‹ L'infanticideChapitre 12 sur 60 · PI. I · texte numérisé non relu

PI. I

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l’enfant est-il né a terme?

Vous connaissez l’aspect que présente l’épiderme d’un nouveau-né. La peau est blanche et ferme; elle est recouverte d’un enduit sébacé, surtout collecté au niveau des articulations du coté de la flexion; certains enfants en ont beaucoup, d’autres en ont fort peu. L’épiderme recouvert de cet enduit sébacé se détache très facilement ; partout où l’enfant a été en contact avec un linge, un objet quelconque, on pourra en constater la présence.

La peau est recouverte de poils follets, d’un léger duvet, surtout au niveau des épaules.

Les ongles des mains affleurent la pulpe des doigts; les ongles des orteils sont un peu moins développés. A sept mois, les ongles sont encore assez loin du bout des doigts.

Les cheveux sont souvent abondants; ils ont une longueur de i centimètre à 1 centimètre et demi; M. lourdes leur en accorde 3.

L’examen de la peau est surtout important à cause des taches que peut faire le corps de l’enfant, et dont je vous parlerai plus tard.

J’arrive aux points ossification.

Messieurs, à l’extrémité inférieure des condyles du fémur, il existe un point d’ossiûcation qui paraît dix-huit fois sur vingt à huit mois et demi, c’est-à-dire dans les derniers quinze jours de la vie intra-utérine normale; il est complet à neuf mois et il va toujours en grossissant.

C’est le point d’ossification d'ûde Béclard. P. -A. Béclard, le père de l’ancien doyen de celte Faculté, l’a signalé en 1819.

Ce point d’ossification peut-il nous permettre de dire que l’enfant était à terme? Non, Messieurs, car il existe des causes d’erreur. D’abord le point de Béclard peut manquer chez des enfants à terme et il se montre quelquefois dés le commencement du huitième mois.

J’ai relevé avec soin la présence de ce point d’ossification dans les deux cartilages condyliens.

Je ne l’ai jamais trouvé avant huit mois; de huit mois à

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

huit mois et demi, je l’ai noté 5 fois, il manquait 21 fois, — de huit mois et demi à neuf mois, je l’ai trouvé 9 fois, il manquait 12 fois, — à neuf mois, je l’ai trouvé 175 fois, il manquait 7 fois. Chez un enfant né à terme qui avait vécu neuf jours, je n’en ai pas trouvé trace.

Enfin une fois chez un enfant arrivé à huit mois et demi et une autre fois chez un enfant à terme, le point de Béclard n’existait que dans l’un des condyles.

Permettez-moi de vous signaler une cause d’erreur un peu grossière; lorsque l’enfant a neuf mois, la diaphyse du fémur est ossifiée, elle touche presque le point d’ossification de Béclard, et quelqu’un qui n’est pas très au courant de ces recherches assez minutieuses pourrait croire, en coupant lamelle par lamelle le condyle, et en arrivant sur la diaphyse du fémur, qu’il a rencontré le point d’ossification. Vous devez toujours vous assurer qu’entre le point de Béclard et la diaphyse du fémur il existe une lamelle cartilagineuse.

Malgré sa grande valeur, vous ne devez pourtant pas conclure de la présence de ce point que la femme était arrivée au terme de la grossesse.

Quelles conclusions tirer des constatations que vous venez de faire : l’enfant pèse 2 500 grammes, il a 50 centimètres de longueur, et vous avez trouvé le point d’ossification de Béclard?

Vous direz dans votre rapport que la femme était arrivée à une époque voisine du terme de la grossesse, et si le juge vous presse, ajoutez qu’il vous est impossible de dire scientifiquement, ou si ce terme vous paraît trop présomptueux, anatomiquement davantage.

Le diamètre du point d’ossificalion de Béclard, s’il est complet, est de 2 à 5 millimètres; il résiste à la décomposition et vous le retrouvez, dans le cartilage, même sur les cadavres d’enfant dont il ne reste absolument que le squelette.

