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CHAPITRE VIII

DE L1NFAILLIBILITE

DU SAINT-SIEGE EN MATIERE DE FOI , OL DE I FAILLIBILITE DU PAPE ENSEIGNANT LEGLISE EX CATHEDRA.

Celte infaillibilite est une verite certaine appuyee sur la revelation , ou coritenue dans la parole de Dieu ecrile et traditionnelle ; une verite liee inseparablement a des ve'rites de foi, a des dogmes definis ; une verite sans laquelle la conduite publique de FEglise serait inconciliable avec les promesses de Jesus- Christ.

V infaillibilite du Pape enseigjiant EX CATHEDRA, c'est.-a-dire enseignant FEglise en inatiere defoi, est une verite certaine appuyee sur la revelation ou contenue dans la parole de Dieu ecrite et traditionnelle *

80 DE L'MFAILLIBILITE

C est aux Calholiques que nous parlous direclenient ici. Pour leur demontrer que Tinfaillibilite du Pape est une verite certaine , il nous suffira done de la leur faire voir evidemmentappuyee surla revelation, ou conlenue dans TEcriture et dans la tradition de toutes les Eglises. Les acatholiques apprendront neanmoins en nous lisant , que si le prochain Concile definit Finfaillibilite pontificale 3 il ne definira qu'une croyance aussi ancienne et aussi catholique que TEglise elle-meme.

Mais avant d'en donner les preuves , il faut prevenir tout malenlendu.

II ne s'agit done nullement ici de Timpeccabilite, mais de Tinfaillibilite.

II ne s'agit pas non plus du Souverain Ponlife com me personne prive'e ou cornme docteur prive , lei que le fut , par exemple, Benoit XIV dans bien de ses ouvrages , ou tel que le fut Gregoire XYI dans Le Triomphe du Saint-Siege (\ ). Non, il s'agit du Pape considere comme Pape, comme successeur de Pierre , comme chef de TEglise et docteur de lous les chretiens ; en un mot , il s'agit de Tinfaillibilite du Saint-Siege ou du Pape parlant ex cathedra , c'est-a-dire

(1) Gregoire XVI publia cet ouvrage avant son aveneraent au Saint-Siege, mais il le reedita sous son pontificat.

cornme supreme puissance enseignanle. 11 ne s'agit pas non plus de toutes les paroles du Pape , ni de toutes ses decisions , par exemple de celles qu'il adresse a quelque fidele ou a quelque Eveque en particulier , comme le fit Honorius dans sa lettre a Sergius de Constantinople , mais il s'agit des decisions que le Pape adresse a toute TEglise , ou du moins dans une forme qui fait comprendi e qu'il parle pour loute TEglise (1). La comparaison d'une lettre particuliere d'un Roi et d\m arrete royal rendra la chose sensible aux gens du monde.

Enfin, il ne s'agit pas de decisions ou de jugements qui concernent les personnes ou les questions de fails purement personnels , mais des jugements qui concernent les doctrines , c'est-a-dire qui ont pour objet des questions de foi ou de morale , et dans lesquels une doctrine est definie comme devant etre acceptee , en tant que conforme a la foi et aux bonnes mceurs , ou comme devant etre rejetee , en tant qu'opposee a la foi et aux mceurs. (Test ce que nous avons explique deja au Chapitre IV, ou tout ce que nous avons dit de Tobjet de Tinfail-

(1) Nous reviendrons au Chapitre XI, sur la forme des decisions ou des enseignements dogmatiques.

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libilite de TEglise, doit s'enlendre de Tobjet de rinfaillibilite du Saint-Siege.

Un saint et savant theologien , le plus lidele et le plus puissant echo de la tradition dans les temps modernes , S. Alphonse de Liguori , resume ainsi tout ce que nous venons de dire :

Licet Rom anus Pontifex quatenus particulars persona, sive privatus doctor, possit err are (sicut etiam est fallibilis in qucestionibus ineri facti , quce ex hominum testimoniis prcecipue pendent), cum tamen Papa loquitur tanquam doctor universalis defmiens ex cathedra , nempe ex potestate s uprema tradita Petro docendi Ecclesiam , tune dicimus ipsum in contr overs Us fidei et morumdecernendisomnino injallibilem esse (1).Nous

