‹ L'industrie et le commerce de l'EspagneChapitre 56 sur 70 · tonnes · texte numérisé non relu

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Les statistiques espagnoles sont si mal conçues et si peu nombreuses qu'il est impossible de dire exactement quel est le nombre des Sociétés minières qui exploitent en ce moment les mines d'Espagne. Ces Sociétés, pour la plupart françaises, anglaises ou belges par les capitaux, sont dans une situation prospère ; mais leur siège social est à Paris, ou à Londres ou à Bruxelles, rarement à Madrid.

Le nombre des usines de bénéfice (hauts fourneaux) est connu : il est, d'après les statistiques officielles, de 126 usines en activité en 1898, et de 97 en non activité.

Quant aux fonderies, fabriques de fil de fer, usines métallurgiques de tous genres, il y en avait 218, d'après les listes de la contribution directe du ministère des finances en 1895.

Il est bien aride de chercher à réunir des chiffres statistiques, lorsque les données les plus simples manquent ; après beaucoup de recherches, on risquerait toujours de donner des chiffres

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faux et inexacts. De l'avis de personnes compétentes, les statistiques des rendements des mines et des quantités de métaux sortant des usines de bénéfice sont sujettes à caution et dmnent des chiffres bieti au-dessous de la réalité, à cause de ht fraude et des déclarations mensongères faites au fisc espagnol par les Sociétés ou les chefs des exploitations minières et les directeurs des usines.

Il faut donc se contenter de ce que nous avons pu recueillir : c'est encore ce qu'il y a de plus complet jusqu'à ce jour sur les mines et l'industrie minière en Espagne, et ces statistiques officielles donnent un aperçu de l'immense richesse du sous-sol de ce pays (1).

Ce qui paralyse le plus le développement de l'industrie minière, c'est le manque des moyens de transport ; il est des régions où les mines abondent et où on ne les dénonce pas, à cause de l'impossibilité où l'on serait de les exploiter, faute de chemins de fer, de canaux, souvent même de simples routes.

Il faut attirer l'attention des Français sur le réveil qui néanmoins se produit en Espagne dans cette branche de l'industrie : partout où les moyens de communication sont aisés, où l'exploitation est possible, les ingénieurs espagnols étudient les centres miniers. Ils ne sont pas seuls, d'ailleurs; beaucoup d'ingénieurs anglais et belges se livrent à des travaux d'étude fort considérables pour le compte des Sociétés ou des banques de Bruxelles

(1) Le ministre des travaux publics a publié, par les soins de la direction générale d'agriculture, industrie et commerce, les statistiques minières de l'Espagne en 1900 et j'y trouve les données suivantes sur les mines de houille et lignite. 11 y a en Espagne 477 concessions minières de houille en exploitation avec une superficie de 26,657 hectares et 58 concessions de lignites en exploitation avec une superficie de 2,516 hectares. Il y a de plus 1,519 concessions minières de houille dûment enregistrées et ayant une superficie de 87,720 hectares qui ne sont pas encore exploitées et 403 concessions de lignite ayant une superficie de 17,616 hectares également non exploitées pour les mêmes motifs en général, l'insuffisance des moyens de transport et de communication. La majorité des mines de charbon et de lignite sont exploitées par des capitalistes espagnols, ou des compagnies de chemins de fer.

et de Londres. Les ingéuieiH^ fiançais, sans abandonner complètement ce champ o&Vevt â leur activité, sont moins nombreux que les autres en ce moment, et il semble que les capitaux français ne se rendent pas compte de l'avenir fort brillant qpto attend les entreprises minières de l'Espagne

Les chiffres du- rendement des mines et de la production des hauts fourneaux pour 1899 ne seront pas réunis avant la fin de 1900; mais dès maintenant on peut affirmer hautement que les industries minières ont vu se développer grandement leur production en 1899 (1).

Le mouvement en avant se poursuit avec une persistance de bon augure; en certaines parties de l'Espagne, dans les Asturies et la Galice, dans les provinces basques, une véritable fièvre s'est emparée de l'industrie sidérurgique.

Dans les Asturies, onaffirme que l'usine Felguera a produit cette année 8.000 tonnes de pièces de fer ; celle de Mieres aurait produit 16.000 tonnes de fer. Beaucoup d'usines et de fonderies sont en construction : à Bilbao, à Santander,. on a

(1) La consommation et la production de charbon et de jcoke en Espagne. — La consommation a été de 4,002,946 tonnes de combustibles minéraux en 1897, de 4.014,979 tonnes en 1898, de 4,609,421 en 1899. Sur le total de 1899, il y avait 1,584,999 tonnes de houille étrangère et 290,217 tonnes de coke étranger. La production de houille espagnole des mines des provinces de Burgos, Ciudad-Real, Cordoue, Gerone, Léon, Oviedo, Palencia, Séville s'est élevée à 2,672,194 tonnes. Les mines de lignite ont donné 70 195 tonnes. La province d'Oviedo seule figure sur ces chiffres pour 1,604,028 tonnes.

