‹ L'industrie Du Brome: Contribution A L'étude D'une Nouvelle Méthode Industrielle De Préparation Du Brome Par Traitement Direct De L'eau Des Mers Ou Des Eaux Minéraux De Faible Concentration En BromureChapitre 4 sur 33 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

C’est en 1826 que le chimiste français, BALARD, isvla le Brome des lessives de cendres de varech et des eaux

mères des marais salants, au cours de recherches sur l’iode,

découvert par Courrois quelques années auparavant. Cuvier, alors secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, s'exprime ainsi dans son rapport au sujet de cette importante découverte :

«M. BALARD, préparateur à la Faculté des Sciences de

Montpellier, en traitant par le chlore la lessive des cendres

de fucus, et l’eau mère des salines, et en y ajoutant de la solution d’amidon, comme on le fait pour reconnaître l’iode, s’aperçcut qu’outre la matière bleue, produite par l’union

de l’iode et de la solution d’amidon, il se montrait une

matière d’odeur vive et d’un jaune orangé, d'autant plus intense que le liquide qu’il observait était plus concentré. En versant sur le mélange de l’acide sulfurique étendu d’eau, enfin en recueillant encore les vapeurs qui se dégagent, ses propriétés semblent annoncer un principe particulier. On peut obtenir séparément cette matière, soit en distillant l’eau mère après action du chlore, et en condensant par le froid les vapeurs rutilantes qu’il fournit, soit par un procédé plus compliqué mais plus productif, en l’enlevant à l’eau par l’éther, à l’éther par la potasse, et en mêlant cette potasse avec du bioxyde de manganèse. En masse, elle paraît d’un rouge foncé. Sa liquidité se conserve jusqu’à 18° au-dessous de zéro, elle est très volatile

BROMZ L

et bout à 47, son odeur ressemble beaucoup à celle 4 chlore.

« L'auteur lui a donné le nom Brome, tiré de Bromos, mauvaise odeur. »

Tout d’abord, Bacarp l’avait surnommé Muride, de Muria, saumure. ;

«Ce nom, disait-il, me paraissait SAR propre à caractériser son origine, et à à représenter la principale circonstance de son Histoire: naturelle, qui se lie à sa découverte; il est euphonique et se prête à merveille à la formation des dénominations composées que nécessitent ses combinaisons. »

Ce n’est que sur les instances réitérées de Gay-Lussac que BALARD consentit à adopter le mot Prome.

En Allemagne, Joss et LirBiG l’avaient entrevu quelque temps auparavant, sans toutefois l'identifier. On rapporte à ce sujet l’anecdote suivante :

LIEBIG reçut un jour d’une saline de l’Allemagne, un flacon renfermant un liquide lourd, rouge brun, dégageant à l’air des vapeurs suffocantes, qu il pre pour du chlorure d’iode. |

Ce n’est que plus tard, en apprenant la découverte de BaLARD, qu’il eut l’idée de se reporter à son échantillon et qu’il reconnut sa méprise. [Il plaça-alors le flacon dans une armoire spéciale de son laboratoire appelée par lui « armoire des erreurs », qu'il ne manquait jamais de montrer à ses nombreux visiteurs, en insistant sur ce fait qu’il suffit d’une minute d’inattention pour perdre le bénéfice d’une importante découverte.

La production du Brome prit rapidement une assez grande extension en France, où on le retirait des eaux mères des salines du Midi, et des lessives des cendres de varech, après l’extraction de l’iode dans les usines de Bretagne. On en retira même à cette époque des eaux de la mer Morte, à la suite de l'expédition scientifique d’un officier de la marine américaine, le lieutenant Lyncx. Le 18 avril 1847, cet officier pénétra dans la mer Morte par le Jourdain, à bord d’une petite embarcation, et la parcourut entièrement, malgré les multiples dangers que présentait une semblable entreprise. Dans un échantillon

d’eau rapporté par LYNcH, BOUSsINGAULT trouva une proportion de Brome correspondant à une teneur de 3 ou 4 kilos par mètre cube.

A la même époque, d’abondantes sources de Brome furent découvertes et exploitées avec succès en Amérique, en Pensylvanie, en Virginie et dans l'Ohio; cette industrie se localisa plus tard dans le district de Michigan.

En Allemagne, le Brome fut tout d’abord obtenu comme sous-produit aux usines de Kreuznach, Mensalwerck, près de Minden et de Schünbeck. Les salines de Theodorshall sont particulièrement riches en Brome, elles en renferment plus de 900 grammes par mêtre cube. Cependant, cette industrie resta stationnaire, jusqu’au jour où REICHARDT signala la présence de ce métalloïde dans les sels de potasse de Stassfurt. Cette réserve inépuisable de Brome a.été mise en valeur pour la première fois par le Dr Franck, en 1865, et depuis cette époque, l’industrie du Brome prit un tel développement en Allemagne, que la production, qui était de 750 kilos la première année, passa à 20 tonnes en 1870, puis à 600 tonnes en 1900. La production actuelle dépasse 1.000 tonnes, alors que la production américaine, après avoir atteint le chiffre de 550 tonnes en 1904, n "était plus que 300 tonnes en 1914.

