OBSERVATION XI
(Due à l’obligeance de M. le médecin major Niclot.)
Dem... Célestin, jeune soldat du 22° d'infanterie, âgé de vingtdeux ans, né à Voiron dans l'Isère, antérieurement cultivateur, entre à Desgenettes pour une affection aiguë du cou, à la pre-
mière division de blessés, salle 6, lit 15, le 23 août 1899.
Son passé héréditaire est peu documenté : le père est mort pneumonique, la mère, le frère sont en bonne santé.
Les antécédents se résument en ceci : 1ls sont négatifs, même en ce qui concerne Ja fièvre typhoïde, sauf quant à l'existence déjà ancienne d’un goitre qui a subi une première poussée inflammatoire, à l'âge de treize ans : on appliqua de la teinture d'iode, une polion fut ordonnée et prise, l’état aigu fut de courte durée.
Il y a un mois — notre sujet à cette date a neuf mois de service — survient une nouvelle tuméfaction de la région thyroïdienne, le lobe droit devient comme le poing, le malade entre à l'infirmerie de Montélimar — teinture d’iode, onguent mercuriel — puis à Desgenettes.
A ce moment, il semble que la tumeur ait un peu rétrocédé : la forme générale est un ovale correspondant au lobe de la thyroïde dont il s’agit. La peau est libre, de coloration normale à ce niveau, la pression douloureuse, il n'y a pas d'irradiation à distance, ni non plus de troubles circulatoires, respiratoires, pharingiens, laryngiens à noter.
Cependant les extrémités seraient un peu cyanosées avec quelque tachycardie par instants: 84 pulsations sont cependant le chiffre moyen. Il n’y a rien à retenir du côté du système nerveux, des organes des sens, de l'appareil digestif : l'état général est bon, l'apyrexie constante.
18 juillet. — La peau rougit,s ædématie, la douleur augmente, une légère fièvre survient, le 20, ouverture de l’abcès ; le contenu est assez abondant, gris et bien lié, la fièvre tombe définitivement le 22.
EN ie
L'examen de ce pus montre à l'état de pureté le bacille d'Eberth, caractérisé surtout par sa morphologie et sa biologie, ses réactions colorantes, ses cultures, bouillon phéniqué à 42 degrés, gélatine, gélose, pomme de terre, la non-coagulation du lait, le non-virage du milieu de Wurtz et du bouillon lactosé tournesolé, la non-production d'indol, la stérilité du bouillon arsenié, le pouvoir pathogène pour le cobaye avec mort par inoculation dans le péritoine, abcès par une inoculalion dans la cuisse, et enfin l'agglulination par un sérum antérieurement vérifié, au 1/10 et au 1/30, très fortement.
Du reste, le séro-diagnostic fait le 26 chez le malade donne un résultat positif. Il s'est donc agi d’une strumite suppurée primitive à bacille d'Eberth ; il n'y a pas eu d'évolution intestinale, semble-t-il, la fièvre a été nulle jusqu’à la poussée suppurative. Le sujet, d'ailleurs, avait été mis au petit régime et non nourri à la diète.
Avant l'entrée, M. le médecin-major Francou, interrogé à ce sujet depuis, aurait cependant constaté un peu d'embarras gastrique. Notre homme conserve à sa sortie, le 23 août, un gros noyau induré à droite, de la grosseur d’une noix; les fistules sont taries, l'état général est excellent.
Il nous paraît utile de rapprocher de cette observaton la communication à la Société de Chirurgie en 1891, par Nicaise, du fait suivant de Kiïïmmer et Tavel.
OBSERVATION XII (résumée)
(Société de Chirurgie, 1891)
Demoiselle de vingt-six ans, atteinte de dyspnée, entre le 20 octobre 1890 à l'hôpital Butini, à Genève, atteinte de goitre depuis l'âge de douze ans. Huit jours après son entrée, diarrhéeet fièvre; deux jours après, douleur au côté droit du cou et phéno-
mènes d'inflammation du corps thyroïde. Il augmente de vo. lume à droite et est douloureux à la pression.
Les suites de l'inflammation gngagent le D' Kummel à pratiquer l’ablation. Les suites furent simples, la maladie guérit.
La portion de corps thyroïde enlevée présente deux kystes, l'un contenant de la matière colloïde hémorragique, le deuxième, plus gros, contient un liquide jaune paille trouble avec des cellules de pus en grand nombre et dans lequel M. Tavel a trouvé le bacille d'Eberth avec tous ses caractères.
M. Tavel avait déjà trouvé dans un cas de strumite consécutif à une maladie fébrile incertaine le baaille Lypique à l'état de pureté.
Ces thyroïdites ont apparu au cours de fièvres typhoïdes frustes, atténués, sans symptômes, ce qu'on a appelé le Typhus levissimus. Peut-être aussi a-t-on eu affaire dans certains cas, au Typhus ambulalorius, c’està-dire une dothiénentérie sans symptômes, mais avec des ulcérations intestinales pouvant donner lieu à des accidents redoutables.
Enfin, au sujet de ces infections éberthiennes anormales avec complicalions thyroïdiennes, nous devons rappeler le cas, observé par M. Laveran, d’un malade chez lequel la fièvre typhoïde fut bien diagnostiquée, mais elle suivit au lieu de précéder l'apparition de la strumile.
En présence de ces faits, 1l est permis de penser qu'un certain nombre de thyroïdites suppurées, sans cause connue et pour lesquelles l'analyse bactériologique n'a pas élé pratiquée, ont eu pour agent pathogène
le bacille d'Eberth.
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