On m’apporte un jour, à la Morgue, le membre inférieur

l’enfant est-il né a terme?

gauche d’un enfant qu’on avait trouvé dans la Seine. Le membre était putréfié, changé en gras de cadavre. J’ai retrouvé le point de Béclard, et j’ai pu affirmer que cet enfant était venu au monde à une époque voisine du terme (I).

C’est donc un bon signe ; il y en a un autre, le degré d’ossification du maxillaire inférieur. Lorsque l’enfant est à terme, quatre cloisons alvéolaires, quelquefois cinq, sont nettement délimitées de chaque côté. Parfois on ne trouve que trois alvéoles d’un côté, et quatre de l’autre, quelquefois même il n’y en a que trois de chaque côté; les cloisons sont beaucoup plus nettes dans un cas que dans l’autre; ce signe n’a pas autant de valeur que celui de Béclard, mais il peut servir de moyen de contrôle.

Enfin, vous constaterez si le gros intestin de l’enfant contient ou non du méconium.

C’est un signe bon à noter, mais je n’y attache pas autant d’importance qu’un certain nombre d’auteurs. 11 est vrai que d’ordinaire vers la fin de la grossesse arrivée à son terme normal, le méconium occupe le côlon transverse, le côlon descendant et l’S iliaque, mais il en est ainsi chez des enfants qui sont loin d’avoir atteint le milieu du neuvième mois, et les accoucheurs savent que pendant un accouchement difficile des enfants de huit mois, huit mois et demi, ont parfois rendu leur méconium alors qu’ils étaient encore dans le sein de la mère.

C’est donc un signe complémentaire, mais ce serait se tromper que de lui accorder une plus grande valeur.

A quelle époque de la vie intra-utérine l'enfant était-il parvemi, au moment de sa naissance ? — C’est une question très intéressante au criminel et au point de vue des cent quatre-vingts jours fixés par la loi pour la viabilité de l’enfant.

(1) Obs. 71.

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

Tous les auteurs ont publié des tableaux très complets des points d’ossification aux divers âges de la vie intrautérine. Il est impossible de vous les exposer ici, vous ne les retiendriez pas. Reportez-vous à ces tableaux, quand vous serez appelés à faire une expertise ; consultez-les comme vous consulteriez une table de logarithmes. Retenez seulement que le point d’ossification du calcanéum paraît à cinq mois, celui de l’astragale à six mois, celui du sternum à sept mois.

Mais il faut pour ces points faire les réserves dont je vous ai parlé <à propos du point de Béclard.

Nous arriverons peut-être à des résultats plus précis. Vous savez que, pour graver quelque chose dans la mémoire, les figures valent mieux que les chiffres. M. Ogier, â l’aide des rayons Roentgen, est arrivé à photographier des fœtus, à travers les parties molles desquels on peut apercevoir nettement les points d’ossification, ainsi que vous pouvez vous en assurer sur les photographies que je fais passer sous vos yeux (fig. 1 et 2). La découverte de Rœntgen n’a pas encore donné ce qu’on peut attendre d’elle ; nous pouvons espérer mieux.

Pour arriver à un résultat utilisable en médecine pratique, il faudrait que les photographies, comme celles de M. Ogier, soient multipliées ; il faudrait, pour ainsi dire, photographier des fœtus sinon à chaque jour de la vie intra-utérine, du moins avoir des points de repère de dix en dix jours.

Les points d’ossification du sternum existent tous au septième mois, sauf celui de l’appendice xyphoïde, mais il n’y en a aucun qui soit symétrique à droite et à gauche.

Je dois vous signaler aussi un moyen empirique de connaître approximativement l’âge d’un enfant, à condition qu’il ait dépassé le cinquième mois. Mesurez cet enfant et divisez par 5 la longueur 'ainsi obtenue : S’il mesure 30 centimètres il a six mois, 35 centimètres, sept mois, 40 centimètres, huit mois, etc. Mais avant de conclure sur ce seul signe voyez si les autres caractères sont concordants.

l’enfant est-il né a temme ?