(1) Theol. raor. L. I. tr. 2. De legibus. Dissert, de infallib. Papae. En disant de S. Alphonse de Liguori qu'il fut le plus puissant echo de la tradition dans ces derniers temps, je suis loin de partager le sentimenl de ceux qui le donnent comme un simple echo des Peres, des Docteurs et des ecrivains ecclesiastiques , laissant entendre par la qu'il n'a rien ou presque rien produit par lui-meme. Sa theologie morale est incontestablement une ccuvre originale. S'il a pris 1'excellent ouvrage de Busenbaum pour texte, et comme une sorte de table de matieres, ce n'est pas qu'il 1'ait pris pour regie, comme il le dit lui-meme. II est evident , da reste , qu'il a fait sur ce texte un travail qui riapparlienl qua lui, travail de premier ordre, et dont faction sur les ccoles catholiqnes est devenue universelle. Ses oeuvres de dogmatique generale et speciale ont egalement un cachet a part. Leur

avons traduit ces paroles cTavance , et nous pouvons passer maintenant a la demonstration cle rinfaillibilite du Saint-Siege.

Cette verite est evidemment appuyee sur TEcriture, si les textes qui prouvent la prim a Lite de Pierre et de ses successeurs (1) prouvent en meme temps et avec la meme clarte leur infaillibilite ; s'il est evident , en d'aulres termes, que Tune est inseparable de Tautre. Or, il en est ainsi , nous allons le voir.

lucidite est telle que les difficultes serablent disparaitre sous la plume du saint auteur. Nous ne serions pas surpris , si ces ceuvres etaient un jour citees dans les ecoles comme ses oeuvres morales. Quant a ses ouvrages ascetiques , il suffit de dire qu'ils sont traduits dans toutes les langues. S. Alphonse a su parler, comme son divin maitre, un langage qui gagne tous les coeurs , et qui fait a la fois la consolation des simples et Tadmiration des sages. Sa Pratique de V amour envers Jesus- Christ i pour ne citer que Tun des chefs d'oeuvre du Saint, n'est-elle pas digne d'etre placee a cote de limitation ? Parmi ses livres ascetiques , il en est uii que S. Alphonse s'est modestement conlente d'intituler Uccucil de textes. An premier abord , on pourrait croire que ce livre n'est que cela, mais si on le parcourt attentivement , on voit que la pensee de 1'auteur en forme seule la trame et I'harmonie, et que tout ce que la tradition a de plus fort et de plus suave y est mis par sa science au service de sa plume. Nous ne connaissons rien de plus difficile a faire qu'une oeuvre semblable, ou les textes ne sont pas juxtaposes , mais enchaines par une pensee vivante et qui les fait revivre. Si S. Alphonse est un ocho , c'est done a la fac,on de S. Bernard.

(l)Nous avons vu au Chapitre V mc , que la primaute du Prince des Apotres, telle que Jesus- Christ 1'a etablie, appar-

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II y a trois textes principaux qui prouvent la primaute de Pierre et cle ses successetirs. Les voici lous les Irois :

Tu es Pierre, el sur cetle pierre je batirai in on Eglise, et les porles de Tenfer ne prevaudrontjarnais conlre elle (!). -- Simon, Simon, voici que Satan vous cherclie, vous et les aulres Apolres (vos), pour vous cribler comme le froment; mais j'ai prie pour loi (pro te), afin que ta foi (fides tua], ne defaille point : quand done tu seras releve de ta chute, ce sera a toi de C07ifi7-f7ier tes Freres (2).

Jesus dit a Simon Pierre : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci (les autres Apotres) ne m'aiment ? - - Pierre lui repondit : Seigneur, vous savez que je vous aime. Jesus lui dit : Pais mes agneaux. - - 11 lui demanda de nouveau : Simon , fils de Jean , m'aimestu ? Pierre lui repondit : Oui , Seigneur, vous savez que je vous aime. Jesus lui dit :

Pais mes agneaux. II lui demanda pour la Iroisieme fois : Simon, fils de Jean, m'aimeslu? - - Pierre fut louche et conlriste a la fois de cette Iroisieme demande ; il repondit : Sei-

tient a la constitution fondaraentale et perpcluelle del'Eglise, et qu'elle persiste par consequent dans les successeurs de Pierre, les Pontifes Roraains,

(!) Matth. XVI, 1. (2) Luc. XXII, 31.

DU SAINT-SIEGK. 85

gneur, vous savez toutes choses ; vous savez que je V T OUS aime. - Jesus lui dit : Pais mes brebis (I).

