CHAPITRE
ti'terlegerle.
Fabriealioii françabe» antoe, aasialiét tîe.
Durant toute Tantiquité, les hommes n'avaient pour mesurer le temps que les cadrans solaires, les clepsydres ou horloges à eau , et les sabliers. Depuis que les moyens mécaniques furent employés pour le même usage» depuis qu*au x^ siècle de Tère chrétienne, un grand mathématicien, élève des Arabes d'Espagne et pape illustre sous le nom de Sylvestre II, eut, si Ton en crpit la tradition, inventé l'échappement à roue de rencontre et l'horloge à balancier, que d'années écoulées avant que l'horlogerie devînt usuelle et qu'elle atteignit le degré de perfection où nous la voyons aujourd'hui! Cette branche des arts de précision était, en effet, trèsbrillanie à l'Exposition universelle de i855, soit dans le domaine de l'horlogerie de précision proprement dite, soit dans le domaine de la grosse horlogerie pour les édifices^ publics , soit dans celui de l'horlogerie pour usages civils. Ce n'est pas que nous ayons à signaler ici des inventions récentes, mais on est parvenu à réaliser dans les ouvrages ordinaires la justesse qu'on réservait naguère encore aux pièces du plus grand choix. On a également obtenu des réductions de prix assez fortes, au
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iMÎDS pour certaines catégories d'articles. Outre la France» qui se distinguait dans toutes les branches de Fart, la Suisse, rAnglelerre, le Danemark, la Suède, la Hollande, les Ëtats-Unis d'Amérique, etc., participaient, dans une ou plusieurs catégories, aux perfectionnements effectués.
L Horlùgerie de fréctsim. — L'horlogerie de haute précision embrasse, comme on sait, deux divisions principales : les pièces astronomiques dites régulateurs^ et les chronomètres marins, pour déterminer les longitudes. D n'y a pomt dans l'horlogerie de branche aussi délicate. M. le baron Séguier, qui est à coup sûr un des juges les plus compétents auxquels on puisse s'en rapporter en pareille matière, a dit avec raison qu'un artiste en haute horlogerie est obligé de mettre à contribution la mécanique appliquée, la géométrie, la physique et la chimie.
Des régulateurs astronomiques étaient à bon droit fort remarqués dans nos galeries; les principaux appartenaÀeai i MM. Detouche et Houdin, Brocot et Delettrgc, Redier, Damiens-Duvillier, de Paris, et à M. Martin, de Saint-Nicolas-d'Aliermont, petite cité de la Seine-Inférieure, où se fabriquent une grande partie des organes pour l'horlogerie parisienne de haute précision. Quant aux machines horaires appelées chronomètres» et dont Pierre Leroy fut le premier à commencer la fabrication dans notre pays, M. Winnerl, en France, et M. Frodsham, qui continue en Angleterre les travaux d'Arnold, occupait un rang tout à fait prééminent dans la fabrication de cesai^reils. Les chronomètres de MM. HenriRobert, BertboïKl, Jacob,Dumas,Yissierre, Rodanet, etc. , sont en* core à mentionner dans l'étalage de la France. M. Henri Robert avait en outre exposé, parmi différentes pièces très-
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remarquables d'horlogerie de précision, une série d'appareils nouveaux pour renseignement de la cosmographie. Les phénomènes astronomiques les plus complexes sont ramenés , au moyen de ces ingénieux instruments , à des conditions de simplicité. singulières, et deviennent ainsi parfaitement accessibles à Tesprit des élèves. Parmi les constructeurs étrangers nommons M. Loseby et M, Poole, de Londres ; M. Krille, d'Allona (Danemark); M. Jijrgensen, de Copenhague; M. Soderberget M. Linderoth, de Stockholm ; M. Hohwu etM.Van Arken, d'Amsterdam, etc. Nommons encore M. Achille Benoit, directeur de l'école d'horlogerie de Cluses (Piémont), pour ses machines et outils destinés à l'horlogerie de précision.
IL Grosse horbgerie. — La grosse horlogerie française compte plusieurs maisons renommées dans le monde entier; elle n'a fait que confirmer, en 1853, la supériorité qu'elle avait montrée à Londres en 1851. Cette branche de l'art, d'autant plus importante qu'elle répond aux besoins des classes populaires, a pris de larges développements depuis vingt-cinq à trente ans. L'emploi des moyens mécaniques de fabrication l'a fait sortir du domaine de la serrurerie où elle avait langui longtemps. Les Wagner oncle et neveu, les Lepaute, les Janvier, etc., ont frayé la voie nouvelle dans laquelle nos fabricants conservent toujours l'avance sur les fabricants du dehors.