La production du coke dans les mines de charbon et usines de

fer s'élève en 1899 n 351,901 tonnes, et les usines de gaz ont donné

170,000 tonnes de coke. La production d'anthracite dans la même

•année a été de 100,300 tonnes et celle des agglomérés 386,666 de

tonnes.

Les statistiques de la direction générale des douanes pour les huit premiers mois de 1898, 1899 et 1900, récemment publiées, nous montrent que les importations de houille ont été respectivement de 816,632 tonnes valant 24 498.260 piécettes, 1,064,848, valant 36,646,300 et 1,094,438 valant 37,121,140. Les importations de coke ont été en 1898, de 180,404 tonnes valant 4 812,120 piécettes ; en 1899, de 156,486 valant 5,344,848; en 1900, de 132,584 valant 4,522,421.

. fondé des banques au capital de 10 et 1 5 millions pour développer las industries du pays.

Les Asturies et la Galice présentent en ce moment aux regards du voyageur le spectacle d'une prospérité naissante; grâce à l'abondance des raines — (il s'en découvre tous les jours de nouvelles) — grâce à la Providence qui a placé les mines de bouille à côté des gisements de fer, de plomb, de cuivre, de zinc, etc., cette région réunit toute les conditions les plus favorables pour l'installation des grandes industries sidérurgiques.

Les moyens de transport sont faciles à installer dans ces provinces, grâce à la proximité de. la mer, et les chemins de fer à voie étroite, déjà construits et en construction, feront de cette région la -mieux desservie de toute l'Espagne.

Les Anglais, qui sont des gens pratiques et qui savent apprécier les pays à leur juste valeur, jettent depuis longtemps les yeux sur ces provinces de l'Espagne : depuis la dernière guerre surtout, ils s'intéressent plus que jamais aux affaires des Asturies et de la Galice, et, bien que leur action ne soit pas sortie du domaine du commerce et de l'industrie, ils ont éveillé la méfiance et les suspicions des Espagnols qui préféraient de beaucoup voir des capitaux français ou belges exploiter les richesses du sous-sol de leurs provinces.

La France qui, par ses capitaux, a tant fait pour la mise en valeur de l'Espagne, qui a créé les lignes de chemins de fer les plus importantes, qui a une grande part dans les plus belles entreprises minières et industrielles de ce pays,, peut et doit considérer qu elle s'est acquis des droits à coopérer au grand mouvement qui se dessine dans les industries minières et sidérurgiques.

En mettant sous les yeux de nos industriels et de nos capitalistes les chiffres £t les documents de ce rapport, nous n'avons d'autre prétention que d'accomplir notre devoir de vedette des intérêts français.

La concurrence étrangère, aussi bien en France qu'à Texte-

rieur, ne doit jamais être considérée comme un mal, mais comme un stimulant et un aiguillon. Piquons-nous d'émulation et, si nous voulons empêcher nos rivaux d'accaparer à notre détriment de grandes sources de richesses, il suffît de nous lancer résolument dans l'arène, d'y lutter de vitesse et de hardiesse avec eux.

Puisqu'il y a des places à prendre, prenons-les les premiers : c'est le plus sûr moyen de n'avoir pas à les disputer ensuite.

^JBHWF**

L'Industrie Sueviève

Rapport adressé le 15 mars içoô à M. le Ministre du Commerce et de l'Industrie de la République française^ par M. Gaston Routier, Chargé de Mission en Espagne.

L'Industrie sucrière en Espagne.

La perte de Cuba et des Philippines aura été peut-être un bienfait pour l'Espagne : déjà en 1820 et 1825, la perte de ses colonies du Centre et du Sud-Amérique, proclamant leur indépendance après deux siècles de domination trop rigoureuse, avait paru secouer les Espagnols de leur torpeur et réveiller leur activité commerciale et industrielle.

Aujourd'hui que les derniers débris du plus vaste empire colonial des temps passés sont ravis à l'exploitation exclusive, et, il faut le dire, maladroite et vexatoire qu'en faisaient les Espagnols, on semble comprendre dans la Péninsule qu'il serait beaucoup plus sage de ne plus chercher si loin ce que l'on a tout près de soi, et on aperçoit, après des siècles d'insouciance, que le sol si riche et si fertile de la mère-patrie peut fournir en abondance des produits que l'on avait accoutumé de tirer d'au-delà des Océans.