Le premier de ces textes dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je batirai mon Eglise et les forces de Tenfer ne prevaudront point contre elle. L'Eglise sera done inebranlable dans sa foi , parce qu'elle sera appuyee sur Pierre comrne sur son fondement. Mais comment Tedifice serai t-il inebranlable, si le fondement de Tedifice pouvait etre ebranle ?

II est plus clair que le jour, dit Fenelon, que le Saint-Siege ne serait point le fondement eternel, le chef et le centre de la communion catholique (ce qui est de foi), s'il pouvait deflnir quelque chose d'heretique dans ce qu'il ordonne a toute TEglise de croire.

Nous verrons tout a Theure qu'en entendant ainsi TEcriture, Fenelon n'est que Techo de la tradition tout entiere.

Le second texte dit : J'ai prie pour toi, afin que ta foi ne defaille point, et ce sera a toi de confirmer tes freres. Mais comment Pierre con firm era- t-il ses freres dans la foi , s'il peut enseigner Terreur ?

Le troisieme texte dit : Pais mes agneaux

(1) Joan. XXI.

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et mes brebis. La nourriture du troupeau spirituel c'est , avant tout , la doctrine. Mais si TEglise pouvait reformer Fenseignement du Souverain Pontife, ce ne serait plus le Pasteur qui nourrirait les brebis, ce seraient, au contraire, les brebis qui nourriraient le Pasteur.

La tradition n'a qu'une voix sur cette verite. La tradition c'est la foi vivante des Eglises depuis leur origine. Ecoutons quelques-uns de ses plus illustres temoins :

S. Irenee, eveque de Lyon, qui avait converse avec les premiers disciples des Apotres en Orient , en appelait a la Chaire de S. Pierre comme a la regie de foi : (Test a TEglise Romaine , dit-il , a cause de sa puissante primaute, que toute TEglise (les fideles partout repandus) doit necessairement rester unie, parce que c'est en elle que se conserve pour tous la tradition des Apotres (1).

S. Cyprien declare, au milieu du III 6 siecle, quil ny avait des heresies et des schismes dans TEglise, que parce que tous les yeux n'etaient pas tournes sur le Pretre de Dieu, sur ce Pontife qui juge TEglise a la place de Jesus-Christ (2).

(1) Adv. Hseres. lib. III. c. 8. (Migne, Patr. grseca, t. 7. col. 849.)

("2) Epist. 55, ad Cornelium. (Migne, Patrol, lat. t.&. col. 802.)

Au IV e siecle, S. Basile le Grand, eveque de Cesaree de Cappadoce, dit : Si ce qui doit etre cru n'est pas defini par le concile, il faut le faire definir par le Pontife Remain (1).

S. Augustin, parlant de la condamnation de rheresie pelagienne par Innocent I, dit a son peuple : Deux Conciles ont deja fait parvenir leur jugement au Saint-Siege sur cette cause : la reponse de Rome est arrivee, la cause est fmie (2).

S. Jerome e'crit au pape S. Damase : Je parle au successeur de Pierre; je sais que FEglise est batie sur cette pierre, c'est-a-dire sur la chaire apostolique; quiconque ne recueille pas avec vous , disperse ; il n'est pas avec le Christ, mais avec TAntechrist (3).

Au commencement du V e siecle, le grand pape Innocent I ecrivait aux eveques d'Af rique reunis a Carthage et a Mileve : Vous n'ignorez pas ce qui est du au Siege apostolique d'ou decoule Tepiscopat et toute son autorite Quand on agite des matter es qui inter essent lafoi, je pense que nos frereset coeveques ne doivent en referer

(1) Epist. 69, ad Athan. (Migne, Patrol, grseca, t. 82. col. 481.)

(2) Serm. 181. (Migne, Patr. latin, t. 38. col. 784.) (S) Epist. 15. (Migne, Patr. lat. t. 22. col. 885.)

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qu'a Pierre, c'esl-a-dire a Tauteur de leur norn et de leur dignite (1).

Vers le milieu du meme siecle,le pape 8: Leon dit au concile general de Chalcedoine, en lui rappelant sa lettre a Flavien : II ne s'agit plus de disculer audacieusemenl, mais de croire nia lettre a Flavien , d'heureuse memoire , ayant pleinement et tres-clairement decide tout ce qui est de foi sur le mystere de llincarnation (2). Et parmi les six cents eveques qui entendirent la lecture de cetle lettre, aucune voix ne reclama, et c'est de ce concile meme, comme le remarque le comte de Maislre, que partent ces fameuses acclamations qui ont retenti dans toute TEglise : Pierre a parle par la bouche de Le'on, Pierre est toujours vivant dans son Siege. C'est la repetition de ceque le pape S. Celestin disait peu de temps auparavant a ses legats (qui councils saient sa pe7isee),\ors>c[ui\s partirent pour le concile general d'Ephese : Si les opinions sont divisees, souvenez-vous que vous etes la pour juger et non pour disputer (3).

