CHAPITRE n
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De même que les anciens tournois s'accordaient avec les goûts de l'âge féodal, de même les Expositions répondent aux instincts d'un siècle industriel. Ainsi, chaque
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époque a ses fêles conformes à mn génie. V\û^ des Expositions» e^t d'ailleurs une idée française; elle a germé sur noire sol. Elle procède des tendances intimes de notre génie national, qui se complaît à embrasser les choses dans leur ensemble, et dont les mouvements à travers l'histoire ont toujours eu pour caractère distinctif la direction vers l'unité. La pensée naôme d'une fl^^position à laquelle seraient admis les peuples étrangers s'était manifestée en France avant qu'elle eût été réalisée au delà du détroit. Si notre pays n'a pas pris en 1849 l'initiative de l'exécution, c'est aux agitations politiques qu'il faut surtout l'attribuer.
Sans doute, lorsqu'à la fin du siècle dernier |iQtre première Exposition s'ouvrait auGhamp-de-Mars et dans les bâtiments du Palais*Bourbon où se trouvait aussi alors l'école polytechnique, nul ne prévoyait les futurs développements de l'institution naissante. Elle débutait modestement comnie toutes les forces destinées à grandir. On avait voulu embellir les fêtes nationales célébrées à l'expiration de l'an vi, et constituer avec l'Exposition une sorte de marché qui n'était guère qu'un nouveau genre de divertissement. Paris et les départements les plus rapprochés de celui de la Seine avaient fourni presque tous les objets étalés. De ces baraques improvisées à l'extrémité la plus reculée de la grande ville, l'Exposition devait venir cependant, à un demi-siècle de distance, occuper un palais splendide, construit pour elle, dans le plus somptueux quartier de la capitale, entre les Tuileries et l'arc de triomphe de l'Étoile, sur la voie la plus brillante de l'univers. Dans l'intervalle qui sépare l'année 1708 de l'année 1855, on a vu tous nos gouvernements successifs traiter cette institution avec faveur. Tous se sont reposés sur cette pierre que le génie propre
IHDICiTIONS QiNiHALIiS. U
au 19* siècle, le génie de Tindustrie, avait, du premier coup, solidement affermie. Dès le début, 1^ Consulat, qui s'appliquait à réunir et à réchauffer tous les germes féconds, donna un corps à la pensée nouvelle et la mit en évidencçt Au mpis de mars 1801, quelques jour^ après la paix da liunéville qu'avaient préparée la victoire de Marengo et la bataille de Hobefilindeq, un décret annonçait \9, prochaine ouverture d'une seconde Exposition nationale. Au lieu de reléguer cette fois las produits de l'industrie manufacturière dans un endroit solitaire, le premier consul les installa dans le pa)£(is de^ rois, au Louvre ; il doubla la durée de la solennité, qui n'avait été d'abord que de trois jours ; il fit renouveler la môme expérience en 180St Les f^ils dirent assez haut que la France, échappée à de longues convulsions, se livrait dès lors avec boiUieur aux applications industrielles. De llû en 1798, le nombre 4es exposants monta à 220 en 1801 , pour arriver à â40 en 1802. Ce ne fut, néanmoins, qu'à la quatrième de ces exhibitions, en 1806, dans l'une des années les plus brillantes 4u règne de INiapo-* léon I^, qu'on rencontra tous les traits d'une Exposition véritablement nationale. Pour la première fois, on y vit figurer des échantillons de toutes les branches de l'industrie française. Le nombre des exposants atteignait le chiffre de 1,122, chiffre énorme pour une époque où les grands appareils mécaniques étaient à peu près inconnus chez nous et où nous ne faisions, pour ainsi dire, que d'entrer dans la carrière. Comme le Louvre, dans son état d'alors, ne se prétait guère à des constructions provisoires assez étendues pour abriter des articles aussi nom^ breux, on leur avait préparé sur l'psplanade des Invalides un vaste local qui resta ouvert au public pendant vingt et un jour». Cette Exposition de 1806 était si complète,
12 • INDUSTRIE GONTEBfPORAINE.
qu'elle permit de dresser une sorte de statistique des forces industrielles de la France, publiée d'après les ordres du ministre de Tintérieur, M. de Champagny, et qui mérite encore d'être consultée. C'est une série de notices sur les produits de chaque département, rédigées par M. Gostaz, alors chef du bureau des manufactures. De ce moment-là, on put dire que l'institution était fondée; de ce moment-là, l'opinion publique réfléchie avait prononcé son verdict.
