SCÈNE IV
RIVOLET, FRANÇOISE
FRANÇOISE
Vous savez que c'est Valantin qui l'attend?
RIVOLET, d'abord avec éclat, puis froidement. Ah ! (Se reprenant.) Ah !
FRANÇOISE, surprise.
Eh hien ! vous ne demandez pas ce qu'il va lui dire ? Cela ne vous intéresse pas ?
Non.
FRANÇOISE
Vous êtes discret !
RIVOLËT, \iv<'mput.
Oui. Ah ! vous avez remarqué que j'étais discret maintenant?
FRANÇOISE, malicieusement.
Eh !... qu'y a-t-il donc?
RIVOLET, affectant le plus grand calme.
Il n'y a rien. Seulement, voilà. On change ! J'ai noté que cela ne réussissait pas de toujours trop parler. Madame Yalantin ne pourra plus me reprocher ma... légèreté.
FRANÇOISE
Votre légèreté?
RlVOLET
Oui, car c'est là un de ses grands griefs
contre moi. Voyons, vous, madame, me trouvez-vous si bavard?
Un peu... oui
RIVOLEÏ
Mais pensez- vous que ce soit là une raison suffisante pour m'en vouloir ?
FRANÇOISE, souriant.
Écoutez donc?...
RIVOLET, violemment.
Non, ce n'est pas là une raison suffisante. D'ailleurs, nous nous sommes expliqués à ce sujet, madame Valantin et moi. Je lui ai demandé pardon. Elle m'a pardonné. Et cependant, depuis le jour de son retour, je ne l'ai pas revue !
FRANÇOISE
Mon ami !
RIVOLET, poursuivant.
Je ne l'ai pas revue ! Nous étions restés deux mois séparés l'un de Tautre. Voilà dix jours qu'elle est revenue; et pendant ces dix jours, à peine avons-nous trouvé le temps d'échang-er quelques paroles! Je suis allé plusieurs fois chez elle, je ne Tai pas trouvée ! ou bien il y avait du monde ! Le reste du temps que fait-elle ? Je Tignore. Alors, je suis content de vous voir.
FRANÇOISE
Vous faites bien.
Oui, je sais que vous êtes mon amie, ma seule amie ! C'est vrai, je vous aime beaucoup ! Ah I ne m'abandonnez pas, chère petite madame, ne m'abandonnez pas î J'ai
tant besoin d'une alliée !... Mon amour m'a
fait ag-ir si sottement contre moi-même !... Je connais tellement de g-ens qui me détes tent... de femmes qui se méfient de moi... Ah ! ce que je me suis fait du mal!
FRANÇOISE
Des femmes qui vous détestent? Lesquelles?
RIVOLET
Mais d'abord niadame Ovize... que devient-elle? Je ne la vois plus.
FRANÇOISE
Elle part pour TÉgypte avec son oncle.
RIVOLET
Et Morgan ?
FRANÇOISE
Eli bien! quoi, Morgan?
l'ixdiscreï 211
RIVOLET
Rien... dites-moi... dites-moi? La petite Baige alors ? L'épouse-t-il, Morgan ?
FRANÇOISE
Mais comment voulez-vous que je le sache ?
RIVOLET
Oh ! vous pouvez me répondre sans crainte. Elle m'a tout confié.
FRANÇOISE, souriant.
Elle est jeune!
RIVOLET
Oh ! Vous savez bien que je suis corrigé.
FRANÇOISE, l'interrompant et se levant.
Mon petit Rivolet, il faut que je vous quitte. Je vais tout près d'ici, chez la mère
Brassac.Il est de toute nécessité que jV fasse une apparition. Et elle ne reçoit que jusqu'à cinq heures... Attendez-moi, Thérèse vous fera prendre patience.
Oh! vous êtes ma vraie, ma grande amie!
FRANÇOISE
Vous lui direz de ne pas se sauver... J'ai à lui parler de choses très importantes...
tout à riieure... (Malicieusement.) YOUS Ue tCnCZ
pas à ce que je reste... Vous êtes content ?
RIVOLET Vous êtes un ange ! (Françoise sort.)