S. Maxime, abbe de Chrysople, ne en 580 (un

(1) Epist. 29 et 30. (D. Constant, Epist. Rom. Pont. col. 888 et 896 )

(2) Epist. 93. (Migne, Patr. lat. t. 54. col. .(8) Epist. 17. (Migne, Patr. lat. t. 50. col,

grec, comme S. Basile de Cesaree), e'crit, dans un ouvrage centre les monothelites : Si Pyrrhus pretend n^etre pas heretique, qu'il ne perde point son temps a se disculper aupres d'une foule de gens : qu'il prouve son innocence au bienheureux Pape de la tres-sainte Eglise Romaine, c'est-a-dire au Siege apostolique a qui appartient Fempire, Fautorite et la puissance de Her et de delier, sur toutes les Eglises qui sont dans le monde, en toutes choses et en toutes manieres (1).

Au milieu du VIPsiecle, les eveques d'Afrique, reunis en concile, disaient au pape S. The'odore, dans une lettre synodale : Nos lois antiques ont decide que de tout ce qui se fait, meme dans les pays les plus eloignes, rien ne doit etre examine ni admis avant que votre Siege illustre en ait pris connaissance (2).

A la fin du meme siecle, les Peres du sixie-

(1) Opuscula theologica. (Migne, Patr. grseca , t. 91. col. U4.)

(2) Antiquis rcgulis sancitum est ut quidquid , quarnvis in remotis vcl in longinquo po^itis agcretur provinciis , non priiis traclandum vel accipiendum sit, nisi ad notitiam Almce Sedis vestrce fuisset deductum (Labbeus, t. 6. col. 128.) Le comte de Maistre reproduit cet acte du concile ou siegeaient trois primats d'Afrique, et il y ajoute la traduction de Fleury en faisant remarquer qu'elle ne sera pas trouvee servile.

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me concile general (iroisieme de Conslanlinople) recoivent, dans la qualrieme session , la lettre ou le pape S. Agalhon dit au concile : Jamais TEgiise apostolique ne s'est ecartee en rien du chemin de la verite. Toute TEglise catholique, tous les conciles cecumeniques ont toujours embrasse sa doctrine com me celle du Prince des Apotres (1).

Cette lettre d 1 Agalhon, ayant ete lue au concile, les Peres y souscrivirent par acclamation : Le chef supreme des Apotres, dirent-ils, combattaitavec nous; nous avions pour noussoutenir son imitateur, le successeur de sa chaire, eclairant par ses letlres le mystere de Dieu. Car, o prince, Tancienne Rome vous a offert une confession ecrite de Dieu meme, et une lettre de TOccident a ramene le jour de la doctrine !

L'encre y paraissait, mais Pierre y parlait par Agathon. Enfm,le concile, ecrivant au Pape pour le prier de confirmer ce qui avait ete' fait, lui dit dans sa lettre : (Test a vous, comme occupant le premier siege de TEglise universelle , comme elan I elabli sur la pierre ferme de la foi, que nous remellons ce qui est a faire, acquiescant de grand cceur aux lellres de la

(1) Labbeus, t. 6. col.

DU SAIJNT-SIEGE. 91

confession veritable, envoyees par votre paternelle Beatitude a notre pieux empereur ; lettres que nous reconnaissons comme divinement ecrites par le chef supreme des Apotres, et par lesquelles nous avons mis fin aux erreurs de la nouvelle heresie (1).

Nous nous bornons , puisqu'il le faut bien , a ces temoignages des premiers siecles, mais sur le dernier de ces temoignages , nous voulons ciler un mot de Bossuet, L'eveque de Meaux appelle cetle declaration du sixieme concile general un formulaire approuve par toule TEglise catholique , le Saint-Siege, en vertu des promesses de son divin Fondateur , ne pouvant jamais faillir (2).

V infaillibilite du Pape e?iseignant EX CATHEDRA est une verite inseparablemenl liee a des verites de Joi. Sans elle , la conduite publique de I'Eglise serait inexplicable , et inconciliable avec les promesses de Jesus-Christ.

