‹ L'infanticideChapitre 32 sur 60 · EXAMEN DE TACHES · texte numérisé non relu

EXAMEN DE TACHES

D’autre part vous-mêmes aurez parfois, pour justifier vos assertions, à invoquer un examen de ce genre. Je vous ai dit quelle importance avait, par exemple, la présence dans les bronches d’un enfant, trouvé dans une fosse d’aisances, de la matière fécale d’adulte (1). Elle prouve que l’enfant respirait au moment où il est tombé dans la fosse.

Les taches, dont la détermination est spéciale aux expertises médico-légales suscitées par les enquêtes relatives à l’infanticide, sont celles qui sont formées par le méconium, les matières fécales, l’enduit fœtal, les liquides qui s’écoulent pendant un accouchement. Nous ne nous occuperons que de ces quatre variétés. Les autres seront étudiées quand nous parlerons des blessures (taches de sang, de matière cérébrale, de tissu cellulo-adipeux, poils, cheveux), de la grossesse (colostrum, lait), des attentats à la pudeur (sperme, écoulement vaginal).

Si vous n’êtes pas. Messieurs, très familiarisés avec les procédés qui permettent de faire ces recherches microscopiques, si, ce qui sera le cas ordinaire, vous n’avez pas un 'Outillage maintenu en bon état, vous ne devez pas avoir confiance en votre compétence personnelle, vous devez mettre soigneusementdans une boîte les pièces que vous êtes chargés d’examiner et les envoyer à une des Facultés de médecine

ou à une des Ecoles de médecine, où vous trouverez toujours quelqu’un compétent en l’espèce et prêta rendre à vous et à la justice le service demandé.

A Paris, vous pourrez vous adresser au D'‘ Vibert, qui depuis 1881 est chargé, au Laboratoire de toxicologie, de conférences sur ce sujet. Depuis cette époque, il a fait, outre les déterminations de taches dont il était personnellement chargé, celles qui concernaient nos expertises ; vous pourrez faire appel à sa longue expérience. C’est d’ailleurs au Précis de médecine légale qu’il a publié que j’emprunte les descriptions que je vais vous exposer.

(1) Obs. 39, 43.

TACHES DE MÉCONIUM.

Taches de méconium (1). — Le méconium est une substance visqueuse, d’un vert foncé, quelquefois striée de jaune, quelquefois aussi colorée uniformément en jaune vif.

Abandonné à l’air, le méconium s’épaissit, se dessèche à la surface sans se putréfier, à moins qu’il ne soit exposé à l’humidité.

Lorsqu’on examine au microscope une petite quantité de méconium étalé sur une lame de verre et dilué dans de l’eau ou dans un mélange d’eau et de glycérine, on aperçoit, comme éléments essentiels, des corpuscules de matière colorante, verte (biliverdine), la plupart assez volumineux (en moyenne 15 à 20 [jt, de diamètre, mais souvent beaucoup plus gros), de forme irrégulièrement polyédrique, à angles arrondis, se rapprochant de l’ovoïde ; sous l’action de l’acide azotique, ces corpuscules prennent une coloration violette.

A côté de ces éléments, il existe un très grand nombre de granulations beaucoup plus petites, irrégulières, d’une teinte ' ‘ i..

légèrement grisâtre. Très souvent aussi, mais non constamment, on rencontre des cristaux de cholestérine, très faciles à reconnaître, grâce à leur forme en tablette rectangulaire, dont un des côtés présente ordinairement une échancrure également rectangulaire (fig. 7).

Enfin on rencontre encore un

certain nombre de cellules épi- -r rr i, . . •

^ tig. 7. — Tache de mecomum

théliales cylindriques de Tintes- recueillie sur un linge, tin, isolées ou réunies par groupes, ordinairement déformées, granuleuses et dépourvues de noyau apparent : le plateau de l’extrémité libre est cependant quelquefois encore visible (2).

^ o’ O /.;iw S- c . . •

'=■: Zi’ O 9 „ . O O • ■ -

pf\'o ° O ♦ ‘A-,

O ’ O* O .IbmS o

(1) Vibert, Précis de médecine légale, 4® édition, p. 630.

(2) Vibert, eodem loco, p. 635.

EXAMEN DE TACDES.

Taches de matières fécales (1). — Ces taches se reconnaissent en général facilement à l’œil nu ; elles forment des macules à contours irréguliers, ne traversent pas l’étoffe; leur couleur est ordinairement jaune ou brun foncé; elles sont souvent recouvertes de croûtes. Cependant quand les taches résultent du contact des matières liquides, elles peuvent être d’un jaune clair, dépourvues de croûtes et traverser complètement l’étoffe sans changer la consistance de celle-ci.

On sait que les matières fécales sont constituées par la bile, par d’autres humeurs versées dans l’intestin, et par les résidus delà digestion et des fragments d’aliments ayant traversé le tube digestif en restant plus ou moins intacts. Ces derniers éléments sont faciles à reconnaître au microscope et établissent nettement la nature des taches.

Ils sont constitués surtout par des débris végétaux très variables : trachées plus ou moins complètement déroulées; cellules isolées ou réunies en fragments de tissu, souvent polygonales et à parois épaisses; on aperçoit aussi fréquemment des poils végétaux unicellulaires. Presque toujours un grand nombre de ces débris sont assez bien conservés pour que, si cela avait de l’importance, un botaniste puisse déterminer de quelle plante ils proviennent.

Les éléments animaux sont représentés par des fragments de fibres musculaires, souvent colorés en jaune et nettement reconnaissables à leur double striation, par des faisceaux de tissu conjonctif, par des cellules adipeuses ou des gouttelettes de graisse à l’état libre, par des parcelles de tissu élastique et quelquefois par de rares cellules épithéliales pavimenteuses provenant des premières voies digestives (üg. 8).

Parfois on rencontre des œufs de vers intestinaux, Yibert a même trouvé dans des taches anciennes des oxyures entiers.

Ces éléments sont disséminés dans la préparation au milieu d’un grand nombre de granulations irrégulières — les

(1) Ob3. 76.

Page 1