‹ L'indiscret; comédie en trois actesChapitre 37 sur 41 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Mêmes, plus VALANTIN

Il paraît à la porte de 1 appartement de gauche, au moment où Rivolet va pour sortir. Rivolet fait un pas vers lui.

RIVOLET Bonjour ! (u lui tend la main.)

VALANTIN, feignant de ne pas voir le geste.

Bonjour î (Un temps.) Mari von n'est pas là,

je me retire, (ll fait un pas vers la porte.) . RIVOLET

Sommes-nous fâchés ?

VALANTIN

Fâchés... non pourquoi?

RIVOLET

Parce que je vous ai tendu la main...

VALANTIN

Oh ! mon cher, c'est une simple distraction, je vous assure.

RIVOLET

Bon...

VALANTIN

Non, certes, nous ne sommes pas fâchés ! . . .

non... Et tenez, puisque le hasard nous met aujourd'hui en présence, je vais en profiter pour vous dire quelques mots sur un sujet qui me tracasse. Naturellement, vous ne prendrez pas mes paroles en mauvaise part.

RIYOLET

Mais non.

VALANTIN

Eh bien, mon cher, je vous serais personnellement reconnaissant d'user dorénavant de la plus grande discrétion, de la plus grande réserve en tout ce qui concernera nos rapports. Vous me comprenez?

RIVOLET, saisi.

Non.

VALANTIN, surpris.

Non?... (il reprend.) Votrc préscncc assidue

auprès de ma femme a été remarquée et interprétée avec malveillance. Je n'ai pas besoin de vous en dire davantage, et je vous crois assez intelligent pour penser que vous m'avez compris à demi-mot.

RIVOLET, saisi.

Vous m'interdisez votre maison ?

VALANTINj avec uq geste de protestation légère.

Oh ! mon cher !

RIVOLET

Mais pourquoi soudain agir ainsi envers moi, pourquoi ?

VALANTIN

Pourquoi je vous prie d'être moins assidu auprès de ma femme? Mais tout simplement parce qu'il me déplaît que Thérèse se compromette. Elle s'est suffisamment compro-

mise jusqu'à ce jour! Je ne disais rien, m'objecterez-vous ; cela tient à plusieurs raisons que vous me permettrez de passer sous silence... Je me voyais sur le point de rendre sa liberté à ma femme. (Kivoiet fait uu gesfe.) Aujourd'hui, il n'en est plus de même.

RIVOLET, tout bas.

Il n'en n'est plus de même.

VALANTIN

Ceci vous explique mon attitude d'il y a un instant. Je vous le répète, je tiens à ce que nul soupçon ne pèse plus désormais sur mon ménage. Je ne vous demande rien, toute parole entre nous serait vaine. Nous en avons assez -dit, vous et moi. (ufaitun mouvement vers la porte.]

Attendez !

VALANTIN

Comment?

RIVOLET

Attendez! Ne partez pas ainsi. J'ai mille choses à vous dire. Ce que vous m'apprenez là est tellement inattendu.

VALANTIN

Inattendu?...

RIVOLET

Oui, je vous assure, je ne vois pas ce qui a pu provoquer de pareils bavardages. Évidemment, je me suis montré assidu auprès de madame Valantin qui est charmante et très intelligente, mais je ne crois pas avoir dépassé les bornes de toute galanterie permise à un jeune homme, lorsqu'il se trouve

auprès d'une jolie femme.

VALANTIN

Mon cher/ si je supposais le contraire, nous ne causerions pas comme nous le faisons depuis quelques minutes.

RIVOLET

Oui, je suis donc très à mon aise pour V ous parler, et j'avoue ne pas m'expliquer les raisons qui vous font agir. Vous me le dites vous-même, vous alliez divorcer. Bon. D'ailleurs, je le savais, tout le monde s'y attendait. Puis, vous changez d'avis. C'est votre droit ! Mais alors, vous en profitez pour faire autour de vous maison nette. Voilà je crois de l'exagération. Voyons, je ne suis ni bien méchant, ni bien compromettant, vous ne trouvez pas? (Un peut silence.)