Le huitieme concile cecumenique (quatrieme de Constantinople) approuva la profession de foi

(1) Labb., t. 6, col. 1053 et 107S. (2j Gallia oitli.l. X, c.7.

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formulae pour les Orientaux par le pape S. Hormisdas , a Toccasion du schisme d'Acace (1), et renouvelee plus de trois cents ans apres, par Adrien II , a Toccasion du schisme de Pholius. Or, voici les termes de cette profession de foi :

On ne peut deroger a la parole de notre Seigneur Jesus- Christ, qui a dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bdtirai mon Eglise. La verite de cette parole est prouvee par le fait meme: car la religion a toujours ete conservee pure et sans taclie dans le Siege apostolique. (Test pourquoi suivant en tout le Siege apostolique et souscrivant a tous ses decrets , j'espere meriter toujours de demeurer dans une meme communion avec vous, qui est celle du Siege apostolique, dans lequel reside rentier e et vraie soli" dite de la religion chretienne ; promettant de ne point nommer , dans les sacres mysteres , ceux qui sont separes de la communion de FEglise catholique , c'est-a-dire qui n'ont pas en tout les memes sentiments que le Siege aposlolique (2). Ainsi , ajoute Ft3nelon , quiconque contredit la

(1) Jean, qui occupait a cette epoque le siege patriarcal de Constantinople, apposa la signature suivante au Formulaire d'Hormisdas : J'ai souscrit cette profession de foi de ma propre main. (Labb. t. -4. col. 1487.)

(2) Labbeus, t. 4, col. H86, et t. 8, col. 988.

foi Romaine, quiest le centre de la tradition commune, contreditcelle de TEglise enliere. Aucontraire , quiconque demeure uni a la doctrine de cette Eglise toujours vierge, ne hasarde rien pour sa foi. Cette promesse , quoique generate , quoique absolue dans une profession de foi, n'a rien de temeraire ni d'excessif pour les eveques memes qu'on oblige de la signer dans leur reunion. Gardez-vous done bien d'ecouter ceux qui oseront vous dire que ce formulaire du pape S. Hormisdas , fait 11 y a douze cents ans , pour remedier au schisme d^Acace , n'etait qu'une entreprise passagere du Siege de Rome. Cette profession de foi, si decisive pour Tunite, fut renouvelee par Adrien II plus de trois cents ans apres, pour finir le schisme de Photius , et elle fut universellement approuve'e dans le huitieme concile general Chaque e'veque y promet de ne se separer ni de la foi, ni de la doctrine du Siege apostolique, mais de suivre principalement en tout les decisions des Pontifes de ce siege(]). Un eveque ne peut promettre de suivre Terreur en quoi que ce soit.Ilne peutdonc souscrire a tous les decrets du Siege apostolique, ni promettre de suivre en tout ses decisions , qu'aulant que tous les decrets ou decisions dog- (1) Second mandement sur la Constitution Unigenilus, n. 6.

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matiques de la Chaire apostolique sont infailliblement conformes a la doctrine de Jesus-Christ.

Au second concile general de Lyon , de Tan 1274 , Tempereur Michel Paleologue ecrivit au nom des Grecs a Gregoire X ime lettre dans laquelle on lit la profession de foi suivante acceptee et confirme'e par le concile :

La sainte Eglise Romaine a la primaute supreme et pleine et la principaute sur I'Eglise universelle. Cette Eglise a recu sa principaute avec la plenitude de puissance de Jesus* Christ meme, dans la personne du bienheureux Pierre, prince ou chef des Apotres , auquel le Pontife Remain a succede. Comme le Pontife est lenu plus que tout autre de defendre la verite de la foi, cest par son autorite que doivent etre definies les questions qui s'elevent touchant la foi. Quiconque ayant a se plaindre de quelques injustices en matiere ecclesiastique, peut en appeler a son tribunal et recourir a son jugement, Toutes les Eglises lui sont soumises, et les eveques lui doivent respect et obeissance. Telle est la nature de la plenitude de sa puissance , qu'il admet a une partie de sa sollicitude les autres Eglises , dont plusieurs et surtout les Eglises patriarcales, ont etc honorees de divers privileges par I' Eglise Romaine ,

sans cependant que sa prerogative puisse etre violee, soil dans les conciles generaux , soil dans les autres. En souscrivant a ces verites, telles qu'elles viennent d'etre exposees , nous admettons la foi vraie , sainte , catholique , orthodoxe ; nous confessons de coeur el de bouche la vraie doctrine , que tient , enseigne et preche la sainte Eglise Romaine ; nous promettons de Tobserver inviolablement, et de ne jamais nous en ecarter en aucune maniere. Nous reconnaissons , nous confessons et nous acceptons la primaute de FEglise Romaine, comme elle vient d'etre exprimee dans le texte de cette lettre , voulant obeir en tout a cette Eglise (1).

