‹ L'indiscret; comédie en trois actesChapitre 39 sur 41 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

THÉRÈSE, VALANTIN

VALANTIN, très maître de lui.

Je voudrais te parler, te parler de choses graves; assieds-toi. (Un temps.) Oui, nous avons à nous parler, à nous entendre. Mais auparavant, Tht'rèse, j'ai voulu avoir une dernière conversation avec toi...

THERESE

Une dernière...

VALAiNTIN

Oui!... (Un temps.) Ma pauvre Théfèse, c'est fini... Nous avons fini de vivre ensemble. Tu vas pouvoir être heureuse et organiser une existence nouvelle de ton côté. Je te dis cela très doucement, tu vois, sans méchanceté, parce que je ne veux pas que nous nous quittions durement, comme des ennemis, ce n'est pas la peine. Je suis peut-être aussi coupable que toi.... je ne récrimine pas... je ne reviens pas sur le passé ! Entîn, c'est fini!... Ce que je tenais à te dire aujourd'hui, c'est que les choses suivront leur cours normal, c'est que tu ne subiras pas les conséquences de ce malheureux événement, j'en assumerai toutes les charges... Les torts seront pour moi. Marivon m'indiquera

la marche à suivre. Je te tiendrai au courant. Voilà ! (Un silence.) Nous ne nous verrons plus guère qu'officiellement, dans les endroits pénibles. Aussi, avant d'en arriver à cette triste période, j'ai tenu à venir m'entendre avec toi en ami, sans méchante parole, afin que nous nous répétions simplement Tun à l'autre que nous sommes d'accord. (Un temps.) Eh bien?

THÉRÈSE, stupéfaite.

Je ne comprends pas... Je ne sais pas ce que tu veux dire... Je ne vois pasoij tu veux en venir !

VALANTIN, très naturellement.

Nous allons divorcer.

THÉRÈSE, violemment.

Non.

VALANTIN, stupéfait.

Comment î

THÉRÈSE

Non... je ne veux... je ne consens pas... je ne consentirai jamais!...

VALANTIN

Qu'est-ce que tu dis?...

THERKSE

Je ne veux pas de divorce.

VALANTIN

J'avais bien entendu... (Un petit silence.) Mais voyons!... tu ne songes pas, tu ne réfléchis pas à tes paroles... ou bien^ tu n'as rien dit... j'ai mal compris!... 11 est impossible que tu ne te rendes pas compte. Tu sais bien que

nous sommes contraints d'agir comme nous le faisons ! Tu ne veux pas me comprendre.

(Faisant ua effort sur lui-même.) Et Cependant tU n!eS

pas inintelligente ! Et tu vois bien Fentêtement que j'apporte à me mettre en avant afin d'assumer toute la responsabilité de cette affaire, à ne parler que de moi!... Ah! je t'en supplie^, ne détourne pas mes pensées sur toi . . . sur ta conduite ! . . . sois prudente ! . . . sois fine!... Ne me force pas à te dire ce que

je sais... Thérèse! (Un temps, lls se regardent, puis Valantin prononce presque à voix Lasse.] HlVOlet... ^Thérèse semble interroger.) NoUS SOmmCS rCStés SCuls ici

tous deux ensemble. Ne me force pas à continuer. (Même jeu de la part de Ttiérèse.) Eh bien, il m a

dit... il m'a laissé entendre...

THKRÈSE, violemment.

Il n'en avait pas le droit !!!

VALANTIN, saisi.

Quoi ? (Un long silence.) Oh ! VOyOnS.,. (il la regarde.) Tu n'es pas... tu n'es pas sa maîtresse?

THÉRÈSE, vivement.

Me croirais-tu si je te disais que je ne la suis pas ?... A quoi bon des protestations ! Il n'en est pas besoin, je te le jure... Elles ne sont pas de mise entre toi et moi. Tu Tas dit toi-même, nous sommes des camarades, de grands camarades; et c'est comme à un camarade que je te parle en ce moment! Si tu m'aimais, oui, tu pourrais m'interroger, me torturer, mais tu sais bien comment nous vivons depuis deux ans... Alors évitons tout ce qui pourrait nous blesser inutilement ! Qu'il te suffise de savoir une chose, c'est que, en dépit des griefs que nous pouvons invoquer l'un contre l'autre, malgré ton abandon, et la vie que tu as pu t'organiser ailleurs.