Avant la guerre, l’industrie des matières colorantes synthétiques consommait annuellement des quantités considérables de Brome, sous forme de bromure d’éthyle, de méthyle, d’amyle et d’éther bromo-acétique, aussi peut-on dire que le développement de l’industrie du Brome en Allemagne est un indice certain des immenses progrès réalisés par nos ennemis dans l’industrie des matières colorantes.

Après l’année 1870, l’industrie du sel prit en Amérique une telle extension qu’il en résulta une surproduction de Brome. Le Brome américain avait supplanté le Brome allemand sur le marché anglais. Son prix était tombé de 3mk 60 à 1 mk 60.

Cependant jusqu’en 1904, la concurrence ne se fit pas trop sentir sur les marchés d'Europe, et ce n’est que lorsque le Brome américain, passant par Londres, menaça de supplanter partout la production allemande, qu’une

lutte commerciale très vive s’engagea entre les à de la « Bromkonvention von Stassfurt Lieopoldshall »

J « Associated American Producers ». Cette lutte se ie mina par une entente entre les deux ‘groupements ne pad ducteurs. U

Quelques ‘années plus ar: en 4909, à la suite de nouvelles difficultés créées par du concurrence américaine aux producteurs allemands, sur les marchés d'Europe, la lutte reprit plus âpre, le cours du Brome tomba à 0 mk 70, ile plus bas qu’il ait jamais atteint. La lutte se termma cette fois par la fusion des deux groupements. Le prix Brome dat alors fixé à 1 mk 60.

-Gette association internationale, dirigée par “un conseil de dix-huit membres, réglait la production et la vente du . Brome dans le monde. L'Allemagne s’était tout -spéciale-

ment réservé les marchés anglais et français.

Cette puissante organisation commerciale a été. Rd dès le début des hostilités.

En France, l’industrie ‘du Brome :n tn a + pas survécu au coup que lui avait porté la découverte des gisements bromifères de Stassfurt. Depuis de longues années, nous recevions exclusivement de l’Allemagne ce produit chimique, aussi dès l’année 1915 dûmes-nous demander aux usines américaines le Brome qui nous manquait totalement. Mais, en raison des besoins toujours plus grands et aussi de J’incertitude et de l’irrégularité des ‘envois d'Amérique, la création d’usines ‘pour la préparation du Brome ne tarda pas à s'imposer chezmous et chez nos allés.

Une proposition de loi déposée à la Chambre de 5 août 1915 par M. Viollette, député, en vue de la création d’une usine d’État pour la récupération du Brome des cendres de:plantes marines, ne fut:pas prise en considération. Cette proposition, basée sur une documentation erronée, dénotait d’ailleurs, chez son auteur, une ignorance complète de la question.

Pour cette fabrication, nous ne OU io disposer, comme source de Brome, que des premières eaux mères de la fabrication du sel, aux salines du Midi, de nombreuses sources minérales plus ou moins bromurées, et de l’eau des mers, elle-même, cette réserve inépuisable de Brome.

C’est le résultat de mes travaux, entrepris au cours des années 1915 et 1916, dans le but d’isoler pratiquement et directement le Brome de l’eau des mers, que je me propose de développer dans cette thèse, heureux'si, plus tard, elle a pu servir de base, pour des recherches plus complètes

dans la même voie, aux chimistes et industriels que la question intéresse. ù

Ce travail comportera deux chapitres : dans le premier,

je me propose de décrire les méthodes chimiques et élec-

trolytiques, des plus anciennes aux plus récentes, em-

ployées dans les usines allemandes de Stassfurt. J’indiquerai ensuite les différents procédés de raffinage du Brome brut, la fabrication du bromure de fer qui est la base de la préparation des bromures de potassium et de sodium, et qui constitue, à elle seule en. Allemagne, une importante industrie. J’indiquerai ensuite ies différentes méthodes d'analyses et de contrôle industriels les plus couramment utilisées.

Des renseignements précis sur les emplois du Brome dans la grande industrie, et des données d’ordre commercial concernant la vente du Brome en Allemagne, termineront ce chapitre.

Dans le second chapitre, après une revue sommaire des différents gisements bromifères du sous-sol de la France, je décrirai la méthode que j'ai imaginée et mise au point pour la récupération du Brome de l’eau des mers et, en général, des eaux minérales faiblement bromurées, puis, un procédé pour la préparation électrolytique de l’hypochlorite de soude, utilisé comme source de chlore, pour déplacer le Brome dans cette nouvelle méthode d'extraction.

Je donnerai ensuite, sous forme de tableaux synthétiques, les résultats d’une série d’expériences type; faites sur plusieurs milliers de mètres cubes d’eau de mer.

Je terminerai ce chapitre par une étude comparative des prix de revient du Brome récupéré :

.40 De l’eau de mer;

20 Des premières eaux mères de cristallisation du sel;

30 Des eaux mères résiduaires de cristallisation du chlorure de potassium.

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