Au concile general de Florence , en 1439, les Grecs et les Latins ont souscrit au decret d^ugene IV ainsi conru : Nous definissons que le Saint-Siege apostolique et le Pontife Romain a la primaute sur Tunivers entier ; que ce meme Pontife Romain est le successeur du bienheureux Pierre, prince desApotres; qu'il est leVicaire de Jesus-Christ et le Chef de toute TEglise, le Pere et le Docteur de tous les Chretiens ; et qu'ii a recu de Notre-Seigneur, dans la personne du bienheureux Pierre, le plein pouvoir de paitre , regir

(1) Labbeus, t. 11, p. I. col. 966.

% DE I/INFAILUB1L1TE

et gouverner I'Eglise aniverselle , ainsi qu'il est exprime dans les actes des conciles cecumeniques (I).

II faut voir maintenant comment rinfaillibilitr du Saint-Siege on du Pape enseignant ex cathedra, est inseparablement liee a ce qui est enseigne on defini par ces conciles generaux, et surtout par celui de Florence sur la primaute des Pontifes Romains.

La profession de foi des Grecs acceptee et confirmee par le concile general de Lyon, n'implique-t-elle pas deja clairement Finfaillibilite du Pape? Le Pontife Remain, dit-elle, etant tenu, plus que tout autre, de defendre la verite de la foij c'est par Vautoj'ite de son jugement que doivent etre definies les questions qui s'elevent touchant la foi. Toutes les Eglises lui sont soumises et tous les eveques lui doivent respect et obeissance.

Ce que le concile general de Lyon dit presque formellement, la raison le conclut avec evidence du dogme defini par le concile de Florence sur la primaute. Comment repondre , en effet, a cet argument ?

Le Souverain Pontife, en vertu de sa primaute de juridiction, a le droit de porter sur la foi des

(1) Sess. ultima (Lab')eus, t. 13, col. 1167.)

deerets qui obligent FEglise universelle, el auxquels toute FEglise doit non-seulernent Tobeissance exterieure, rnais Tobeissance interieure, ce que le gallicanisme lui-meme n'a jamais conteste (1). Or, un enseignement en matiere de foi auquel 1 Eglise doit la soumission interieure , ne pourrait etre faux sans que TEglise tombat, pour un temps du moins, dans Ferreur, ce qui est impossible , Jesus Christ ayant promis d'etre avec elle tons les jours jusqifa la consommation des siecles. Done, un decret touchant la foi, promulgue par le Souverain Pontife pour

(1) v Concedimus ultro, dit Tournely (De Eccl. q. o. art. 8. Ed. Paris. 1727, t. 2. p. 177.), definitis a Poiitince circa fidem et mores debere fideles interior! mentis obsequio acquiescere, nisi aut hypocritse velint haberi aut rebelles. Et (p. 285): ; Tenentur fideles Pontificum de fide constitutionibus, juxta morem receptum, in unoquoque regno promulgatis, acquiescere, etiam mentis obsequio, quamquam nondum constet de acceptatione ac consensu aliarum Ecclesiarum, adeoque etiam si nondum plane irreformabiles dici possint tune temporis illze constitutiones.

La meme chose est confirmee par un acte solennel de TEglise gallicane : u II est de la doctrine constamment enseignee dans TEglise gallicane, que totts les chretiens, les eveques meme, sont obliges par le devoir que leur impose leur conscience, de soumettre leur esprit aux jugements rendus par les Papes pour affermir la regie de la foi, surla consultation des eveques. Ce sont les paroles des eveques de France, ecrivant au pape Innocent X, en 16oB, rapportees par M. Languet (Avert. 2, n 27.), et enregistrees dans les proces-verbaux de Tassemblee du Clerge de 16Ko.

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loute I'Eglise, est necessairement vrai ou infaillible.

