PRÉFACE
I/Inflammation domine toute l'histoire de la Médecine. La nature des maladies phlegmasiques et des pyrexies, les caractères des processus inflammatoires, l'évolution de leurs quatre signes (rubor, calor, fluxus, dolor) absorbent, depuis Hippocrate jusqu'à Morgagni, les méditations et les recherches des Pères de la Médecine traditionnelle.
L'Anatomie pathologique ouvre l'ère de la Médecine moderne : dès lors, l'étude des lésions inflammatoires suit pas à pas les progrès extraordinaires qui s'accomplissent dans les Sciences biologiques.
Dans le cours de cette évolution, l'Inflammation restera, comme autrefois, la pierre angulaire de l'édifice élevé par l'homme à la Pathologie, c'est-à-dire à l'observation déplus en plus approfondie des causes de la mort des Etres. Toutes les théories médicales, les différentes doctrines successivement échafaudées, abandonnées, puis reprises, en un mot, la Science médicale tout entière reposera sur l'Inflammation. L'Art médical y trouvera sa pierre de touche.
Quels progrès considérables, quel accroissement journalier du trésor commun depuis que cette période anatomo-pathoîogique de la Médecine est définitivement ouverte !
L'immortel Laennec en trace la voie véritablement scientifique; il y est bientôt suivi des Broussais, des Cruveilhier, des Barth, pendant
que la recherche des lésions anatomiques macroscopiques demeurera longtemps encore chirurgicale entre les mains des Larrey, des Dupuytren, des Velpeau, des Broca, des Vernf.uil.
Bientôt le microscope arrive, qui permet aux histologistes de scruter plus profondément qu'à l'oeil nu les altérations de l'organisme. La puissante autorité de Virchow domine, avec la« Pathologie cellulaire», cette période histologique que nous ne voyons pas encore terminée. Recklinghausen, Lebert, Klebs, Lancereaux, Ziegler, rempliront avec Robin, Ranvif.r, Charcot, Cornil, Malassez cette phase si curieuse de la Pathologie médicale contemporaine.
Cependant, les sciences biologiques évoluaient, emportées par la physiologie expérimentale de Claude Bernard, de Brown Séquard, de Chauveau, dans l'étude de la vie normale et pathologique.
La période histo-physiologique commence entre les mains de Cohnheim, de Vulpian, de Villemain, de Germain Sée. \J Expérience de Cohnheim bouleverse de fond en comble la pathologie de l'Inflammation, en étudiant vivantes les lésions produites par les causes phlogogènes. C'est à la fois une réforme et une révolution dont la médecine devra tenir dorénavant le plus grand compte ; grâce à elle, TAnatomie pathologique entre de plain pied dans la Biologie.
Bientôt d'ailleurs, le génie de Pasteur va lui donner une force nouvelle, en inaugurant la période microbienne de la Médecine.
Que de merveilleuses découvertes résultent chaque jour de cette méthode impeccable créée par l'illustre Maître ! Sous sa puissante impulsion, les Koch, les Roux, les Baumgarten, les Arloing, les Brauell, les Nocard, vont travailler sans relâche à accroître ce patrimoine scientifique, déjà entrevu par Klebs et si longtemps inespéré. Weigert, Ehrlich, Frankel, Kuhne, Metchnikoff, Straus, Yersin, Lôffler, et tant d'autres que je ne puis citer, formeront dorénavant la phalange des pionniers qui découvrent et qui règlent les éléments de la Microbiologie.
De son côté, la Chimie pathologique ne demeurera pas en arrière, elle aussi poursuivant la recherche des causes et des effets. Wurtz, Selmi,
A. Gautier, Briegfr, Brouardel, Hayem puisent à cette source intarissable pour établir sur des bases inébranlables les premiers jalons de la Médecine physiologique. Sur elle, s'appuiera dorénavant la Pathogénie, rénovée par les efforts énergiques de Bouchard et de son Ecole; la Chimie bactériologique, qui vient de naître, y trouvera ses premiers encouragements, alors que les toxines et les ferments bactériens s'isolant peu à peu, grâce aux travaux de Panum, de Grawitz, de De Bary, de Christmas, de Charrin, permettent d'entrevoir la conception définitive de l'Inflammation.
C'est ainsi qu'aujourd'hui, l'on peut, croyons- nous, formuler la proposition suivante :
Toute injure, mécanique, infectieuse, ou toxique, produisant, dans V intimité des tissus, une sérié successive de lésions dégénérai ives et rcactionnelles, doit être considérée comme cause inflammatoire : V ensemble des désordres anatomiques, ainsi créés, constitue /'Inflammation.
Le Tissu Gonjonctivo-Vasculaire dans l'Inflammation