Plus tard, sous la Restauration, on rassembla trois fois, en 1819, en 1823 et en 1827, les produits de nos fabriques ; mais le nombre des exposants ne varia presque pas, il flotta entre 1,600 et 1,700. Les deux premières de ces Expositions furent les plus sérieuses. Celle de 1827, d'ailleurs fort mal classée, comptait trop de ces compositions bizarres et coûteuses, étrangères au véritable domaine de l'industrie. De 1830 à 1848, on a eu les trois Expositions de 1834, de 1839 et de 1844, qui eurent lieu, la première dans quatre pavillons séparés, construits sur la place de la Concorde, et les deux autres dans un édifice temporaire, aux Champs- Ëlysées.De2,447 en 1834, le nombre des exposants arriva au chiffre de 3,281 en 1839, et à celui de 3,960 en 1844. On peut juger par ces nombres, rapprochés de ceux de 1801 à 1802, du terrain qu'avait gagné l'industrie dans notre pays en moins d'un demi-siècle. L'Exposition de 1849, ouverte au lendemain d'une crise terrible, était la onzième solennité de ce genre depuis 1798. Elle offrait aux regards du public des produits fort remarquables auxquels, certes, on n'aurait guère osé s'attendre, et elle compta 4,500 exposants. On peut le dire, elle a fermé l'ère des Expositions exclusivement consacrées aux produits nationaux ; non qu'il ne puisse désormais y avoir de ces so-
lennités, particulières à la France, mais ce ne sera plus en vue d'une exclusion systématique.
L'idée éclose vers le commencement de ce siècle a donc été considérablement élargie par l'acte qui a décrété une Exposition universelle (1). La solennité ne porte plus le nom d'un seul peuple, elle est devenue commune à tous. A ce titre, l'Exposition de 1855 forme une date importante dans nos annales. Puisque les développements de l'industrie mêlent de plus en plus les intérêts économiques des nations civilisées et tendent visiblement à rendre solidaires les destinées de ces nations, il était naturel qu'à la pensée de montrer réunis les éléments industriels d'un seul pays, succédât celle de grouper les uns auprès des autres les éléments industriels des nations diverses. Notre Exposition universelle a eu l'avantage de consacrer définitivement l'expérience faite en Angleterre en 1851 et renouvelée depuis, mais sur une trop petite échelle, par les villes de Dublin et de New-York. Quelques autres Expositions avaient eu lieu, notamment à Moscou, à Copenhague, à Munich, à Florence, à Madrid, à Lisbonne; elles avaient toutes un caractère purement national. Celle de Munich, conçue dans la pensée la moins étroite, admettait les produits de tous les états allemands. Les trois dernières étaient, en réalité, une sorte de répétition pour l'exhibition universelle de Paris.
Si les Expositions de l'industrie ont obtenu une rapide et haute fortune, si elles ont duré chez nous lorsque tant d'autres institutions s'évanouissaient autour d'elles, c'est qu'elles répondent à ce besoin intime qu'éprouve l'homme de généraliser l'action de ses facultés. Elles étaient, d'ail-
(t) Décret da d mars 1853.
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leurs, par léUt (essence mémë^ la glorification du principe qui domine notre époque : le principe du travail. Mettre en saillie lès produits de l'industrie, n'était-ce pas dresser un piédestal au travail même? La solennité à laquelle noua avons àssi^léj en 1855, est venue donner un relief tout nouveau à cette même pensée, en la réalisant dans des proportions considérablement agrandies. Oh ne saurait nier qu'elle tehd à élargir l'horizon des classes industrielles et à servir ainsi les intérêts du grand nombre.
De plus, les mêmes manifestations, les mêmes produits qui témoignent de l'habileté du fabricant, de l'eflforl et de l'adresse de l'ouvrier, attestent également les triomphes de la science, qui seule, la plupart du temps, en a rendu l'exécution possible. Le mouvement scientifique de notre époque, dont le caractère pratique ne fait pas déserter les hauteurs de la théorie, a trouvé son compte dans l'éclat de te solennité industrielle.