L'INDUSTRIE DES MATIERES COLORANTES AUX ETATS-UNIS
Aux Etats-Unis, comme cela a été aussi le cas en France et en Angleterre, l’industrie des matières colorantes dans ses débuts avait semblé devoir se développer d’une façon favorable. En 1882 il existait aux Etats-Unis* 9 fabriques de couleurs d’aniline, mais la crise économique de 1883 amena la fermeture de 5 de ces usines. Les quatre autres arrivèrent cependant à poursuivre leur existence et étaient encore en activité au début de la guerre en 1914. La plus importante était alors la Schællkopf Aniline & Chemical Works à Buffalo qui a donné naissance maintenant à la National Aniline & Chemical Co. Les Schællkopf étaient d’ailleurs d’origine germanique, mais ils réussirent à préserver leur indépendance des grosses firmes allemandes de produits chimiques.
Les trois autres anciennes fabriques de couleurs d’aniline qui existaient aux Etats-Unis en 1914 étaient: :
Heller & Merz The Centra! Dye Works, et la Consolidated Color & Chemical Co.
Ces deux dernières compagnies étaient du reste contrôlées par un allemand, M. Herman A. Metz, qui représentait les Farbwerke Vorm Mister Lucius & Bruning de Hœchst am Mein.
Vers 1911, les Farbeufabriken Vorm Friedrich Bayer à Eberfelf, avaient installé une fabrique de matières colorantes à Albany. Non seulement sur les 5 usines productrices en 1914, trois étaient contrôlées par des maisons allemandes, mais de plus aucune d'elles ne fabriquait les produits intermédiaires nécessaires. Liles se contentaient toutes de transformer en produits définitifs les demi produits reçus d'Allemagne. L'existence des deux usines indépendantes, ‘‘Schœllkopf”’ et ‘“‘Heller and Merz,”’ était donc à la merci des maisuns allemandes de produits chimiques qui pouvaient leur couper leur approvisionnement en matières premières. :
On avuit ainsi aux Etats-Unis une situation analogue à ce qui existait en France en 1914 où la Badische Aniline à Neuville sur Saône, la Cassella à Saint Fons, la Bayer à Flers dans le Nord et enfin les Farbwerke Meister Lucius à Creil transformaient en couleurs les produits intermédiaires reçus de leurs usines d'Allemagne. Notre tarif douanier facilitait étrangement du reste l'opération puisque les produits intermédiaires n'étaient frappés d'aucun droit de douane, tandis que les matières colorantes jouissaient d'une protection illusoire de un franc par kilo. =
Au début de la guerre, l'industrie américaine des matières colorantes n'était done en fait qu’un simple prolongement de l’activité des usines allemandes. ï
Cette situation a pris fin naturellement et ce qui est mieux, quelles que soient les clauses du traité de paix, il n’y a aucune probabilité pcur qu'elle se reproduise à l'avenir.
Les Sociétés allemandes ont perdu leurs brevets, leurs filiales américaines ont été liquidées et acquises par des sujets américains non susceptibles d’être soupçonnés du rôle d'hommes de paille, enfir la fabrication d'un
d nombre de colorants et de leurs intermédiaires existe maintenant réellement aux Etats-Unis comme on pourra s'en rendre compte par les chiffres donnés un peu plus loin. 4
Le développement de la fabrication américaine des matières colorantes artificielles est souligné d'une façon très nette: [
° par la diminution des importations de colorants artificiels. Pour l’année au 30 juin 1914 il avait été importé aux Etz:s-Unis pour $7,241,000 de couleurs d’aniline. En 1915 les importations s'abaïssaient à $5,852,000, en 1916 à $3,340,000, en 1917 à $3,161,000, et enfin enr l’année ter:ninée le 30 juin 1918, les importations sont tombées à $2,507,000.
Importations en Dollars.
Années au 30 juin. 1916 1917 1918 i $ 17,000 $ 54,000 $ 40,000 ig 8,235,°00 4,109,000 3,895,000 Couleurs d’aniline.... 2,340,000 3,161,000 2,507,000
Si les importations étaient indiquées en poids au lieu de l'être en valeur, la diminution apparaîtrait beaucoup plus considérable encore (la hausse des prix 2 ER la guerre compense partiellement la diminution des importations).
2° Par l'augmentation considérable des exportations. Avant la guerre les exportations américaines de matières colorantes variaïient de $300,000
$400,000 par an. Pour l’année au 30 juin 1916, elles se sont élevées au contraire à $5,102,000, en 1917 à $11,709,000, et enfin pour 1918 elles ont atteint $16,922,000. Sur cette base les Etats-Uns exportent donc une balance nette de $14,415,000 de matières colorantes.
3° Enfin les preuves les plus tangibles du développement de l’industrie des matières colorantes aux Etats-Unis, sont données par l'importance de la production d’un certain nombre de colorants. Evidemment la production américaine n'a pas encore atteint la diversité réalisée par les maisons allemandes. La fabrication de certains celorants importants (en raison de leur solidité notamment) fait encore défaut. Avec juste raison, les américains, comme d’ailleurs les usines françaises et anglaises, ont cherché à remplacer les colorants d’une fabrication délicate, par des produits plus faciles
mettre au point. Il n’en reste pas moins que le développement de la fabrication des colorants artificiels aux Etats-Unis doit retenir l'attention. Les ressources financières considérables de quelques entreprises américaines et en premier lieu de la Du Pont de Nemours Puwder Company, et la bonne direction technique de quelques autres, (Dow Chemical et la National Aniline) permettent de penser que l'industrie allemande a perdu définitivement une grande partie de l’un de ses plus importants débouchés pour ses fabricaques de matières colorantes.
En examinant la provenance des matières colorantes importées avant la guerre, on ne sera pas surpris de constater que pour les 34 elles prove- * naïent d'Allemagne. progrès des importations Suisses n’est pas non plus pour surprendre:
Importations de Matières colorantes aux Etats-Unis en dollars.
France Allemagne Suisse Angleterre
DT on D