‹ L'indispensable, ou, Nouveau conducteur des étrangers dans ParisChapitre 71 sur 231 · BIBLIOTHÈQUE DU ROI · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈQUE DU ROI

Rue Richelieu, au coin de la rue >'euve-des-Petits-Champ8.

Les rois de France des deux premières races n'avaient pas de bibliothèque ; ceux qui possédair-nt quelques ouvrages particuliers se croyaient doctes. D'ailleurs les guerres intestines et extérieures que les princes avaient à soutenir ne leur laissaient pas le loisir de s'occuper des lettres et des sciences, qui alors étaient presque inconnues. Et disonsle aussi, les premiers Français n'avaient pas le goût de l'élude. Le roi qui parvint le premier à réunir le commencement d'une bibliothèque, fut Clîarles V; il possédait un peu plus de 900 volumes , presque tous livres traitant de la religion, missels, psautiers, bibles, etc. Ceitt3 collection, grande pour l'époque, était placée dans une tour du Louvre, appelée pour cela Tour de la librairie. L'invention de l'imprimerie fut une source de richesse pour la iiiblioihèqnc ; en quelques années ie nombre des volumes s'éleva à plus de 6,000. A celle époque naquit une nouvelle cause d'accroissement, il parut une loi ordonnanî que tout auteur qui taisait imprimer un ouvrage devait en donner un exemplaire au roi. Plus tard on porta

le nombre des exemplaires à cinq ; mais le nombre ('es livres augmentant avec une rapidilé surprenante et l'emplacement devenant trop petit, le duc d'Orloans. ré;:cnt du royaume, fil transporter, en 1721 , la Bibliothèque royale dans l'endroit où elle est maintenant. Elle s'étend depuis la rue Neuvedes- Petits- Champs jusqu'à ceile Colbert, et se trouve adossée à la rue Vi vienne. On la reconnaît aisément à la teinte noirâtre de sts murs perces çà et ià de quelques fenêtres étroites. Il y a une entrée particulière, rue Neuve des-Pelits-Champs, une seconde, rue Richelieu ; celle-ci seule est publique La cour a la forme d'un grand rectangle, dont la partie septentionale est occupée par un jardin. Le vestibule de l'escalier qui conduità la salle des livres est couvert -Finscripiions, gr'^-cques , latines, arabes, persanes, hébraïques. L'imagination ne peut se faire une idée de la vaste salle d'étude qui est au premier, sa longueur est d'environ 100 mètres, et ses fen.îticsont 3 mètres de haut sur 1 de large. Plus de 200 personnes y peuvent travailler à l'aise. Des milliers de volumes sont symétriquement rangés dans des armoires grillées; une petite galerie règne dans cette salle à la hauteur de 3 mètres, portée sur une corniche le long des armoires. Tous les bâtiments de cet édifice, exc<pté celui de l'est, sont remplis de volumes de toutes les formes, de toulfs les dûtes, écrits en langue^ différentes et traitant de tous les sujets dont peut s'occuper l'esprit humain. On a calculé qu'à lire i\ heures par jour, il faudrait SOO ans pour épuiser tout ce qu'il y a d'ouvrages sur l'histoire dans cette Bibliothèque. Les personnes qui désirent des livres doivent les demander au conservateur dont le bureau est au milieu de la salle: il est défendu de sortir avec aucun livre. Les galeries

sont ornées des bustes de quelques bibliothécaires du roi. On y admire un antique vase de porphyre, transporté de l'abbaye de St. -Denis en cet endroit : quelques historiens pensent que ce vase a servi au baptême de Clovis. Une statue de Voltaire attire l'attention des connaisseurs cl des curieux ; e:le est d'Houdon; on admire aussi une pierre de la pyramide de Chéops, apportée d Egypte en 1800. Entre auire choses remarquables, on admire deux globes de plus de 3 mètres de diamètre, l'un terrestre et l'autre céleste ; ce dernier marque la position des astres au moment de la naissance de Louis XIV^. Ils occupent à la fois le rez-de-chaussée et le premier étage . de sorte qu'on peut examiner commodément la partie inférieure et la partie supérieure.

Les manuscrits occupent six pièces d'une aile latérale; dans la salle principale on voit plusieurs manuscrits précieux gardés sous verre.

Le cabinet des estampes et des cartes géographiques est placé à droite en entrant au premier; c'est la plus riche collection qui existe en ce genre ; on y voit également les gravures les plus anciennes et les plus rares, ainsi que celles qui sont publiées de nos jours; on y remarque une gravure d'après Raphaël, dont il n'existe que deux éj)reuves; la seconde est en Autriche dans le palais de l'archiduc Charles. On estime à 2 millions le nombre de gravures de celte collection. Au milieu delà salle, sont des tables pour les travailleurs.

Sous la salle des livres, au rez-de-chaussée, est la salle du Zodiaque, on y voit le fameux Zodiaque de Denderah; dans la même salle une assez grande quantité de pierres lumulaires, de fragments de statues égyptiennes avec des inscriptions curieuses. 11 se fait un cours d'archéologie dans

celte salle. Dans la salle voisine, qui mène à la parlie inférieure des sphères, sont deux modèles curieux en porcelaine de la fameuse Tour-de-Porcciaine construite par les Chinois.

Le cabinet des médailles p[ des pierres gravées , une des parties les plus intéressantes de ce monument, n'est accessible qu'aux personnes munies d'une permission. Des médaillons sont rangés autour de la salle; au milieu est un bulTet couvert d'ol)jels rares et précieux; on y remarque un vase taillé dans une dent d'éléphant, enrichi de pierres précieuses et doublé en or; il a environ 35 centimètres de haut et a peu près autant de circonférence. Il est orné de petites sculptures.

()n admire encore dans cette salle le fauteuil de Dagoberl, des camées et des pierres gravées de la plus grande beauté. On estime à 90,000 le nombre des médailles renfermées dans ce cabinet.

La liibliothèque est ouverte pour le public, les mardis et vendredis, de 10 à 3 heures. Tous les jours ouvrables, la salle de lecture et la salle des estampes sont ouvertes aux travailleurs, de 10 à 3 heures.

Dans cet établissement, d'excellents professeurs font des cours publics et gratuits de langues orientales vivantes, ainsi que d'archéologie. C'est là qu'est située l'école spéciale des langues vivantes.

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