— Oh ! tu avais bien des excuses pour agir ainsi, je ne me plains pas, — malgré tout, oui, je n'ai jamais cessé de rester ton amie, ta femme; et pas une minute je ne supporte la pensée de ne plus demeurer et vivre ici avec toi...

VALANTIN

Mais moi aussi, je suis ton mari, malgré tout! Et c'est précisément parce que je suis ton mari, que la vie commune nous devient impossible I Car tu ne penses pas obtenir de moi de ces complaisances qui ne sont pas, qui ne seront jamais dans mon caractère.. Nous vivions comme deux camarades et pres-j que séparés, oui, c'est vrai. Mais jamais, ti m'entends bien, jamais, quelque étrangers que nous soyons devenus l'un pour l'autrCj jamais je ne supporterai autour de toi, clieî moi, la présence de cet homme. — A pré-J sent, je ne veux pas, je ne peux plus le voir.

Tu ne le verras plus !

VALANTIN, stupéfait.

Je.., ne... le verrai plus!!! (Un temps, se ressaisissant.) Mais, toi, tu le verras?

THERESE

Non ! non ! (u la regarde.) Je te le jure !

VALANTIN Tu me le jures ? (Un long silence.)

THERESE

A quoi songes-tu ?

VALANTIN

Ail ! Je songe qu'il faut in'écouter, faire ce que je veux, ce que je propose... nous séparer. Là est la vraie solution pour nous

deux, la seule. Autrement, nous n'en sortirons pas !

THERESE

Pourquoi ?

VALANTIN

Parce que, vois-tu, tout ceci ne me semble pas très propre! Parce que dans ta façon d'agir, je démêle des choses que je ne comprends pas, que je ne veux pas, que je ne peux pas comprendre ! Parce que j'ai peur de te mépriser toi qui m'apparais si différente. Et, si tu veux savoir la vérité, tes promesses surtout m'effraient. (EUe veut parier.) Oh ! je sais, je crois que tu les tiendras! Mais cela ne te rend pas ma confiance! Non! Ce que je vais t'avouerte semblera peut-être excessivement comique, mais j'avais plus de confiance, jr te le déclare, en ce garçon (jue tu repousses, que tu dédaignes, et qui, lui, pleurait presque

la vérité dans mes bras. Oui, décidément, dans tous les cas, nous nous comprenons mieux entre hommes !

THÉRÈSE

Charles ! (Un temps.) Oh ! pourquoi me tortures-tu?... Pourquoi insistes-tu?... Fais ce que je te demande. Voilà tout! voilà tout! D ailleurs, tu te heurteras de ma part à une volonté entêtée, implacable ! C'est bien simple. La situation est bien simple! Tu veux me quitter, tu me proposes de divorcer. Eh bien^ moi, je ne veux pas ! Je refuse! et rien ne peut, ne pourra faire que tu reprennes ta liberté !

VALANTIN

Crois-tu ?

THÉRÈSE

Oui... (Un silence.) Mais pourquoi se dispu- I<t! Tu n'es pas méchant, je le sais; tu n'as

jamais été méchant envers moi. Tu ne le deviendras pas! Écoute. Pour finir, laisse-moi te dire ceci qui te convaincra, j'en suis sûre ! Charles! Je suis très malheureuse, oui, je subis une crise ! J'ai besoin que l'on me protège, garde-moi! Ne m'interroge pas. Ne pense plus à des choses lointaines... enfuies, des choses du Passé, puisque j'accepte, moi, le Présent! Oh! n'aie nulle crainte, je te laisserai libre, entièrement libre; tu ne te préoccuperas pas de moi. Cela jeté le jure... Tu peux avoir confiance en moi. Et tiens, à la fin de la semaine, les Marivon vont chez eux à la campagne ; si tu le veux, je les accompagnerai. Ça me fera du bien! Ça nous changera les idées, à l'un et à l'autre. N'estce pas?... tu as renoncé à tes projets, c'est fini, nous restons comme nous sommes ?

VALANTIN, avec une grande tristesse sceptique. '

Toi? Tu resteras seule?

THERESE

Oui. (Valantia fait un signe qui signifie : A la grâce de Dieu! et sort. Un temps.)

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