Notez que je pourrais me vexer et que je ne me vexe pas de ce que je devrais considérer comme un mauvais procédé de votre part.

(La Toix émue.) Pourquoi Youlez-vous que je ne vienne plus chez vous ?

VALANTIN

Je vous l'ai dit tout à l'heure.

RIVOLET

Oui, mais je n'ai pas compris...

VALANTIN, sèchement.

Je le regrette !

Alors, vous voudrez bien expliquer à votre femme les raisons de ma disparition soudaine. Pour rien au monde, je ne voudrais qu'elle méjugeât mal élevé !...

VALANTIN

Je lui dirai tout ce qu'il faudra lui dire !

RIVOLET

Oui.

VALANTIN

D'ailleurs, voici rété... Il est probable que vous voyagerez, et que nous voyagerons.

Adieu, mon cher.

RIVOLET Adieu. (Un silence.)

VALANTIN regarde Rivolet.

Qu'avez-vous ?

RIVOLET

Mais rien... rien... (Un sUence. Ulvolel lalt un mouvement de sorlie.j

VALANTIN

Savez-vous bien, mon cher, que vous êtes un garçon très dangereux !

Moi, pourquoi?

l'lndiscret 229

VALANTIN

Ah ! parce que, parce que vous me paraissez un peu jeune!... et que vous ne savez pas dissimuler assez vos impressions.

RIVOLET

Je ne vous comprends pas...

VALANTIN

Vous me comprenez très bien!... Oui, vous me comprenez... Et vous pensez, comme moi, que j'ai lieu d'être surpris d'une si soudaine émotion de votre part...

RIVOLET

Je vous jure...

VALANTIN

Et vous devinez tout ce que je suis en droit de supposer.

RI VOLET, protestant.

Oh!

Non, non ; laissez-moi vous parler, laissezmoi vous dire... je ne vous cache pas que je suis très ému, j'ai besoin de tout mon sangfroid. Ne m'interrompez pas... il faut que nous nous expliquions franchement, sans équivoque ! Alors, en ce moment, ne me considérez pas seulement comme un mari soupçonneux, un mari jaloux qui vient de faire une découverte soudaine et pense à en tirer vengeance... Oh! je ne cherche pas à me venger, je ne m'en sens pas tout à fait le droit... Je songe qu'il y a un instant... Marivon était chez moi, et que je lui demandais le moyen d'être libre; ainsi!... Non, mais je crois seulement qu'étant donné les circonstances nouvelles, nous pouvons, vous et moi,

ag-ir d'une certaine manière, plus librement, et cependant comme deux honnêtes hommes î

RIVOLET

Mais..

VALANTIN

Or je vous le répète, tout à l'heure, j'ai fait part à Marivon d'une résolution que j'avais prise^ et que vous devinez. Marivon m'a détourné de cette résolution. Il m'en a démontré tous les inconvénients, et la fausse situation qu'elle créerait autour de moi... à une femme demeurée seule... Ce seul argument m'a touché, m'a fait réfléchir. J'ai réfléchi... Mais depuis nous venons de nous rencontrer ici vous et moi... Et je me souviens de bien des faits... Grâce à vous, je comprends, je commence à comprendre. Je suis sur le point de rappeler Marivon, et cette fois... non plus seulement en amil...

Mais quoi... c'est toujours la même chose qui me fait hésiter, la môme chose!... A-t-on vraiment le droit de laisser ainsi une femme seule... seule? (Un court silence.) Il faudrait que Ton me rassurât. (Un temps.) Vous n'avez rien... à me dire?

RIVOLET, au comble de l'émotion.

S'h si. Mais je ne sais que vous répondre...

Page 1