‹ L'indiscret; comédie en trois actesChapitre 32 sur 41 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MARIVON, FRANÇOISE

MARIVON se rapproche de Françoise à pas de loup.

Ah ! je t'y prends !...

FRANÇOISE, sursautant.

Oh ! que tu m'as fait peur ! Oh ! que c'est hôte !

MAHIVON

Yoilà donc pourquoi tu t'es sauvée tout de suite après le déjeuner!... tu venais voir Thérèse.

FRANÇOISE

Je ne m'en suis pas cachée... D'ailleurs, j'arrive ?

MARIVON

Mais tu ne sais pas de qui j'ai reçu la visite après ton départ de la maison, moi... du jeune Farizet... il m'a eu l'air bien déçu.

FRANÇOISE

Voilà qui m'est égal...

MARIVON

C'est vrai... je remarque chez toi une nuance d'indifférence à son égard... Rivolet lui fait du tort... Il semble nous aimer beaucoup depuis quelque temps, Rivolet...

FRANÇOISE

Nous parlons ensemble de Thérèse.

MARIVON

Quel dommage que ce g-arçon soit si léger, si inconséquent ! Pourtant il se corrige un peu, il est en progrès... il faudra que je lui reparle... (un temps.) Ahl qu'est-ce que tu fais tout à Fheure ?

FRANÇOISE

Je vais voir la mère Brassac... Je n'ai pas mis les pieds une seule fois chez elle depuis le commencement de Fhiver... Elle est furieuse!... j'ai reçu ce matin une lettre d'elle... Et elle ne reçoit que jusqu'à cinq heures.

MARIVON

Mais il est cinq heures.

FRANÇOISE

Non ! Oh I... Et moi qui n'ai pas encore vu Thérèse...

MARIVON

Tu peuxbien rester un jour sans lavoir!... Depuis son retour, depuis dix jours^ tu ne la quittes pas... Vous devez vous en raconter de belles histoires !...

FRANÇOISE

Oh ! si tu savais comme elle a été malheureuse depuis un an !

MARIVON

Oui, mais...

FRANÇOISE

En ce moment Valantin ne rentre presque

plus... Thérèse ne sait plus rien de lui...

MARIVON

Son amie l'accapare... Justement, je venais le voir, Valantin.

FRANÇOISE

Ah! si Thérèse pouvait divorcer^ devenir hbre!

MARIVON Pour épouser Rivolet? (Françoise ne répond pas.)

Quoi ! C'est bien pour épouser Rivolet qu'elle serait enchantée d'être libre ? Tu ne réponds rien?

Écoute !... Non^ je ne peux pas te dire.

MARIVON

Mais si... mais si... Crois-tu que je n'ai pas deviné bien des choses? Elle est lasse de Rivolet, n'est-ce pas, Thérèse?... Il l'a froissée, blessée... et c'est un autre qu'elle aime, ou croit aimer : Morgan?

FRANÇOISE

Je ne sais pas, Thérèse ne m'a rien confié.

Elle est Irop réservée; et puis, elle n'aime guère à parler de ces choses-là !... mais j'ai cru saisir...

MARIVON

Tant pis !

FRANÇOIS!-

J'ai eu tod de te dire...

MARIVON

Mais tu ne m'as rien dit ! Ah ! je suis très ennuyé! Parce que, vois-tu? je ne sais qu'une chose, moi, c'est que j'ai une profonde affection pour Thérèse, et qu'elle va se perdre à tout jamais.

FRANÇOISE

En quoi faisant?...

MARIVON

En n'épousant pas Rivolet si elle divorce.

FRANÇOISE

Si elle ne Taime plus !

MARIVON

Mais tout le monde croit qu'elle Taime î Et tu sais aussi bien que moi, que l'on pardonne à une femme une liaison de cette sorte, une liaison unique, justifiée mille fois par Tabandon d'un mari comme Yalantin ; mais, que si cette femme n'achève pas de se faire excuser par une fidélité à toute épreuve... Veux- tu que je te dise?... Dans ces conditions-là, il faut qu'elle demeure avec son mari.

FRANÇOISE

Oh!

MARIVON

Parfaitement, un mari est toujours une sauvegarde. Ce serait du joli si aussitôt libre

elle courait à un autre que Rivolet ; un autre qui, peut-être, ne Taime pas... Ah! je frémis en songeant à ce dont Rivolet serait capable, et, ma foi, on ne pourrait lui en vouloir., Oh! je sais... Thérèse est très droite et très fière !... Mais elle est aussi pas mal emballée; et, pour peu que notre indiscret l'ait trop cruellement froissée, pour peu qu'il la froisse encore... Non, à tout prix, il faut empêcher cette petite de se perdre. Là est mon devoir î Et, comme son mari m'intéresse tout de même, moins qu'elle, comme il nous est indispensable dans la circonstance présente, et comme il veut bien m'honorer d'une de ces confiances... je vais lui conseiller de renoncera ses beaux projets de divorce. Thérèse n'est pas en état de divorcer.

FRANÇOISE

Oh ! peut-être n'est-on pas tellement au courant de sa liaison avec Rivolet.

MARIVON

Mais ne dis donc pas d'enfantillages!... Veux-tu mon avis?. . . Toi, tu devrais lui parler à Thérèse. Tu devrais lui parler intelligemment. Puisque vous êtes très amies, surtout en ce moment, c'est à toi qu'il appartient d'agir. Tu as là un joli rôle à remplir. Empêche-la d'être imprudente. Arrange-toi de façon qu'elle voie Morgan le plus rarement possible. Au besoin, empêche-la de le voir. (Un silence.) Elle... Elle u'est pas sa maîtresse?

FRANÇOISE, vivement.

Oh! non.

MARIVON

Tu en es sûre ?

FRANÇOISE, sincèrement.

J'en suis sûre !

MARIVON

Bien. Moi je me charge de Valantin. (Oa

sonne.)

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