‹ L'industrie dans la Grèce ancienne (volume 3)Chapitre 14 sur 42 · III · texte numérisé non relu

III

(-) Ch. Michel 832 l. 19. Dans un inventaire Béotien, BCH V 264 = CIGS I 2421 : Sivoo'va. Dans l'inscription des mystères d'Andanie, infra, Livre IV, Chap. II : xaXt'jtp'.ç, atvôo'viTTjç.

(«) Becker Chariklès, éd. Gôll, III 236.

(^) Pollux VII 72 : <7tvô(i)v £(7v.v AiyuuTta.

Le papyrus. Hermippos cite les voiles faites de cette matière. Il cite aussi le papier (*); Hérodote qui parle du papyrus ne mentionne pas le papier. Celui-ci, d'après Bliimner (*), ne devint d'un usage commun en Grèce et dans le monde civilisé qu'à l'époque des Ptolémées.

Le verre. Je trouve des vases en verre mentionnés dans une inscription d'Ol. 95. 2, dans Aristophane et dans Platon (^). Les objets de verre ne semblent pas avoir été fort répandus en Grèce et cela est d'autant plus étonnant que les Phéniciens les fabriquaient tout aussi bien que les Égyptiens (*). Ceci doit arrêter l'attention : combien devait être faible la demande de produits industriels de la Grèce à l'Egypte, puisqu'elle ne portait pas sur l'un des produits les plus originaux et les plus utiles de ce dernier pays !

Enfin les parfums (^) auxquels les comiques font de nombreuses allusions (^).

(<) flermipp. Ath. I 27 F. Hérod. II 96.

(-) Gewerbl. Thàtigk 113. Hérod. V 58. Pauly-Wissowa : Byblos et Byssos. On trouve le papier employé pour le contrat d'entreprise à Epidaure-Tholos, infra, Livre II, Oh. VII, il ne coûte que 4 ob. ^j^- A Athènes, CIA I 324 c. II 31, deux yscpTai pour tenir les comptes ; prix, 2 drachmes, 4 oboles. A Délos, comptes de 279, Oh. Michel 833 1. 102; /apxîa. oJo : 4 drachmes.

p) Hérod. II 69 : àp^T^rj-aTa Xiôtva '/yii. Aristoph. Ach. 74 : £7:;voij-îv i\ 'jaÀivcov sxTiwiji.âTtov ; il s'agit de la vie que mènent en Perse les ambassadeurs athéniens. Cf. Nuées 767. Plat. Timée 61 B : acppaYi'ôs? uàXivat. 01. 95. 2, OIA II 645, 646, 656, inventaires du Par'thénon. Délos, Comptes de 279 1. 50, Oh. Michel 833 : acppaYiO'.ov udcXivov ^rp'jaÉvÔs-ov. Of. Blûmner Technologie 113 79 s.

(*) Pietschmann Gesch. der Phônizier Berlin 1889 239.

(^) Buchsenschùtz Hauptstâtten 96.

{^) Lumbroso L'Egitto dei Greci e dei Romani, 2® éd. Rome 1895 donne la liste suivante des objets du commerce d'Alexandrie, d'après les auteurs Grecs et Latins : ûiÀ'.a, vitrum.

Il faut de nouveau insister sur la nécessité d'apprécier la valeur des faits. Beaucoup d'auteurs se bornent à les collectionner et, à lire leur exposé, on se figurerait la Grèce, l'Egypte, la Phénicie, engagées de très bonne heure, dans des relations commerciales très étroites et très actives. Ce sont là des anachrouismes; il faut faire redescendre de plusieurs siècles le tableau qui nous est tracé : le grand essor commercial et industriel en Orient commence à l'époque romaine ; alors seulement, il y a, dans le monde, un vaste marché et, pour les producteurs, une clientèle nombreuse et riche.

La Grèce, au V*" et encore au IV^ siècle, était trop pauvre pour pouvoir beaucoup acheter : elle achetait les choses nécessaires à un genre de vie simple; elle n'avait pas les moyens d'acquérir les choses utiles, ni surtout les choses superflues.

