avais déconseillé ce mariage, on ne m'a pas écouté. Et voilà quatre ans que ce ménag-e dure, et, pour des raisons en apparence peu sérieuses, je crains fort que tout cela ne finisse mal...
RIVOLET
N'est-ce pas?... Vous pensez aussi que madame Valantin souffre plus qu'eîfe ne le dit.
MARIVON, le regardant dans les yeux.
Qui?...
RIVOLET^ déconcerté.
Mais... mais...
MARIVON, souriant.
Ne vous effrayez pas... c'est une petite leçon que je voulais vous donner. Je tenais à vous faire remarquer que vous aviez le
premier nommé madame Valantin. Moi, je m'en étais tenu à des généralités ! J'avais tout expliqué, je n'avais désigné personne... Et vous voyez bien que tout de même nous avions réussi à causer...
Mais...
MARIVON, riuterrompaat.
Mais c'est de Tenfantillage... je sais bien. (Sur ua ton sérieux.) Hs sout très importants ces enfantillages. Vous êtes un gentil garçon que je commence à mieux apprécier... vous êtes sincère, vous êtes trop sincère !... Il faut vous surveiller... Croyez-moi. Votre situation est une des plus difficiles qui soit. Vous avez la responsabilité d'une autre existence, d'une existence de femme. C'est là une frès lourde cliarge ; et dans le cas présent votre <levoir me semble plus délicat encore
à remplir, puisque votre amie n'est pas libre. Dès lors, avant toute chose, vous devez être discret. Soyez discret, pour elle, pour vous-même ! je vous le demande ; oui, pour vous-même... Song^ez que vous êtes guetté... Sans que vous vous en doutiez, que l'on ait ou non deviné la vérité, chacun vous surveille. C'est dans des circonstances semblables à celles oii vous vous trouvez aujourd'hui, que Ton a coutume de juger les hommes, les jeunes gens. Montrez-vous bien î Autour de nous, on est peut-être au courant, on semble vous excuser ou vous favoriser même. Méfiez-vous ! Méfiez-vous! et faites celui qui « ne veut rien savoir ». N'écoutez ni les conseils dictés par votre gentille fatuité, ni ceux dictés par votre expansion naturelle, ni même ceux dictés par votre inquiétude, votre jalousie ou votre rancune, si vous veniez à éprouver Tun ou Tautre de ces sentiments. 11 n'y a pas une seule bonne raison
d'être indiscret quand la sécurité d'une femme est en jeu. Vous êtes tenu de dissimuler votre amour même. Notez que nous sommes tout à fait réconciliés, vous et moi. Je suis persuadé que chez vous le cœur est excellent. J'ai toute confiance en votre droiture... Thérèse deviendrait veuve ou divorcerait, vous prendriez sans doute une résolution que je devine...
RIVOLET, a#c ardeur.
Oui!
MARIVON
Oui ! Mais elle n'est pas veuve, et je ne suis pas certain de lui conseiller le divorce, . . je ne sais pas... je ne sais pas ! Pour l'instant, elle n'aurait pas un grief sérieux à formuler contre son mari. Tandis que Valantin au contraire, s'il venait à s'apercevoir de quelque chose... Non, je vous le répété, jusqu'à nouvel ordre, madame Yalantin est madame Yalantin, et vous n'êtes rien du tout
pour elle... (Un temps.) La triste vérité, c'est que vous aimez trop, c'est-à-dire en égoïste . Dans la situation oii vous vous trouvez, il faut pouvoir régler son cœur. Donc, soyez moins amoureux, si vous le pouvez, et plus réservé.
Oui.
MARIVON
Oui, VOUS m'avez tout laissé deviner à moi. C'est bien... c'est bien... parce que j'aurais tout deviné quand même. A présent, plus un mot. Alors vous dînez chez moi ce soir?... Bon^ c'est entendu. (Petit silence.) Vous êtes un gentil garçon, et j'espère que vous m'excuserez de vous avoir parlé comme un vieux bonhomme. Je ne suis pas encore très vieux, mais vous êtes un peu jeune. Et désormais, vous avez quelqu'un à qui vous
confier. (Avec un petit sourire.) Yous en aviez bien besoin!...