Teinture à l'aide de l’indigo
L’indigo est fort employé pour la production des bleus. On peut, en effet, en modifier la nuance par des teintures subséquentes, ce qui permet d’obtenir une grande variété de tons.
Le bleu obtenu à l’aide de l’indigo est d’une remarquable solidité, aussi est-il encore appliqué malgré les difficultés qu’on trouve dans son emploi.
Quelle que soit la fibre que l’on veuille teindre, l’indigo y est fixé à l’état d’indigo blanc qui, par oxydation à l’air (déverdissage), se transforme en indigo bleu.
1° Teinture du coton. — Pour la teinture du coton (coton filé et coton brut), on emploie généralement les cuves à la couperose.
Pour 25 kilogrammes de coton à teindre par jour, on emploie neuf cuves de 600 litres environ, constituant une
tournée , et qui sont desservies par un ouvrier ; on les désigne suivant l'intensité de coloration qu’elles peuvent donner au coton, sous les noms de :
Déblauchiss 'uses . 2 cuves.
Fortes déblanchisseuses . 2 —
Sous-corseuses . 2 —
Corseuse . 1 —
Finisseuse . 1 —
Cuve au rable (en préparation) . 1 —
9 cuves.
Le chargement d’une cuve se compose de :
Indigo. . . .
Chaux vive.
Couperose. .
L’indigo, avant d’être mis dans les cuves, doit être moulu en poudre fine, ce qu’on réalise à l’aide de moulins spéciaux dont la figure 13 représente un des nombreux modèles.
On met d’abord dans le bain de teinture l’indigo, puis la chaux et enfin le sulfate de fer (couperose) préalablement dissous; on agite (palier) pendant cette opération avec un rable. On laisse reposer deux heures, puis on agite de nouveau, toutes les deux heures, pendant la première journée; le second jour, on agite toutes les quatre heures; de même pour le troisième jour, et on laisse reposer ensuite vingt -quatre heures pour commencer le travail sur cette cuve.
Tous les quatre jours, en marche régulière, on entame une nouvelle cuve, et on vide la cuve la plus appauvrie (première déblanchisseuse) qu’on remonte à nouveau, on dit alors qu’on marche en neuf ou en 'premier paliment.
4 kilogrammes.
TEINTURE A L’AIDE DE L’INDIGO
Tassart, Teinture
Dans les grands ateliers, où l’on a un assez grand nombre de cuves, on doit diviser en quatre le nombre des tournées pour avoir chaque jour des cuves neuves, afin de pouvoir toujours faire facilement les nuances les plus foncées.
Avant de teindre les cotons, on les débouillit à l’eau pendant six heures pour les cotons filés et deux pour les cotons bruts, et on dérougit (rince) après ce débouillage.
Les cotons filés sont ensuite disposés sur des bcâtons sur chacun desquels on met 1 kilogramme, de coton divisé en deux tords ou teurs ; chaque teur est divisé en deux pentes de 250 grammes; les échevettes constituant chaque pente sont reliées par une ficelle (corde à dépente?').
On divise les 25 kilogrammes à traiter en quatre parties ou passes ; on teint l’une après l’autre les deux premières parties sur la première déblanchisseuse, les deux autres parties sur la deuxième déblanchisseuse.
Les parties traitées sur la première déblanchisseuse passent ensuite sur la deuxième forte déblanchisseuse ; celles traitées à la seconde déblanchisseuse vont à la première forte déblanchisseuse.
Les passes par groupes de deux vont ensuite sur les sous-corseuses; celles qui venaient de la première forte déblanchisseuse vont sur la seconde sous-corseuse, celles venant de la seconde forte déblanchisseuse vont à la première sous-corseuse.
Toutes les passes vont ensuite terminer sur la corseuse et la finisseuse, en sorte que la matière à traiter ne passe que sur cinq cuves.
TEINTURE A L’AIDE DE L’INDIGO
1 déblanchisseuse.
1 forte déblanchisseuse.
1 sous-corseuse.
1 corseuse.
1 finisseuse.
Les bâtons portant les écheveaux sont placés avec précaution sur les cuves, alin de ne pas trop les agiter, ce qui mettrait le dépôt en suspension. On donne deux tours aux écheveaux en faisant trois aires entre chaque tour. Sur la corseuse, on ne donne qu’une aire entre chaque tour.
Sur la finisseuse, les écheveaux sont plongés à la main, un teur à la fois. Suivant la nuance à obtenir, on prolonge plus ou moins l’immersion, et les façons différentes dont on termine prennent les noms de : cabriole, double cabriole , un tour sur place, deux tours sur 'place.
Le dessus des cuves étant recouvert de fleusée, mousse cuivrée contenant du carbonate de chaux et de l’indigo, avant de teindre on doit l’enlever; on se sert pour cela d’un instrument en bois appelé écrémeuse, figurant assez bien un grand couperet.
Les bleus d’indigo reçoivent, après teinture, un léger avivage à l’acide sulfurique à 1/4° B. et sont ensuite lavés et séchés.
