ACTE II, SCENE III. 3i
LE VICOMTE
Votre fils vous en prie.
LE COMTE
Que béni soit le jour qui me rend la patrie !
LA BARONNE
Vous n'aurez désormais que des jours fortunés.
LE COMTE
Mes jours par les regrets seront empoisonnés !
LE DUC
Bannissez , mon cher comte , une idée importune.
Vous avez noblement supporté l'infortune ;
Et dans un tems d'erreur si l'on vous vit faillir ,
L'honneur vous fut rendu le jour du repentir.
Oubliez le passé, quand votre roi l'oublie !
Vos enfans charmeront le soir de votre vie.
Et , vieux nocher rentré dans le calme du port ,
Vous rirez désormais des orages du sort.
Je sais que la fortune , et bizarre et volage ,
Vous a de vos aïeux enlevé l'héritage,
Qu'il ne vous reste rien ; mais le sort me sourit :
C'est vous rendre, en un jour, les biens qu'il vous ravit.
Vous n'avez plus d'hôtel, que le mien soit le vôtre j
Que les plaisirs de l'un deviennent ceux de l'autre;
Et , liés par le sang comme par l'amitié.
De mon bonheur, cher comte, acceptez la moitié.
LE COMTE
Comment vous exprimer?...
LE DUC
Votre fils sait me plaire !
Que son ambition choisisse une carrière :
Quel que soit le chemin qu'il prétende tenir. Je puis, par mon crédit, aisément l'applanir.
LE COMTE
Parlez, mon fils, parlez.
SE VICOMTE
Monseigneur , je me flatte De pouvoir faire un jour un très-bon diplomate.
LE »uc> liant,
11 faut, pour cet état, de la réflexion. De la prudence, enfin...
LE VICOMTE, di^ec modestië.
C'est ma vocation !
( La baronne se détourne pour ne pas rire. )
LE DUC, at^ec bonté.
Je n'ai plus rien à dire : et la loi la plus sure Est toujours, sur ce point, de suivre la nature. Soyez donc diplomate : avec beaucoup d'éclat On sert, dans un tel poste, et le prince et l'état. Le duc de Senneval se rend en Angleterre, De l'ambaspade on peut vous nommer secrétaire.
( après avoir réfléchi. ) Oui , la place est vacante , on l'obtiendra pour vous.
LE VICOMTE
Que mon sort à Paris va faire de jaloux !
LE DUC
Si j'osai me charger du poids d'un ministère. C'est en songeant au bien qu'un ministre peut faire : Mais, parmi tant de soins, il doit m'être permis De ne point oublier mes plus tendres amis.