La Perse et la Lydie. Aristagoras de Milet (*) voulant persuader à Cléomène de passer en Asie, lui fait le tableau des richesses des pays soumis aux Perses. Il nomme l'or, l'argent, les étoffes de diverses couleurs, les bêtes de charge, les esclaves. Les Lydiens en particulier détiennent un pays fertile et où l'argent abonde. De fait, les tissus lydiens ont été célébrés par Aristophane (^).

calices vitrei, crystalla, ^u^Xo;, yj-p^^f^t, papyrus, charta, oôo'v.a, linum, vestes linese, lintea,xp£(j.aa-à tfr-îa, pendentia vêla, tapetia, Xt^avwTo;, -sTispi, pt^ai, x. t. X., tura, aromata et diversse species preciosse, et quid quid confert medicis Lagsea cataplus, IXscpa;, ebur, [i'.[iXt'a,libri, papyri volumina, |xûpa, unguenta, odores, jÏto; fruges unde [Roma] Constantinopolis et omnis Oriens pascuntur, laor/T,, salsamenta, àvopâ-ooa, Traîyv'.a, omnia mancipiorum gênera, Pharia de pube delicise.

(1) Hérod. V 49.

(-) Guêpes 1139. Elle a donc été fabriquée en Perse et achetée à Sardes. La scolie : etc Sàpôen; yàp eTrwXstxo xà Ilepcrixà tfjLatta.

On voit bien, s'écrie un personnage des G-uêpes, que tu n'es jamais allé à Sardes, sans quoi tu saurais ce que c'est qu'une pelisse. Le même écrivain vante les teintureries de Sardes ('). Leur célébrité remontait à l'époque d'Homère ('^), qui parle de l'habileté des femmes de Méonie à teindre l'ivoire. De la Perse venaient aussi des étoffes et des tapis (^).

U Assyrie fournissait des tapis et des parfums (^).

La Phrygie envoie des étoffes (Aristophane) (^).

On Ta vu, d'après Critias, VEtrurie aurait importé en Grèce les produits de sa métallurgie, et, à prendre son témoignage à la lettre, tous les objets d'airain utiles dans la maison. On cite aussi des chaussures tyrrhéniennes ("), mais l'adjectif vise-t-il autre chose que la forme ?

Dans l'inventaire du temple de Hera à Samos : x'.Owvôç A-joioi, Poil. VII 77 : ^apô'.avcxèç y-tiov et Hérod. II 105.

{•) Ach. 112 et Paix 1174 et la scolie.

(î) II. IV Ml.

(^) Tapis avec des animaux, Aristoph. Ran. 937. Ménandra, Ath. XI 484 D : ïlspa-.xal crroXai. Ct'. Ath. XI 525 C. Bûchsenschiitz 60. Ps. Arist. De mirab. auscultât. 96, édit. Didot IV p. 90 : la description de l't[j.aTtov d'Alkéménès de Sybaris ; il avait quinze coudées et portait les images des dieux entre deux bandes d'animaux, en haut ceux des Susiens, en bas ceux des Perses. Denys l'ancien le vendit 120 talents aux Carthaginois. Cf. Dumont Céramiques de la Grèce propre 109 et 110.

('j Paus. V 12, 4 : 'Ev oï 'OXjjxTiîa -apaTrÉ-raTixa spîouv xîxojijlî'vov 0'wa7[j.a7'.v 'AdT'jpîo'i; xal ^sccpr, Tiopoôpai; ttj^ <ï>o'.vi/.ci)v àvî'Orjxr/ \\:r.'<.rjyrj:,. Alexis, Poil. VI 104 : vapôo^ 8a|3'jXtovtaxv La Lydie fournit également des parfums, Bliimner Gewerbl. Thàtigk. 37.

(^^ Aristoph. Av. 493 : yXaTvav yàp aTrioXîj' 6 (jLoyO-rjpô? <I>p'JYitov spîwv o'.à toOtov. Scol. : sxsi yàp aTïaXà xal xaXà l'pta.

(♦■•) Cratinos, Poil. VII 86 : javÔàXta TuppTjv.xa.

Exportation de produits grecs en pays étrangers.

Je touche ici à un point du plus haut intérêt et qui mériterait à lui seul une étude approfondie. Tant de cités grecques étaient situées au point d'aboutissement des grandes routes commerciales : Marseille à la tête de la ligne du Rhône ; Cyrène qui commandait les voies vers l'Afrique ; Éphèse et d'autres villes de l'Ionie, d'où partaient les routes qui reliaient l'Asie aux côtes de la mer Egée ; plus tard, Alexandrie, le point de jonction de l'Asie et de l'Europe. Ces villes ont évidemment tiré parti de cette heureuse position ; mais quelle a été l'intensité de leur commerce ? Quels en ont été les objets et les procédés ?