Puisque nous parlons d'horloges destinées à des édifices publics, n'oublions pas celle qui a été construite pour la cathédrale de Besançon par M. Bernardin, de Saint-Loup (Haute-Saône). Cette horloge, très-compliquée, trop compliquée même, est l'œuvre d'un simple ouvrier qui avait su déjà se faire remarquer par le jury
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de 1849, pour son esprit d'invention et son extrme sagacité à manier les pièces d'horlogerie. D'après ce témoignage du jury, le ministre du commerce avait ac* cordé alors à M. Bernardin un secours pour le mettre à même de retourner dans son pays. L'œuvre actuelle de M. Bernardin, quoique devant être rangée dans le domaine des pièces curieuses, nous prouve assez qu'il a su mettre à profit et justifier la bienveillance dont il avait été l'objet.
m. Horlogerie pour usages civils. — L'horlogerie pour les usages civils comprend l'horlogerie commune et l*horiogerie fine. MM. Japy frères, à Beaucourt (Haut- Rhin), ont une réputation européenne et sans égale pour la fabrication des ébauches de montres et des pendules à rétat brut, que les horlogers appellent des roulants. Cette réputation tient à la fois à la masse énorme de leur production, à la perfection de leur outillage, à la bonne qualité et au bas prix de leurs articles. Cette colossale manufacture a donné et donne constanunent le signal du progrès. Une ville du Jura, déjà citée, qui s'est rapidement agrandie dans le cours des dernières années, et que distingue un esprit industriel ardent, Morez, occupe une place notable dans la fabrication mécanique de l'horlogerie ordinaire, comme dans la fabrication des instruments d'optique, de mathématiques et de mesurage, des couverts de table, dans la lunetterie, etc. On a fondé récemment à Morez une école d'horlogerie dont le Gouvernement a encouragé les premiers pas , et qui aura pour effet de seconder l'essor que cette industrie prend dans les montagnes jurassiennes, et d'y acclimater certains ouvrages propres aux districts suisses de La Chaux-de- Fonds et du Locle. Aucune localité ne se trouve dans de meilleures conditions pour soutenir la concurrence avec
les fabricants du canton voisin de Neufchâtel. Il ne manque à Morez que des ingénieurs instruits pour tirer parti de toutes les aptitudes locales en fait de mécanique. Cette fabrique occupait à TExposition une vitrine où on remarquait les articles de MM. Lamy et Lacroix, Collin, Romanet, Reydor frères, Bousset, etc.
Pendant que Thorlogerie commune s'améliore en se rapprochant de Thorlogerie fine, cette dernière s*élève elle-même en se rapprochant de Thorlogerie de précision. Tel est le caractère le plus marqué des tendances actuelles. Paris, Genève et Londres sont les trois cités où rhorlogerie fine est travaillée sur la plus grande échelle, ou du moins ce sont les centres où vient aboutir le mouvement de la fabrication. Paris compte un assez grand nombre d'habiles horlogers. M. Bourdin, dont l'exposition était des plus riches, est un de ceux qui ont le plus contribué à élever le niveau de l'horlogerie fine. Ses régulateurs d'appartement, ses chronomètres de poche de systèmes variés, ses pendules de précision et de luxe, ses montres de choix, présentent pour les usages civils des avantages analogues à ceux delà hautehorlogerie. Les connaisseurs remarquaient dans le groupe de ses montres de précisionun modèlenouveau à deuxmouvements isolés l'un de l'autre et se remontant par un bouton placé à la bélière, que l'on tourne à droite pour remonter l'un des ressorts, et à gauche pour remonter l'autre. Chacun des mouvements de ce petit appareil peut servir à inscrire la durée d'une observation quelconque au moyen d'un verrou qui permet de suspendre à volonté la marche de l'un d'eux. Nous touchons là, comme on voit, au domaine de l'industrie de précision, sans abandonner pourtant les for mes élégantes et de bon goût, ces formes que réclame l'horlogerie civile. Un grand nombre de noms seraient à
mentionner parmi les horlogers parisiens. Dans Timpossibilité de les citer tous, signalons, au moins, pour la fabrication des montres très-soignées et de grand prix, MM. Bussard, Damiens-Duvillier, Brisbart, etc. L'in« dustrie de la montre, en France, ne permetpas d'oublier la ville de Besançon, où cette fabrication s'exerce en grand pour les qualités ordinaires , notamment • chez M. Fermier, M. Lorimier, etc., et où l'on confectionne pour la Chine des montres qui disputent le terrain aux produits de la Suisse.
