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PRODUITS

Si les progrès réalisés dans la grande industrie chimique sont le résultat des efforts combinés de l'ingénieur et du chimiste, la fabrication des substances dont nous allons nous occuper est l'apanage exclusif de ce dernier.

Les vastes constructions, les appareils savants et compliqués, dont l'établissement et la marche ne peuvent être réglés que par le mécanicien, ne sont plus nécessaires dans le domaine, très étendu et très varié, de la fabrication de beaucoup de produits minéraux et organiques.

De la vapeur, des appareils à distiller, des rectifîcateurs, de la force motrice, quelques pompes à vide et à eau, voilà tout le matériel mécanique utilisé pour ce genre de production. Le chimiste est l'âme de cette fabrication, c'est à lui qu'incombent la direction et la surveillance des manipulations délicates qui doivent

aboutir au produit désiré. C'est lui aussi qui, par son esprit d'invention, ses études, ses recherches de laboratoire, doit doter l'usine de découvertes nouvelles, soit en perfectionnantlesanciennesmélhodes de préparation, soit en trouvant des corps, des principes inconnus jusqu'alors et d'une application qu'il faut bien souvent s'attacher à chercher à son tour.

Il ne suffit pas toujours, en effet, d'inventer des composés nouveaux, il faut encore en trouver l'usage.

Si les exigences des coloristes ont amené les fabricants de produits chimiques à chercher des colorants et des mordants plus économiques ; si, d'autre part, les découvertes mémorables de Pasteur et les améliorations qu'elles ont suscitées dans le domaine de l'hygiène ont conduit à multiplier et à varier, suivant les cas, les antiseptiques, il est des corps, élaborés dans les usines, dont il faut pour ainsi dire créer l'emploi. L'activité productrice de notre époque ne saurait en effet se résigner à un arrêt. Le progrès est incessant et s'étend à tous les domaines. Une découverte nouvelle engendre, pour ainsi dire, des besoins nouveaux.

C'est ainsi qu'est née la fabrication des médicaments chimiques, fabrication qui a pris un développement inattendu depuis quelques années.

Limitée primitivement aux antiseptiques, dont il a été question plus haut, elle a cherché à supplanter les remèdes d'origine végétale.

L'antipyrine, l'antifébrine, et leurs analogues, tous produits de laboratoire, ont détrôné, dans une certaine mesure, la quinine. Celle-ci, dont le règne n'est pas fini,

ne veut pas abdiquer et lutte en s*offrant à meilleur compte aux consommateurs. Achetée, il y a trente ans^ au prix de 800 à 1,000 francs le kilogramme, elle vaut actuellement 30 à 40 francs. Résultat merveilleux dû à la science mise au service d*une industrie intelligente. Dans cette lutte pour l'existence, cette industrie a, en effet, commencé par perfectionner ses procédés d'extraction. Elle a, d'autre part, trouvé le moyen d'améliorer la culture des arbres à quinquina et, par suite, d'augmenter leur rendement en écorce riche en alcaloïdes.

Nous pourrions multiplier ces exemples, mais force nous est de nous limiter.

Nous disions plus haut qu'une fois un corps découvert au laboratoire, il fallait lui chercher une application ? Quelles sont les voies suivies pour arriver à connaître cette application? Tantôt, c'est le hasard qui indique aux chercheurs les vertus curatives des substances. Témoin racétanilide(antifébrine) administrée parerreur à un malade au lieu de naphtaline. Hasard encore, le cas de la dulcine et de la saccharine. Tantôt, c'est une analogie de constitution avec un corps dont les effets sont déjà connus. Mais, dans la plupart des cas, les propriétés physiologiques des substances ne peuvent être connues qu'à la suite d'essais systématiques effectués sur des animaux ou des patients.

Dans ces sortes de recherches, le chimiste a pour collaborateur indispensable le physiologiste ou le clinicien. Il est, en outre, nécessaire de porter les expériences sur une variété infinie de substances, avant d'en trouver

une qui soit supérieure, par ses propriétés curatives, à celles du même ordre déjà connues.