Lorsque le cadavre d’un enfant est mutilé, peut-il rester de lui ou de ses annexes quelque chose qui nous indique qu’il est né à une époque voisine du terme ?

Le D’’ Lélourneau a consacré sa thèse inaugurale à l’étude de cette question (1). Il a mesuré tous les os d’un grand nombre de nouveau-nés, il a pris le poids des organes, déter-

Fig. 1. — Fœtus à terme (cliché de M. Ogier).

miné les points d’ossification. Il a réuni toutes ces observations en des tableaux fort bien faits, où vous trouverez des indications fort précieuses.

Il est souvent très difficile de se prononcer lorsqu’on se trouve en présence d’un fragment d’enfant, puisque la plu-

(I) Lélourneau, Quelques observations sur les nouveau-nés. Thèse de Paris, 1858, p. 13. Voyez Annexe.

P. Brouakdel. — L’Infanticide.

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

Fig. 2.' — Bras de fœtus (cliché de M. Ogier).

et son diamètre est de 20 à 25 centimètres. Mais le placenta diminue de poids par évaporation au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la naissance. Le septième jour il ne pèse plus que 250 grammes; en même temps, la putréfaction le ramollit, le rend flasque ; il s’étale et son diamètre est augmenté.

Lorsqu’un placenta appartient à un enfant venu au monde du cinquième au sixième mois, il pèse 200 à 220 grammes;

part des éléments d’appréciation font défaut (1) et qu’aucun signe n’est caractéristique, qu’il ne vaut que associé aux autres constatations. Cependant il est parfois possible de donner des renseignements utiles.

On peut aussi, au lieu d’un cadavre de nouveau-né, ne trouver qu’un placenta.

Le placenta d’un enfant à terme pèse 500 à 600 grammes

(I) Obs. 71, 72, 73.

l'enfant est-il né a terme?

as

plus on se rapproche du terme de la grossesse, plus son poids augmente; il monte de 300 à 400, 450 et 500 grammes.

Je ne fais que citer en passant la longueur du cordon ombilical. Certains auteurs ont voulu s’en servir pour déterminer l’âge de la vie intra-utérine. Je ne vois pas à quoi cela peut réellement nous servir : il y a, en effet, des placentas presque ou tout à fait sessiles; dans d’autres cas, le cordon peut atteindre une longueur de 1“,^5. Ces constatations n’ont pour nous aucune importance médico-légale.

Quelquefois le médecin légiste est mis en présence de petits os de squelette et on lui demande de les caractériser. J’ai été commis dans une affaire de ce genre (1), où Ton avait trouvé, chez une sage-femme, une énorme quantité de petits os, dans le fourneau, dans les boîtes à cendres, etc. La sage-femme prétendait que c’étaient des os de petits animaux domestiques, de lièvres, de lapins, etc.

Vous n’aurez pas. Messieurs, à votre disposition, en province, un musée comme celui que nous devons à Orfila, où vous pourrez chercher vos points de comparaison. Mais si vous êtes embarrassés vous pourrez toujours expédier ces os au professeur de médecine légale d’une des Facultés de médecine et le prier d’en faire la détermination.

Rappelez-vous toutefois que si les os qu’on vous a chargés d’examiner sont des os appartenant à des animaux domestiques, volailles, lapin ou lièvre, ils ont appartenu à des animaux adultes et qu’alors les diaphyses sont soudées aux épiphyses, on ne mange guère ces animaux tout jeunes. Préoccupez-vous donc de suite de savoir si les surfaces articulaires sont adhérentes aux os longs. Vous savez déjà que chez les nouveau-nés ni le fémur, ni l’humérus, ni aucun os long ne présente de surface articulaire ossifiée: Si cette adhérence des apophyses et des diaphyses existe, vous avez à faire à des os d’animaux.

(I) Obs. 74.

Développement du fœtus

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