‹ L'inflammation [electronic resource]Chapitre 39 sur 101 · I. — PATHOLOGIE GENERALE · texte numérisé non relu

I. — PATHOLOGIE GENERALE

Les causes phlogogènes que nous avons vues à l'œuvre en étudiant les perturbations inflammatoires du tissu conjonctivo-vasculaire ne respectent pas davantage les autres éléments cellulaires composant l'organisme. Les cellules épi théliales, éléments spécialisés dès les premiers moments de l'ordination blastodermique, peuvent subir, à leuis propres

dépens, toute la série des chocs inflammatoires que nous venons de passer en revue dans les chapitres précédents.

Par ce fait seul que les cellules ectodermiques et endodermiques se différencient aussitôt après l'imprégnation de l'ovule, elles acquièrent des propriétés anatomo-physiologiques particulières, spécifiques au sens le plus large du mot. Or, dans leurs rapports avec les éléments du mésoderme, leurs qualités fonctionnelles se peuvent caractériser par un seul mot, le parasitisme.

Tout élément cellulaire, en effet, né d'un épithélium et générateur d'épithéliums, représente un organe qui ne peut vivre qu'aux dépens de la gangue conjonctivo-vasculaire sousjacente. Pour cela, l'épithélium opère son travail desélection spéciale, et puise dans le milieu intérieur, dans la lymphe qui lui affleure de plus ou moins près, les multiples substances propres à assurer ses élaborations fonctionnelles. 11 lui donne d'ailleurs, en échange, des produits de sa désassimilation, certains déchets de sa vie intime, lesquels devenus inutiles et par conséquent nuisibles, doivent être rapidement chassés. Enfin, manifestation saisissante de la symbiose parasitaire réalisée par les épithéliums accolés au tissu conjonctif, la cellule épithéliale, grâce à ses fonctions organiques, assure indirectement la vie du système conjonctivo-vasculaire et lui rend largement ce qu'elle lui prenait.

Ainsi, dans les adaptations hiérarchiques des êtres, la cellule conjonctivo-vasculaire occupe un rangmoins élevé; elle végète dans un état de servitude relative, eu égard aux épithéliums plus ou moins hautement différenciés. Inversement, ces derniers, greffés sur les replis du tissu cellulaire, incapables de vivre sans le secours d'autrui, condamnés à des fonctions restreintes, qui font d'eux des individus d'autant plus délicats,

subiront doublement, par eux-mêmes et par contre-coup, les injures inflammatoires et leur sauront moins bien résister.

L'inflammation, qui bouleverse la vie du tissu conjonctivovasculaire, doit nécessairement retentir sur la nutrition des éléments épithéliaux. Elle sait en outre les frapper pour leur propre compte. Les altérations suraiguës subies par l'épithéîium pulmonaire dans la pneumonie lobaire franche aiguë en sont une des preuves les plus démonstratives.

Fig. VIII. — Pneumonie fîbrineuse, exsudais alvéolaires, alvéolite microbienne

a, diploeoques non encapsulés, libres dans la cavité alvéolaire.

b, paroi alvéolaire, vaisseau capillaire intact.

c, cellules desquamées, englobées dans l'exsudat.

Pourquoi, en effet, et comment les épithéliums seraient-ils à l'abri de ce que nous avons appris à connaître sous le nom de chocs inflammatoires ? La cause, qu'elle soit mécanique, vivante ou purement toxique, qui vient frapper un département conjonctivo-vasculaire, ne se spécialise pas nécessairement à ce seul tissu de soutènement. Elle vise également les éléments dits, nobles de la région, qui font un tout avec la gangue qui les supporte ; elle produit, en même temps

qu'une inflammation interstitielle, des lésions inflammatoires parenchymateuses, autrement dit épithéliales. On conçoit sans peine que celles-ci puissent même, dans certaines conditions spéciales, se développer d'une manière exclusive, le squelette conjonctivo-vasculaire demeurant complètement

Fig. IX. — Fièvre typhoïde, infiltration microbienne de la muqueuse intestinale au niveau d'une plaque de Peyer

a, glande de LieWkiihn dont les cellules sont très luméfiées.

b, coupe d'une veinule remplie de sang et de microbes.

c, vaisseaux lymphatiques.

ri, amas de microbes infiltrant la paroi d'un vaisseau.

ou à peu près complètement respecté. Les lésions superficielles de l'épiderme, et la plupart des inflammations aiguës catarrhales des muqueuses pourraient être citées comme exemple.

Les altérations inflamatoires des épithéliums, sur lesquelles nos pères se sont tant escrimés, nous paraissent, aujourd'hui,

d'une conception rationnelle. Nous retrouvons dans les évolutions phlegmasiques des cellules parenchymateuses les mêmes destructions aiguës, les mêmes perturbations topographiques, les mêmes réactions hypernutritives que nous venons de passer en revue : preuve nouvelle, ajoutée à tant d'autres, de l'autonomie relative des divers éléments de l'organisme. Cette autonomie n'est aucunement troublée par la notion des sympathies fonctionnelles reliant les deux grandes espèces élémentaires constitutives de l'organisme, la cellule connective et la cellule épithéliale.

A tout bien considérer cependant, l'équilibre organique et, par conséquent, l'harmonie des fonctions sont surtout assurés par le jeu des appareils conjonctivo-vasculaires. Une altéra^tion aigué peut frapper à peu près impunément une longue série d'éléments parenchymateux ; une grave perturbation dans la distribution du sang et de la lymphe au sein d'un organe important ne saurait persister quelque temps sans menacer la vie. Qu'on compare, à ce point de vue, la gravité des néphrites aiguës infectieuses à celle, plus imminente, de l'aortite aiguë produisant la sténose de l'origine de la coronaire antérieure.

Ces considérations ne doivent pas nous faire négliger l'importance des lésions aiguës, subaïguës ou chroniques des épithéliums. Nous ne pouvons pas aborder ici l'étude de toutes ces lésions et leurs diverses formules, variables suivant les différents épithéliums. Nous sommes tenus à ne donner que quelques exemples, les plus nets, autant que possible, et les plus démonstratifs.

Pour cela, fidèles à l'ordre méthodique adopté, nous passerons rapidement en revue les grandes divisions des lésions élémentaires.

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