‹ L'industrie contemporaine; ses caractères et ses progrès chez les différents peuples du mondeChapitre 8 sur 59 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'ordre d'après lequel nous examinerons les œuvres de l'industrie contemporaine diffère entièrement desclas-

sifications admises soit pour l'Exposition de Londres, soit pour l'Exposition de Paris. Nous n'avions point à satisfaire aux mômes exigences, ni à embrasser les mômes détails.

En France , dans nos Expositions nationales, depuis que le nombre des exposants s'était si considérablement accru, on avait senti le besoin des classifications systématiques. Les quatre pavillons entièrement séparés les uns des autres, bâtis en 1834, en avaient naturellement suggéré l'idée. Depuis cette époque, les produits partagés en quatre divisions avaient été rangés dans quatre galeries : la galerie des tissus, celle des machines, celle des beaux-arts et celle des objets divers. Dans une Exposition universelle, l'établissement d'une classification méthodique devait offrir des difficultés plus complexes ; et pourtant, sans une telle classification des produits, il eût été impossible de se reconnaître au milieu des objets si divers venant de tous les points de l'horizon. A Londres, en 4851 , on n'avait, il est vrai, que quatre groupes principaux, qui différaient assez peu de nos anciennes classes : le premier comprenait les matières brutes ; le second, les machines; le troisième, les objets manufacturés; le quatrième, les beaux-arts. Mais les subdivisions se pressaient dans chacune de ces grandes catégories. Ainsi, le groupe des produits manufacturés ne contenait pas moins de dixneuf subdivisions. C'était presque là toute l'Exposition, et le partage en quatre sections n'avait plus dès lors qu*une importance insignifiante.

Multipliant davantage les divisions, le système admis par nous en 1855, embrassait sept groupes élémentaires qui se fractionnaient en 27 classes, subdivisées elles-mêmes en une foule de sections. La classification française n'était pas une de ces conceptions philosophiques d'après lesquelles on a parfois essayé le classement des produits de

Tindustrie humaine. Elle envisageait presque toujours les objets au point de vue de leur destination. Obligée cependanldes'ouvriràdesélémenlstrès-multiplesettrès-variés, elle manquait ça et là de précision et de clarté. Les limites entre les classes et les sections étaient souvent très-difSciles à saisir. Ainsi, il y avait une classe dénommée : Fabrication des ouvrages en métaux d'un travail ordinaire. Ces mots dun travail ordinaire présentaient évidemment trop d'incertitude et d'élasticité. Dans une autre spécification on disait: Industries concernant V emploi économique de la chaleur, de la lumière et de V électricité. L'emploi économique signifie-t-il le bon marché, ou simplement l'usage dans l'économie domestique ou industrielle? L'indication était insuffisante.

Ce n'est pas, hâtons-nous de le dire, par la profondeur des déductions que devait se distinguer une classification destinée à un concours universel. Son mérite, c'était de se prêter au rangement matériel des produits. Or, le but a été atteint, du moins en grande partie, sous ce rapport. Si dans le classement des objets on a dû s'écarter parfois des termes de la classification, pour l'approprier à la disposition des lieux, on y a du moins trouvé un fil conducteur indispensable. Il importe de rappeler ici les traits essentiels de cette classification.

Pour avoir une idée de l'ensemble, il suffit de s'arrêter aux sept groupes élémentaires. Le premier renferme les industries s'appliquant principalement à l'extraction ou à la production des matières brutes ; ce sont , par exemple, l'industrie des mines, la métallurgie, l'agriculture. Le second groupe embrasse lés industries ayant spécialement pour objet l'emploi des forces mécaniques ; nous citons la mécanique générale appliquée à l'industrie, le matériel des manufactures, et la mécanique spé-

ciâlè des chemins de fer. Au troisième groupe appartiennent les industries fondées sur l'emploi des agents physiques et chimiques ou se rattachant aux sciences et à renseignement, comme les arts de précision, Thorlogerie, la construction des instruments d'optique, de physique, de chimie, d'astronomie, de géographie, conmie aussi les industries relatives à l'emploi de la chaleur, de la lumière ou de l'électricité, les arts chimiques, la préparation et la conservation des substances alimentaires. Après ce groupe, composé de branches si complexes, vient, au quatrième rang, celui qui est consacré aux industries intéressant les professions savantes : la médecine, la chirurgie, la pharmacie, l'art militaire, la marine, les constructions civiles. Le cinquième groupe nous mtontre ensuite les manufactures de produits minéraux, c'est-à-dire les industries des aciers bruts et ouvrés, la chaudronnerie, la ferblanterie, la serrurerie, la taillanderie, la verrerie, les arts céramiques, etc. Nos industries textiles, nos grandes industries des cotons, des laines, des soies, des lins et des chanvres, composent la sixième division, dans laquelle rentrent aussi les dentelles, la passementerie, la broderie, la bonneterie, les tapis, etc. Ce groupe résume en lui, à dire vrai, toutes les forces de ce qu'on appelle communément l'industrie manufacturière. Quant au septième et dernier groupe, il comprend les arts divers, l'ameublement, la décoration, la confection des articles de vêtements, des objets de mode et de fantaisie, presque tous les articles formant le domaine spécial de l'industrie dite industrie parmenne, et, en outre, les arts graphiques, la fabrication des instruments de musique, etc.