Cette même méthode sert aussi à se rendre compte des effets que produisent les alcs^loïdes sur l'organisme animal. L'importance croissante donnée aux médicaments d'origine synthétique n'a cependant pas fait négliger l'étude des principes immédiats des végétaux. Ceux-ci ont encore leurs fidèles. Nombreux sont les alcaloïdes et les glucosides nouveaux extraits des plantes exotiques, que les explorateurs observent et cueillent dans leurs pérégrinations à travers les pays inconnus. Nombreux aussi sont les composés et les sels qui en dérivent.

A l'égal du coloriste, dont la palette a été enrichie des couleurs aux nuances les plus variées, le médecin dispose actuellement d'un arsenal de médicaments, qu'il dépend de lui d'appliquer d'une façon judicieuse et raisonnée.

Comme pour les couleurs, on a cherché à codifier les substances médicamenteuses, c'est-à-dire que l'on a essayé d'établir un lien, une relation entre leur constitution et leur action sur l'organisme. Toutes les tentatives faites jusqu'à présent dans cette voie ont échoué. Il est, en effet, impossible d'établir chimiquement un rapport quelconque entre les trois corps suivants par exemple : l'acétanilide, l'antipyrine et la quinine, qui tous trois sont des antipyrétiques. Nous en dirons autant du sucrol, de la saccharine et des sucres proprement dits, où les différences fonctionnelles sont encore plus accusées. Beaucoup d'autres séries sont dans le même

cas. Comme pour les colorants artificiels, où la classification est encore loin d'être à l'abri de toute critique, il faudra accumuler les matériaux, comparer leur constitution et leur action physiologique, et, de l'ensemble de ces données, il se dégagera peut-être quelque indication sur l'influence qui revient à tel groupement, à tel arrangement moléculaire dans les propriétés thérapeutiques des substances envisagées.

Les produits dont il sera question dans ce rapport ne sont pas uniquement du domaine médical. La photographie peut aussi en revendiquer un certain nombre. Sa part est, il est vrai, assez restreinte et ne comprend que quelques réducteurs, qui appartiennent soit au groupe des phénols, soit à celui des aminés, soit aux deux à la fois.

Enfin, il est une catégorie de corps dont l'usage n'est répandu que dans les laboratoires. Ce sont des matières premières nécessaires à l'enseignement pratique ou à la confection des réactifs, ou bien encore des produits, plus rares, qui doivent servir de point de départ pour des recherches d'un ordre spéculatif.

L'homme de science, désireux d'élucider ou de faire avancer d'un pas une question quelconque, perdrait, en effet, un temps précieux, s'il s'avisait de vouloir préparer les corps, déjà connus, qui sont destinés à servir de base à un travail. Aussi trouve-t-on en Allemagne (1) nombre

(1) Nous devons ajouter que depuis quelques années la maison Stéphane GirarJ, actuellement Société anonyme des produits chimiques à Fontaine-sur-Saône, s'applique avec beaucoup de succès & faire en France ce que les laboratoires dont nous venons de parler font en Allemagne.

PRODUITS CHIMIQUES ET PHARMACEUTIQUES. loi

de laboratoires et même d'usines qui s'offrent à venir en aide aux chercheurs. Quelle que soit la direction qu'on veuille donner à ses travaux, ils sont prêts à vous en fournir tous les matériaux: aides précieux, qui économisent un temps non moins précieux aux pionniers de la science.

C'est là un des secrets de la rapidité avec laquelle les savants allemands savent mener un travail, quelles qu'en soient la nature et l'importance.

L'exposition des produits chimiques et pharmaceutiques est la plus étendue et la plus variée de toutes celles que nous avons été appelés à étudier.