Je n'hésite pas à répondre que l'industrie n'a que dans une très faible mesure, alimenté ce commerce.

Bien plus rares encore sont ici les mentions faites par les auteurs. La plus ancienne se trouve dans Ezéchiel : le prophète célèbre les richesses qui affluent, à Tyr, de tous les coins du monde et nomme le fer fabriqué qui vient delaGrèce('). Les poèmes homériques contiennent quelques allusions à ce commerce des métaux : dans l'Odyssée (^), Mentes, roi des Taphiens, se rend à Temesa (''), pour échanger du cuivre contre du fer. Dans l'Iliade (^), les Achéens se procurent du vin que des vaisseaux ont amené de l'île de Lemnos : ils donnent en

(1) Version des Sept. 27, 18 : Dan et Graecia et Mosel in nundinis tuis proposuerunt ferrum fabrefactum.

(5) Dans l'île de Cypre, Blûmner Technologie IV 60. (*) VII 472. ■

échange du cuivre, du fer, des peaux, des bœufs, des esclaves.

Théopompe assure qu'on trouve dans le lit du Naro en Illyrie de nombreux fragments de pots de Thasos et de Chio; ces amphores ont probablement contenu du vin (•). D'après un ouvrage attribué à Aristote (^), « il y a, à l'intérieur de l'Istrie, un marché où les navigateurs du Pont apportent du vin de Lesbos, de Chio, de Thasos et achètent des amphores de Corcyre ».

La poterie ordinaire ne pouvait être par elle-même un article d'exportation au loin, sauf chez quelques peuples encore fort primitifs : on dit ('') que les Phéniciens introduisaient les produits de la poterie athénienne jusqu'en Ethiopie. Ils apportaient encore des parfums, du verre d'Egypte : ils recevaient en échange, des peaux, de l'ivoire. Scylax décrit la manière toute primitive dont se fait ce commerce : les Phéniciens débarquent dans l'île de Cerné, y installent des tentes, puis ils chargent leurs marchandises sur de petites embarcations et les font passer sur le continent, où habitent les Ethiopiens (^).

Hérodote (^j nous apprend que deux fois par an, de toute la Grèce et de la Phénicie, arrive le vin renfermé dans des vases de terre.

(1) Strab. VII 5, 9.

(^) Ps. Arist. de mir. auscult. 110 : slva'. oè xottov sv to?ç àvà jjLiTOv O'.ajXTjtjLaa'.v, û^ ô'v àyopa? xo'.vf,; v'yoïxhriç TzcoÀsTaôa'. Trapà [jlèv Ttîjv £x Tou IIovTO'j stjLTTOooiV àva,3a'.vov-:cov zx A£<T[3'.a xal Xla, xal 0àata, Tiapà ôè -rôiv sx xou 'Aôpto'j toù; Kepxupaïxo'jç àfJLcpopsTç (TZiolzii^oL'.). Hésych. Kspx'jpoiot à[xcpop£Tç • zà 'Aôp'.ava xspajjLia.

(5) Scyl. Peripl. Geogr. Minor. I 112 : Ot oè <ï>otvrx£; l'fXTropo' cladcYO'jj'.v aùxo'.ç [j.'Jpov, Àt6ov AiyoTiTtav, aTcpou!;?, sçapàxTOu?, x£paij.ov 'Attixov xal yox>:i.

{*} Cf. Hérod. IV 196, la façon dont les Carthaginois font le commerce avec les indigènes de l'Afrique.

L'archéologie fait, de son côté, cette constatation : bien rares sont les vases grecs, trouvés au-delà des Alpes. Sans parler de ceux de Marseille, on cite une coupe, un canthare, une lécythe et deux fragments découverts en France, deux canthares découverts en Bavière et deux coupes aux environs de Stuttgart (^). Ajoutons Carthage : « Les fouilles du R. P. Delattre à Carthage ont eu ce résultat scientifique remarquable de faire savoir qu'au sein même de la grande colonie phénicienne, le commerce grec avait su faire pénétrer ses produits, et que ces produits étaient surtout corinthiens » (^).

Un fait curieux est celui que rapporte Plutarque : Alexandre-le-Grand trouva à Suse (331) une énorme quantité de pourpre; elle avait été fournie depuis 190 ans par la ville d'Hermione en Argolide à la cour des rois de Perse et n'avait pas perdu sa couleur ('').

