SCENE VI
MARIVON, RIVOLET
MARI VON C'est vrai, ce que dit ma femme?
RIVOLET
Non... (se reprenant.) Oui... je VOUS dirai la vérité. Il me semble que vous ne me voyez pas avec plaisir.
MARIVON, entre deux tons.
Quelle idée !
RIVOLET
Si, si, je Tai remarqué plusieurs fois. Oh! je ne vous cherche pas une querelle sentimentale. Entre hommes, je trouve le procédé grotesque!... Seulement laissez-moi vous
dire sincèrement, puisque l'occasion s'en
présente, que je ressens pour vous une grande sympathie, une sympathie très respectueuse, vous n'en doutez pas. Et cela depuis que je vous connais. De plus, tout ce que je sais de vous me fait vous estimer encore davantage. Les gens... des gens que je vois, vous aiment beaucoup et me parlent de vous. Vous aussi vous leur parlez de moi, mais hélas ! en termes peu flatteurs pour mon amour-propre.
MARIVON, protestant.
Oh!
RIVOLET
Oui, oui, je sais. Alors vous ne sauriez croire combien je suis peiné de notre désaccord.
MARIVON
Il ne peut y avoir nul désaccord entre nous.
RIVOLET
Si. Et pourtant il me semblait qu'entre deux hommes la sympathie de Tun pour Tautre devait être réciproque. Je me suis trompé. Tant pis ! J'abandonne tout sentiment d'orgueil et je semble mendier votre amitié. C'est que vraiment elle en vaut la peine. Mais cette amitié, je ne sais quoi me Tahène?... Je le sens... Je le sais... Vous a-t-on mal parlé de moi?... il vaudrait mieux me le dire... il y a des gens si médisants!...
MARIVON
Mais non 1 mais non I Personne ne m'a dit
du mal de vous. Et puis, j'ai l'habitude de
juger les gens par moi-même. Vous vous
êtes trompé. Seulement, je vous le répète,
je travaille beaucoup, je vis très retiré...
RIVOLET, énervé, chagrin.
Je me suis trompé ?
MARIVON
Vous VOUS êtes trompé.
C'est bon, n'en parlons plus.