(Test ici que trouve sa place la fameuse these du comte de Maistre, si mal comprise de tant d'esprits qui ne Tont pas saisie dans son ensemble. Pour la saisir ainsi, piacons-nous an point de vue du grand ecrivain :

La primaute des Pontifes Romains est une primaute de juridiction sur FEglise entiere ; c'est la pleine puissance dont parle le concile de Florence : c'est done la souverainete spirituelle. S'il est vrai que le gouvernement de TEglise a quelque chose de democratique et quelque chose d'aristocratique, ou, selon Texpression deBellarmin(l), si ce gouvernement est suffisamment tempere d'aristocratie et de democratic, c'est en ce sens que , d'un cote, FEpiscopat est d'institution divine, et que d'un autre cote, le Souverain Pontife lui-meme peut sortir , comrne Pierre , des derniers rangs du peuple. Mais ce quelque chose d'aristocratique et de democratique n'enleve RIEN a la pleine souverainete du Vicaire de Jesus-Christ, et il est absolument certain que le gouvernement de TEglise n'est ni un gouvernement arislocratique, ni un gouvernement democratique , mais une

(1) De Romano Pont. lib. I, c. 3, et seqq.

male monarchic, dans laquelle la souverainete appartient aux successeurs du Prince des Apotres, puisque la primaute de juridiction, ou la pleine puissance du Pape sur toute TEglise, est une ve'rite de foi.

Mais quelle est la principale fonction de cette souveraine puissance , la fonction qui prime Unites les autres ? (Test Tenseignement de la verite : Magisterium. La souverainete dans TEglise est done une souverainete doctrinale, et il ne faut pas oublier qu'elle est d 'institution divine. Le comte de Maistre a done eu raison de dire :

LTinfaillibilite dans Tordre spirituel, et la souverainete dans Tordre temporel, sont deux mots parfaitement synonymes. L'un et Tautre expriment celte haute puissance qui les domine toutes, dont toutes les autres derivent, qui gouverne et rfest pas gouvernee, qui juge et n'est pas jugee.

// ne s'agit done que de savoir oil est la souverainete dans VEglise , car des qu'elle sera reconnue , il ne sera plus permis d'appeler de ses decisions.

La forme monarchique une fois etablie. Tinfaillibilite n'est plus qu'une consequence necessaire de la suprematie, ou plutot, c^est la meme chose absolument sous deux noms differents.

Cette comparaison de Tinfaillibilite et de la

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souverainete , et la maniere dont le cornte de Maistre Texpose aux homines d'Etat qui ne sout pas theologians , a fait dire a d'impuissanls critiques que, selon lui , 1 'important n'est pas qu'on decide une question dogmatique de telle ou telle maniere , mais qu'on la decide , et que la grande affaire n'est pas de croire une chose plutot qu'une aulre, mais de croire.

(Test le publiciste cite plus haut , au Chapitre VII , qui attribue cette pensee au comle de Maistre , et qui la trouve admirable de profondeur ! Mais il n'y a de profond ici que le mensonge calcule pour echapper aux etreintes du genie. Le comte de Maistre a commence' par dire avec Mallebranche : une societe divinement constitute suppose Vuifaillibilite , et il a montre que la souverainete religieuse ou doctrinale , dans une societe semblable., doit necessairenient etre infaillible , puisqu'elle juge en dernier ressort. Les sentences du juge en dernier ressort , dans la societe temporelle , sont neces-airement irreformables. Les sentences du juge en dernier ressort dans la societe spirituelle, etant necessairenient irreformables, doivent etre infaillibles.

Apres la these du comte de Maistre , qu'on pourrait appeler la these de droit . il y a la

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these de Muzzarelli , qu'on pourrait appeler la these de fait. Quelques paroles d'un illustre theologien lui serviront de preface :

LTusage perpetuel de FEglise , dit Melchior Canus (1), donne Interpretation la plus sure des institutions de Jesus-Christ ; or , dans les choses de la foi, ce n'est ni au patriarche d'Antioche , ni au patriarche d'Alexandiie , ni au patriarche de Jerusalem, mais au Pontife Romain que , de tout temps , FEglise a recouru , considerant toujours les jugements du Pape comrne irreformables. Comment done pourrionsnous douter de la prerogative d'infaillibilite des successeurs de Pierre ? Comment le pourrionsnous en presence du temoignage des faits , les promesses faites a Pierre se trouvant accomplies dans FEglise Romaine, la seule oii Terreur n ? a jamais eu d 1 acces(2)?

Voici maintenant la these de Muzzarelli :

Celui-la veut et doit etre tenu pour personnellement infaillible (3), qui prononce des deci-

(1) De Locis theol. lib. VI. c. 7.

