SCÈNE VIII
MARIVON, RIVOLET
Un silence, puis :
MARIVON
Avez-vous eu de ses nouvelles ?
^ RIVOLET
De qui ?
MARIVON
De madame Valantin.
Je... Ils m'ont écrit de Venise.
MARIVON
Pauvre Thérèse!... Je souhaite que son voyage lui ait fait du hien.
RIVOLET, timidomont.
Je sais... je sais que vous avez beaucoup d'affection pour elle !
MARIVON
Moi ! ! Pensez donc que je la connais depuis quinze ans ! Je l'ai connue jeune fille... j'étais intimement lié avec son frère, l'aîné, celui qui est mort... J'étais son meilleur ami... Pauvre Thérèse. Ah! c'est une gentille nature, très droite, très fière et bien vivante en même temps, bien « femme ». Mais elle est très bonne, le cœur est excellent. Elle est très bonne.
RIVOLET
Elle est très intelligente !
MARIVON
Elle n'est pas sotte... Oui, oui, je suis pour elle un j^rand ami.
Elle est très intelligente ! (un petit silence. Mari-
vuu onsidère Rivolet, puis dit simplement.) MARIVON
Alors... alors... n est-ce pas, plus de malentendu entre nous ?. . .
RIVOLET^ poliment.
Plus de malentendu.
MARIVON
Voyons, que faites-vous ce soir?... Voulez-vous me faire l'amitié de venir dîner chez moi?
RIVOLET, refusau'.
Merci...
MARIVON
Merci, oui ?...
RIVOLET
Merci, non. Ce soir, je ne peux pas.
MARIVON
Vous êtes attendu ailleurs... je n'insiste pas.
RIVOLET, protestant.
Je vous assure...
Je n'insiste pas. Amusez-vous, allez, c'est de votre âge... Ma parole d'honneur, quelquefois, je vous envie. Ce doit être très amusant votre genre d'existence. ^
RIVOLET, surpris.
Quel genre?
MARIVON
Eh hien ! mais... courir ainsi à droite, à gauche... tromperies unes, faire souffrir les autres. Ah ! mais les jeunes gens de votre espèce ne méritent pas d'être aimés.
RIVOLET, vivement.
Vous ne me connaissez pas.
MARIVOX, affectant la surprise.
Comment?
RIVOLET
J'étais bien sûr que vous ne me connaissiez pas. Mais quelle idée vous faites-vous donc de moi, de ma façon do vivre !... Ali ! maintenant, je les comprends vos dédains, vos méfiances... Oui, vous deviez joliment vous méfier de moi î ! (Brusquement.) Je dînerai chez vous ce soir^ demain soir et tous les soirs qu'il vous plaira ! Je ne sortirai plus de chez vous... et sapristi, je parviendrai bien à me justifier!... Écoutez-moi : au contraire, je ne comprends que les affections sincères, durables. Je trouve qu'un homme qui se prodigue ainsi à droite, à gauche, est un misérable... Vous voyez, je pense comme vous, et je vous jure que je suis sincère. Un coureur... moi!... Mais je suis le contraire d'un
coureur... Mais si ma vie n'était pas remplie
par une pensée unique, je serais très malheureux, je...
MARIVON, riuteiTompaiit. »
Arrêtez-vous.
RIVOLET
Quoi?