L'Allemagne y occupe incontestablement une place prépondérante ; il serait puéril de ne pas le reconnaître. Et cependant une infime minorité représente l'ensemble des usines disséminées dans toutes les régions de l'Empire. Nos voisins ne comptent, en effet, pas moins de 521 fabriques, petites et grandes, qui s'occupent de la préparation des produits chimico-pharmaceutiques, photographiques, etc. ; 14,842 ouvriers sont employés dans ces usines, et leur salaire annuel atteint près de 16 millions de francs.

La production totale n'a pu être établie d'une façon certaine, beaucoup de matières premières étant consommées sur place ou servant à alimenter d'autres usines comme les fabriques de couleurs, par exemple; mais on sait que, pour l'année 1890, l'excédent des exportations sur les importations s'est élevé à 5,000 tonnes de marchandises, d'une valeur totale de 18,750,000 francs.

A ce chiffre, il faut ajouter les produits qui sont officiellement inscrits pour l'exportation. C'est ainsi que, dans la même année 1890, l'Allemagne a exporté en :

Tonnes. Valeur.

Préparations à base d'alumine. 13,509 3,510,000 fr.

Sulfate de cuivre 3,370 1 ,785,000

Acétate de plomb 1,446 813,750

Préparations antimoniées 296 770,000

Acide tarlrique 1,003 3,262,500

Acide oxalique 861 613,750

Acide benzoïque 41 198,750

Acide saHcylique 343 3,338,750

Hydrate de chloral 32 115,000

De sorte qu'on peut évaluer à environ 32,112,300 francs la valeur totale de l'ensemble des produits chimiques de la catégorie dont nous nous occupons, exportés par nos voisins pendant l'année 1890. Il eût été intéressant de pouvoir mettre en regard les chiffres ayant trait à nos échanges commerciaux, ainsi que ceux qui intéressent la Grande-Bretagne.

L'exposition française est moins importante, et ne se distingue que par le choix judicieux des produits montrés et leur pureté.

Les expositions anglaise, américaine et russe, témoignent de l'effort que font les industriels de ces nations, pour chercher à garder le marché national, et opposer une digue au flot envahissant des produits allemands. ^

Convaincu que, pour se faire une idée des causes de prospérité d'une industrie, aucune donnée, aucun renseignement ne doit être négligé, nous avons fait précé-

der la description des produits intéressants et nouveaux, de quelques indications sur les maisons et les fabriques qui ont exposé. On verra ainsi toute l'importance dévolue au rôle du chimiste instruit et rompu aux recherches de laboratoire.

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE

Ainsi que nous l'avons fait remarquer dans notre introduction, l'industrie chimique, celle des produits organiques en particulier, exige de plus en plus l'intervention du chimiste instruit, voii:e même savant, familiarisé avec les travaux de laboratoire et doué de l'esprit d'invention, toutes qualités qui ne peuvent s'acquérir que par un enseignement élevé, basé sur de longues traditions. Beaucoup d'universités américaines sont encore trop jeunes pour s'être créé de semblables traditions.

Aussi, grâce aux conditions spéciales de pays neuf dans lesquelles se trouvent les Étals-Unis, l'activité de le jeunesse qui se voue à la chimie se porte pour ainsi dire exclusivement vers la métallurgie, tant est grande et variée la richesse minière de cette contrée privilégiée.

L'industrie chimique proprement dite ne semble donc pas avoir pris un développement considérable en Amérique; aussi est-il difficile de savoir si les produits vendus parles différentes maisons sont réellement fabriqués

par elles. Beaucoup de maisons européennes ont en effet des succursales aux États-Unis, et d autres, plus nombreuses encore, fournissent leurs produits à des représentants ou à des droguistes.

. J. J. Allen fils, à Philadelphie.

Cette maison fabrique du phosphore blanc en bâton, de belle qualité. Le marché du Nouveau-Monde semble donc dès maintenant fermé aux deux maisons européennes (Coignet fils, à Lyon, et J. Albright, près Birmingham) qui, jusqu'à présent, avaient le monopole de cette fabrication.

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