Ces faits sont bien peu nombreux et évidemment la réalité les dépasse d'une façon notable. De combien? Cela n'est pas facile à dire. Je pense cependant que nous pourrons nous faire une assez juste idée des relations commerciales de la Grèce avec les pays barbares, de leur nature et surtout de leur influence sur le développement industriel, en interrogeant deux écrivains, que séparent plusieurs siècles, Hérodote et Strabon.

(^) Damont Mélanges archéologiques 125.

('2) Pottier Catalogue II 455.

(5) Alex. M. 36 : Ttopcpûpaç 'EpfAtovtxîî; eupsÔY^vai TaXavta Ttavrayj.T/Od'x. Cf. Ath. XII 539 : Alexandre ordonna aux villes de rionie et à Chio de lui en^oyrr une forte quantité de pourpre. Cf. 526 C (Théopompe) : grand usage de la pourpre à Colophon; un vêtement teint en pourpre valait son poids en argent; mille citoyens se promenaient dans la ville avec de semblables vêtements.

A Pépoque d'Hérodote, les Phéniciens apportent en Grèce les produits de l'Egypte et de l'Assyrie : cependant les Grecs eux-mêmes visitent l'Egypte. Les Carthaginois ont le marché de l'Afrique ; les Grecs paraissent avoir celui des régions du Pont, où ils vont chercher le blé : ils introduisent leur vin, avec les récipients qui le contiennent, en Egypte ; ce commerce est en partie aux mains des Phéniciens. Nulle part, on ne voit les commerçants grecs pénétrer dans l'intérieur des terres: les produits de ces régions arrivent par caravanes ou par la navigation fluviale jusqu'aux ports de mer où les marchands grecs vont les chercher. Il s'opère ainsi, par l'intermédiaire des Grecs et des Phéniciens, un échange des denrées des différents pays. Il n'y a pas, ou il n'y a que peu de commerce qui fasse circuler les productions de l'atelier et de la fabrique, qui soit l'auxiliaire et le stimulant de l'industrie. On doit se figurer par ci par là quelques points où l'activité commerciale s'est concentrée, des marchés où les barbares arrivent avec le blé, les parfums, parfois les métaux bruts, la laine, et où les Grecs et les Phéniciens apportent le vin, l'huile et d'autres denrées.

Nous franchissons brusquement, avec Strabon, un intervalle de plusieurs siècles et ce que nous remarquerons tout d'abord, c'est combien l'organisation commerciale, dans son ensemble, est demeurée semblable à ce qu'elle était autrefois. Ce qui domine, c'est toujours le marché. Les transactions commerciales se font dans de grandes foires à époques périodiques, comme les foires de Leipzig ou de Nijni-Novgorod. En Grèce même, elles coïncidaient généralement avec les fêtes religieuses ^') ; il en était probablement de même en pays barbare.

i) Infra, Livre II, Ch. II.

En Italie, deux ports étaient en possession des relations commerciales avec Rome : Ostie et Dicéarchie (*). Celui-ci était la tête de la ligne qui reliait Alexandrie avec l'Italie et Strabon remarque que l'Egypte exportait beaucoup plus qu'elle n'importait : " Quiconque aura été à Alexandrie et à Dicéarchie aura pu s'en convaincre, en voyant la différence du chargement des vaisseaux à l'aller et au retour et combien ceux qui sont à destination de Dicéarchie sont plus lourds et ceux à destination d'Alexandrie, plus légers „ (^). Dicéarchie était une ancienne ville grecque ; toutes les autres cités du sud de l'Italie étaient, à l'époque de Strabon, fort déchues. Strabon n'en cite aucune qui soit le siège d'un marché. Il mentionne 0 " le marché des Canusites, dans la région de Barium, sur le fleuve Aufidus à 400 stades de Barium, à quoi il faut ajouter 6 stades pour remonter jusqu'à l'emporium même „.

En Gaule, il vante l'activité commerciale de Marseille. Le sol, favorable à la culture de l'olivier et de la vigne, était pauvre en blé. Aussi, les habitants se portèrent-ils de préférence vers la navigation et le commerce maritime (^). Cependant, les grands marchés de cette partie de la Gaule sont Narbonne et Arles. La première de ces villes pouvait même être nommée " le port de la Gaule entière, tant elle surpasse les autres villes maritimes par l'importance et l'activité de son commerce „.

Les villes grecques de la Mer-Noire étaient mieux partagées : Strabon mentionne, pour leur prospérité,

(^) V 3,5 et 4,6.

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