En Angleterre, les montres sont généralement traitées avec soin, et par des maisons souvent très-considérables. Nous pouvons inscrire ici, pour les pièces les plus fines, le nom de M. Frodsham de même que ceux de MM. Nicole et Capt, Aubert et Klaftenberger, Adams et fils, de Londres.
Quant à la Suisse, certains cantons de la Confédération ont donné un tel développement à l'art de mesurer le temps par les moyens mécaniques, que nous devons nous arrêter un moment pour considérer les éléments les plus curieux du travail local. Comme la grande massede ce travail s'applique à l'horlogerie pour usages civils, c'est ici que nos ol^ervations viennent naturellement s'encadrer.
L'horlogerie suisse se partage en deux grandes divisions : l'horlogerie du canton de Neufchâtel et celle du canton de Genève. H y a bientôt deux siècles que le travail de l'horlogerie a été introduit sur le territoire de Neufchâtel. On raconte dans le pays qu'un ouvrier des environs de La Chaux-de-Fonds, dont le nom a été conservé, Daniel-Jean Richard^ ayant eu l'occasion de voir et d'examiner la montre d'un voyageur, parvint à en comprendre le mécanisme et à l'imiter. Tel serait le point de départ de la magnifique industrie qui est deve-
nue une source de richesse pour les montagnards de Neufchâtel. Grâce à celte application, des fortunes considérables se sont formées et se forment chaque jour dans des districts déshérités par la nature. Ce pays a donné naissance à des hommes qui ont illustré l'horlogerie et conquis une renommée européenne. La production a pris, dans cette région de la Suisse, durant ces derniers temps, un essor considérable. D'après des comptes qui ont passé sous nos yeux, on y avait fabriqué 104,846 montres d'or ou d'argent en 1848, et voilà qu'en 1853, nous voyons sortir des bureaux de garantie 307,395 montres, sans parler d'un nombre considérable de mouvements expédiés en blanc au dehors, principalement en Amérique, ni des pièces d'horlogerie qui ne passent point au contrôle. L'horlogerie neufchâte*oise s'exporte dans les divers États de l'Europe et dans les deux Amériques. Elle trouve des débouchés jusque dans l'extrême Asie, en Chine, pour ces produits d'un genre particulier dont nous avons parlé à propos de l'horlogerie de Besançon, et pour lesquels quelques-uns de nos fabricants commencent à lutter avec les fabricants suisses.
Certaines circonstances ont favorisé les développements de cette industrie dans les montagnes de Neufchâtel, à La Chaux-de-Fonds et au Locle, qui sont les deux centres du travail local. De même que chez nos ouvriers des montagnes du Jura, on remarque chez les montagnards neufchâtelois une aptitude particulière pour les arts mécaniques les plus délicats. La main-d'œuvre est chez eux à bon marché. Placés sur un sol couvert de neige la plus grande partie de l'année, disséminés dans des villages épars et presque inaccessibles durant Thiver, les rudes enfants de ces régions n'ont pas même l'occasion de se distraire de leur travail. Ils ne peuvent guère sortir
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de leur logis. Sous des climats plus doux on éprouve quelque peine à se faire une idée de leur laborieuse existence, que la division du travail, poussée à ses dernières limites, rend extrêmement monotone. Quoique rindustrie neufchâteloise s'élève parfois jusqu'aux produits de luxe et aux appareils de précision, la montre ordinaire en constitue l'élément principal.