Ce résumé du système général de classification, qui s'appliquait aussi bien aux produits étrangers qu'aux

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produits français» réunit les traits essentiels de l'Expo* silion. A un certain point de vue, les nombreuses classes de produits dont l'Exposition universelle était composée pourraient, en dernière analyse, être ramenées à deux grandes catégories. On placerait dans la première les industries qui répondent aux besoins essentiels de la vie, soit dans l'ordre matériel, soit dans Tordre moral, et qui intéressent ainsi au plus haut degré la généralité des hommes ; la seconde comprendrait tous les produits qu'on peut appeler des produits d'agrément et de luxe. Loin d'être isolées l'une de l'autre, comme des observateurs passionnés ou superficiels pourraient seuls le prétendre, ces deux classes d'industries se prêtent, au contraire, une mutuelle assistance. Les progrès accomplis dans les fabrications les plus somptueuses profitent bientôt aux industries qui s'adressent aux existences les plus modestes. Un peuple qui n'aurait pas de produits de luxe n'aurait pour la consommation générale que des articles grossiers ou peu commodes. De même, les perfectionnements apportés dans les produits destinés à la masse de la population empêchent qu'on n'élève trop haut le prix des objets de luxe. Quand nous parlons d'objets de luxe, il ne s'agit pas, bien entendu, de ces ouvrages sans but, simple caprice d'imagination, comme l'indulgence trop facile de quelques jurys locaux en admet à toutes les Expositions, et qui coûtent un temps très-long et des peines infinies à leurs auteurs. Ce sont là des jeux de patience et non des produits de rinduslrie. Jamais on ne s'était autant appliqué qu'en 1853 à en diminuer le nombre. En restant dans la véritable sphère du travail industriel, on remarque encore des degrés dans les services que telles ou telles applications rendent, soit à une société, soit à la civilisation

générale. C'est à ce point de vue qu'il y a le plus d'intérêt à comparer entre elles les fabrications où s'exerce le génie des différents peuples.

Le vrai triomphe de l'industrie moderne consiste à mettre de bons produits à la portée d'un nombre de consommateurs de plus en plus considérable. Cette tendance qui s'impose à notre époque est le fait le plus éclatant que la série des Expositions antérieures ait mis en lumière. Depuis le commencement de ce siècle, depuis surtout que l'industrie a centuplé ses forces par l'emploi des appai-eils à vapeur, le mouvement effectué en ce sens a pu se ralentir par intervalles, mais il n'a jamais élé interrompu. Toutes les découvertes importantes, toutes les grandes améliorations réalisées dans le domaine des arts mécaniques, des arts chimiques ou de la fabrication pro prement dite, ont eu pour effet de servir de plus en plus les intérêts du grand nombre. Cette observation est commune à tous les peuples civilisés ; elle permet d'apprécier l'état de leur sociabilité respective.

Nous devions signaler ces aspects en traçant les divisions de notre ouvrage; mais ces distinctioriS générales, si claires en théorie, excluraient dans la pratique tout classement rigoureux des divers objets de nos études. La ligne de séparation n'est point assez tranchée pour permettre toujours de décider à quel ordre appartiennent les variétés que présentent les grandes manifestations de l'activité industrielle. Sans doute, répétons-le, nous ne sommes pas astreint, comme dans la classification officielle, à ouvrir notre cadre à tous les produits sans exception. Notre point de mire à nous étant l'étude comparative des caractères et des progrès de l'industrie contemporaine chez les différents peuples du globe, nos divisions doivent se fonder sur les éléments à Taide desquels

on peut le mieux juger les aptitudes diverses , et rapprocher les uns des autres les résultats obtenus. L'idée qui nous servira de guide, nous ne la puiserons pas toujours à la même source. Ici, nous composerons un groupe en . vue d'interroger certains principes essentiels dont rinduslric doit s'inspirer; là, nous nous reporterons aux sources mêmes de la science, à ces lois d'où dérivent, soit des moyens de force incalculables, soit des phénomènes que le passé avait entièrement ignorés. Ailleurs, ce sera le régime commun à d'importantes fabrications qui servi ra de point d'appui à nos recherches. Plus loin, nous consulterons le génie propre à certaines localités, ou bien le rôle singulier de telle ou telle industrie française ou étrangère ; d'autres fois, enfin, nous procéderons à l'analyse des éléments mêmes du travail que les industries ont pour objet.

De cette manière nous espérons ne laisser échapper aucun des signes qui nous paraissent essentiels pour pouvoir apprécier, sous ses nombreuses faces, l'esprit industriel de notre époque.

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