(2) Nous en donnerons plus loin la preuve peremptoire. (8) Muzzarelli n'ignore pas que la prerogative d'infaillibi-

lite divineraent promise a Pierre et a ses successeurs ne regarde pas la personne des Souverains Pontifes, mais levr dignile , comrae il le dit formellement dans ses opuscules. La dignite se confond avec la personne publique du chef de TEglise.

102 DE L/INFAILLIBILITE

sions dogmatiques absolues , les publie et les aclresse a tons les fideles et a tout FEpiscopat catholique , sans requeiir le consentement direct ou indirect, expres ou tacite des eveques , mais en leur commandant de publier et d'execuler ses decisions, et en leur defendant de les enfreindre , ou de s'y opposer temerairement , sous peine d'excomrnunication encourue par le fait meme , rep rim ant les eveques qui preleudraient discuter et juger ses decisions , et protestant qu'il n'attend pas leurs suffrages , mais qu'il leur enjoint Tobeissance , cornine Tout fait ses predecesseurs sur le Saint-Siege pendant une longue suite de siecles, non-seulement sans que TEglise ait reclame' , mais avec Fassentiment de TEglise universelle toujours soumise a Tautorite supreme du Saint-Siege , landis que le petit nombre d'eveques qui firent le conlraire, ne resterent dans le sein de TEglise qu'en expi ant leurs murmures ou leurs re'sistances par leurs excuses et leurs regrets.

Or, c'est la ce que le Souverain Pontife a fait, de son cote, dans ses constitutions dogmatiques pendant des siecles; et c'est la ce que TEglise a fait aussi , de son cote, pendant des siecles (1).

(1) Vide, verbi gratia, Const. Cum occasione, Innocentii X, an. 165$ ; Breve Dilecti filii, ejusdem Pontificis, directum

Done , le Souverain Pontife vent et doit etre tenu pour infaillible; car s'il ne 1'etait pas, ses constitutions dogmatiques conliendraient une usurpation tyrannique des droits de TEpiscopat, urie presomption temeraire contre TEsprit- Saint , une erreur intolerable et destructive de la foi de TEglise universelie ; ce que Dieu ne pourrait permettre sans nianquer a Tassistance qu'il a promise a son Eglise, et ce que TEglise elle meme ne pourrait approuver ni par ses paroles, ni par son obeissance, comme elle Fa fait, TEglise n'approuvant jamais, ni par ses actes, ni meme par son silence ce qui est contraire a la foi et aux moaurs.

Si j'ecrivais pour des theologiens, je reprodui-

episcopis Gallire , 29 septernb. 1654 ; Const. Regiminis aposlolici, Alexandri VII, 17 febr. 1665 ; Const. Vineam Domini, dementis XI, 16julii 1705 ; Breve Gratulationes vet>tras, ejusdem dementis XI, datum ad prrclatos conventus gal. 15 jun. 1706; Epist. conventus gallicani, Ad Pelri se'lem, ad Alexandrum VII, 20 febr. 1661; Breve Palernce chantati, Innocenlii XI, ad conventum gallicauum, 11 april. 1682; Const. Inter wultipliccs, Alexandri VIII, 4 aug. 1690 ; -Const. Auclorem fulei , Pii VI, 28 aug. 1794; Epist. Cum in hac tunla , datam a g7 ecclesiasticis ad episcopatum nominatis, I nnocentio XII, 1692; -- Past. Epist. Georgii Izclepsemi, primatis regni Hungariie, Ubi primiim Ecclesice Strigonensi , 24 octob. 1682; Epist. card, de Noailles, ad Clementem XI, quse exstat in opere cui titulus : Constitutio Unigenitus theologice propugnata , Rom. 17S4, torn. 4. col. 259.

rais ici les developpements que Muzzarelli donne

a cetle these, avec la solution des difficultes que

certains d'entre eux ne sont jamais embarrasses

de soulever contre les theses les plus sures; mais

j'ecris pour les gens du monde, et ce que je

viens de dire suflit pour les convaincre que

rinfaillibilite des Souverains Pontifes enseignant

TEglise universe!!^ en matiere de foi , est une

verite manifestement appuyee sur la revelation

evangelique, inseparablement liee a des dogmes

deja definis, et sans laquelle Taction continue du

Saint-Siege, et la pratique constante de TEglise

entiere, resteraient inexplicables et inconcilia-

bles avec les promesses de Jesus-Christ.

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