C'est, au contraire, l'horlogerie fine, la montre de choix qui forme le caractère distinctif de l'industrie de Genève; mais ces articles de luxe ne sauraient naturellement fournir à la fabrication des aliments aussi multipliés que l'horlogerie courante. Il ne faudrait pas s'en tenir au nombre de montres que les négociants de Genève livrent au commerce tous les ans ; car on croirait alors qu'il se fabrique plus de montres dans ce dernier canton que dans celui de Neufchàtel. En effet, on cite un chiffre supérieur à 300,000, comme marquant le niveau de la fabrication durant ces dernières années. Sur cette masse énorme, à peine y en a-t-il 10,000 qui soient confectionnées à Genève niôme. Le surplus se compose précisément des montres de Neufchàtel, c'est-à-dire des montres du Locle et de La Chaux-de-Fonds, qui viennent à Genève ou dans les localités voisines pour y être pourvues d'échappements. L'horlogerie fine de Genève se vend en partie surplace; au dehors ses débouchés* les plus importants sont à New-York, à Constantinople, dans les principales villes de l'Italie, etc. On expédie aussi des montres de Genève en France. D'autres sont dirigées sur l'Angleterre et l'Espagne ; mais les fabricants suisses se plaignent de ce que, dans ces deux derniers pays, on fait parfois disparaître leur nom, pour y substituer le nom de l'horloger qui les vend. Conraie les demandes du dehors se sont largement accrues, on a senti à Genève le besoin
d'accroître aussi les moyens de fabrication. Il s*est formé de vastes ateliers où toutes les pièces du mouvement sont confectionnées par des procédés mécaniques. Les ébauches, et comme on dit, les mouvements en blanc dont la fabrication s'était peu à peu retirée dans le Jura suisse et la Savoie, sont redevenus des éléments de travail importants pour Genève, grâce à l'initiative de quatre ou cinq maisons. Lorsque nous avons visité ces ateliers d*un genre spécial, nous avons pu admirer le rare talent avec lequel les ouvriers convertissent le laiton brut, l'acier et le rubis, en ces montres genevoises, si renommées pour leur perfection. L'organisation de ces établissements est curieuse à connaître. Un grand nombre de femmes y sont employées, et elles s'acquittent avec beaucoup de dextérité des parties les plus délicates du travail. Les pièces qui ne réclament qu'une façon uniforme sont exécutées par des machines dont quelques-unes offrent de fort ingénieuses combinaisons. Tous ces nombreux organes du mouvement sont confectionnés par masses, et cependant la précision en est telle, que, parmi les pièces du même genre, l'ouvrier peut prendre au hasard celle dont il a besoin; il en résulte une grande facilité pour les réparations. Tels morceaux sont découpés à la presse, tels autres travaillés sur des tours ou au burin. L'assemblage des diverses pièces est rendu facile par un système de pointage et de percement des platines à la mécanique. Deux genres de montres qui tiennent, sous le rapport du volume, les deux extrémités de la fabrication, doivent être signalés. L'un consiste dans ces montres miniature^ espèce de bijou qui peut se cacher dans un porte-monnaie, orner un bracelet ou tenir dans le chaton d'une bague. Les horlogers genevois sont fort habiles dans la construction de ces petits mécanismes. Ds réussissent assez souvent.
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malgré Textrême délicatesse des organes d'un semblable appareil, à lui donner une marche satisfaisante. L'autre genre comprend les chronomètres de poche qu'on établit à Genève à des prix modérés.
Autour de l'industrie de la montre on voit se grouper ime multitude d'industries parfois très-importantes. J'ai déjà eu l'occasion de mentionner la fabrication des boites de montres dont la valeur arrive au chiffre de plusieurs millions par an. Mais la confection des cadrans est une autre spécialité. Les cadrans sont généralement en émail pour les montres vendues à Genève même, et en or ou en argent pour les produits exportés. Viennent ensuite les aiguilles qui sont obtenues par l'action de mécanismes fort ingénieux. On cite un atelier occupant soixante-dix personnes, et livrant au commerce à lui seul six cent mille paires d'aiguilles annuellement. Le prix de ces articles descend jusqu'à 1 fr. 50 c. la grosse (144 paires d'aiguilles); il monte à 15 fr. pour les quatre aiguilles d'un seul chronomètre. Si élevé qu'il paraisse, ce dernier chiffre est très - faible quand on sait quelles sont ici les exigences du travail. Voici enfin les verres de montre de toute dimension et d'épaisseurs très-différentes ; à côté de verres très-minces, l'exposition suisse en renfermait d'autres destinés à des montres de marine ou de voyage, dont l'épaisseur était considérable et qu'on appelle verres doubles.
Quand on groupe autour de la fabrication française, suisse et anglaise, la fabrication moins vaste, U est vrai, quoique considérable encore, des divers pays mentionnés plus haut, on reconnaît tout à la fois que l'art de l'horlogerie a acquis une importance capitale, et qu'il est réellement parvenu, comme nous l'avons dit déjà, à un degré de perfection inoui.
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