En sortant de chaque cuve, le coton a une teinte jaune verdâtre plus ou moins foncée, suivant le nombre de cuves sur lesquelles il a déjà passé, et ce n’est qu’à l’air que la teinte bleue se développe complètement (oxydation de l’indigo blanc et transformation en indigo bleu). Afin de ne pas perdre le bain qui imbibe les écheveaux, on les tord à leur sortie des cuves au-dessus d’un baquet dans lequel
100 TEINTURE A L’AIDE DES MATIÈRES VÉGÉTALES tombe le liquide, qu’on remet dans la cuve d’où il provient.
Les chevilles qu’on emploie à cet usage doivent être préférablement en fonte, le bois s’altérant rapidement à cause de l’alcalinité du bain qui les mouille constamment.
Pour les nuances fines, qui doivent avoir un reflet cruivré assez prononcé, on donne souvent au coton un pied de rocou, et l’on teint en indigo sur ce pied comme à l’ordinaire.
On remonte parfois les bleus d’indigo par un simple passage à froid dans des solutions aqueuses suffisamment concentrées de bleu d’aniline (bleus spéciaux pour remontage, bleu de Guinée); on fait quelquefois même, pour terminer, une teinture en bleu de Prusse.
On a monté des cuves au chlorure de fer et à la chaux ; les résultats obtenus étaient même assez satisfaisants, car on évitait le dépôt de sulfate de chaux, toujours gênant, mais ces cuves montées dans certaines industries du Nord, pendant la guerre de 1870-71, à cause du manque de sulfate, ont été abandonnées par suite de leur action corrosive sur l’épiderme.
Les cotons bruts se teignent d’une façon analogue : on met dans les cuves des paniers en tôle galvanisée, ne descendant pas jusqu’au dépôt de sulfate de chaux qui occupe toujours le fond de la cuve, et on y place le coton ; entre chaque passage, le coton doit être déchiré à la main ou passé à l’essoreuse.
Le coton brut ne peut être teint de cette façon que lorsqu’il est destiné à être filé avec de la laine, les machines de filature de coton ne pouvant alors le traiter, tant il est dur et cassant.
TEINTURE A L’AIDE DE L’INDIGO 101
Les tissus de coton se teignent souvent dans des cuves à roulettes.
Dans ces cuves, le tissu passe alternativement sous un rouleau placé au fond de la cuve et sur un rouleau placé en dehors, de façon que le parcours effectué à l’air soit au moins égal à celui effectué dans la cuve. Après un certain nombre de circuits, le tissu sort complètement teint à l'extrémité de la cuve où il est essoré entre deux rou leaux presseurs.
2° Teinture de la laine. — Les cuves qu’on emploie pour la teinture de la laine diffèrent de celles destinées à la teinture du coton.
L’une des plus employées, la cuve allemande , est montée avec 2 kilogrammes carbonate de soude en cristaux, 20 kilogrammes de son, 10 kilogrammes d’indigo broyé; on chauffe la cuve à 55° G., on pâlie fortement la cuve et au bout de douze heures on ajoute, alors que la fermentation commence, 1 kilogramme de chaux éteinte. Le lendemain, on ajoute à la cuve les mêmes ingrédients, dans les mêmes' proportions, et l’on peut commencer à travailler 24 heures après. C’est le son qui, par la fermentation, réduit l’indigo en indigo blanc, maintenu en solution par la soude.
Un autre genre de cuve, dite cuve à la mêlasse, se monte avec : 3 kilogrammes de garance, 75 kilogrammes démêlasse, lks,500 de chaux; douze heures après, on ajoute 8 kilogrammes d’indigo finement broyé, et vingtquatre heures après on ajoute 500 grammes de chaux.
Les bleus de cuve sur laine sont souvent employés comme pied, et l’on remonte ces nuances soit au cam-
]02 TEINTURE A L’AIDE DES MATIÈRES VEGETALES pêche, pour obtenir des bleus mauves ou des noirs, soit au quercitron ou à la gaude, pour obtenir des verts.
3° Teinture de la soie. — La cuve employée est dite cuve d'Inde et se prépare de la façon suivante :
Pour 1000 litres d’eau, on prend 7 kilogrammes de carbonate de potasse ou de carbonate de soude, 2 kilogrammes de son et 2 kilogrammes de garance; on ajoute ensuite l’indigo broyé (5ks,500 environ), on pâlie fortement et on chauffe la cuve à tiède, on l’agite toutes les douze heures jusqu’à ce qu’elle soit bonne pour le travail, ce qu’on reconnaît à la teinte jaune veinée de bleu du bain, ainsi qu’aux plaques cuivrées qui recouvrent la surface.
La soie se teint difficilement en nuances foncées à l’aide de l’indigo, aussi lui donne-t-on souvent un fort pied d’orseille avent de procéder au passage à la cuve.
On remplace parfois le pied d’orseille par un pied de cochenille, dans ce dernier cas même la nuance étant plus solide.