Déjà les provinces de Malaga, Grenade, Jaèn, Se ville, Murcie, Alicante, Huelva se remuent énormément pour obtenir du gouvernement espagnol l'autorisation de se livrer à la culture du tabac. Des essais faits en divers endroits, où le climat et le terrain sont très convenables, ont permis de récolter des tabacs excellents, analogues comme qualité aux meilleurs de la Havane et qui n'ont plus besoin que d'une préparation savante pour devenir des cigares magnifiques.

L'industrie sucrière, qui était déjà installée en Andalousie, eu de nombreuses usines fabriquaient du sucre de canne et un peu de sucre de betteraves, a pris, en l'espace dé treize mois, un développement et un essor extraordinaires. On peut même dire que les Espagnols ont en ce moment un engouement sans pareil pour la fabrication du sucre : on constitue avec une véritable fièvre des sociétés anonymes puissantes dans tous les coins

de l'Espagne et on bâtit des fabriques de sucre qui, si cela continue, pourront non seulement satisfaire à tous les besoins de la consommation locale, mais encore exporter des sucres raffinés.

(Jette situation de l'industrie sucrière en Espagne mérite d'être étudiée avec soin, car elle ne laisse pas de présenter certains périls pour l'avenir, tout en devant être une source de prospérité pour le pays. Il est évident que le désir de protéger les planteurs de Cuba et des Philippines avait empêché jusqu'à ce jour de donner à la culture de la canne à sucre et de la betterave dans la Péninsule les encouragements qu'elle méritait. Jusqu'à ces dernières années, on peut même dire que la culture de la betterave était inconnue en Espagne et que la culture de la canne à sucre avait dû lutter contre une foule d'influences adverses avant de parvenir à obtenir une autorisation officielle et une légère protection contre les sucres des colonies. Cuba et les Philippines passant aux Etats-Unis, les habitants des provinces de Grenade et de Malaga se sont empressés de profiter de la disparition de leurs concurrents les plus terribles et les fabriques existantes de sucre de canne et de betterave de cette région ont réalisé Tannée dernière (1899) des bénéfices énormes.

Cela a suffi pour exciter l'émulation et l'envie de tout le restant de l'Espagne, d'autant plus qu'on s'est vite aperçu que les immenses terres encore incultes de l'Aragon, deCastille, d'Estramadure pouvaient donner des betteraves d'excellente qualité, petites, mais très riches en matières sucrées. Avec les progrès que réclame l'agriculture dans toute l'Espagne et qu'elle ne peut manquer de faire tôt ou tard, on peut prévoir que la culture de la betterave sera une source de richesse pour des régions aujourd'hui moins peuplées que les steppes de la Russie et cependant placées sous le plus beau climat de l'Europe.

Toutes les fabriques de sucre d'Espagne ont produit en 1898, d'après les chiffres fournis par les statistiques des expéditions par chemins de fer et par le cabotage, les quantités suivantes :

Expédition» par chemins Expéditions par la 4e fer. cabotage.

Sucre de cange et çte betterave, {H , 103 to nnes. 24,74 8 tanne». Total """"" 55.851 tonnes.

Cette production ne peut être considérée que comme un minimum, car M. Viljaverde, ministre des finances, écrit dans son Rapport qu% Coriè* du 46 juin 1899 : « Les chiffres de ces statistiques (que nous venons de détailler ci-dessus) s'éloignent beaucoup de la réalité, car i|s ne sont pas complets ; jl manque les quantités consommées dans les villes et territoires où sont enclavées les fabriques et les chiffres des quantités expédiées par les grandes routes; et, par conséquent, la production totale doit être nécessairement beaucoup plus élevée, et on ne s'aventurera pas beaucoup en l'estimant entre 60 et 65,000 tonnes (de sucre raffiné). »

Quelle est la consommation, du sucre en Espagne ? M. Licht de Hambourg, fixe à 4 kil. 280 gr. par tête et par an la consommation du sucre raffiné en Espagne, ce qui ferait un total (Je 77.040 tonnes par an pour 18 00Q.00Q d'habitants. Ce chiffre est sûrement inférieur à la réalité, noua déclare M. Navarro Reverter, ancien ministre des finances, qui estime que la consommation du sucre en Espagne varie entre 90.000 et 100,000 tonnes par an.

Ces chiffres sont dignes d'être acceptés comme véridiques, étant donnée la source très autorisée dont ils émanent ; il est çertajrç d'ailleurs que la consommation, du sucre ne pourra qu'augmenter en Espagne, la consommation moyenne par tête dans les principaux pays étant de 13 kilos ou plus de trois fois cel}e des Espagnols.

La production du sucre daps le monde entier a été en 18974898:

Sucre de canne , . . 2.527*000 tonnes.

Sucre de betterave 4. 700. 000 tonnes.

Total ,,,.. 7.227.000 tonnes.

Cette effrayante quantité de sucre raffiné a tout juste suffi aux besoins de la consommation, qui dans les trois dernières années économiques a atteint les chiffres ci -dessous :

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