‹ L'influence d'un livre [microforme]Chapitre 2 sur 20 · LA CONJURATION · texte numérisé non relu

LA CONJURATION

Etrien: ne toublhit le: silence: de cette-nuit : si ce n’est un bruit étrange, comme! d’un: léger bats tement d’aïles;, que de'fois à autre on entendait audessus des‘campagnes-et des cités.

LAMaNnars When-shall we three meet again ?

In thunder, lightning, or in rain ?

MaAcBETH,

Dupont, en se jetant sur sa couche, n’avait pas trouvé des rêves aussi agréables ; l’idée de l’action qu’il allait commettre le lendemain,ne l’abandonnait pas, et le sommeil fuyait sa paupière. Lorsque le jour parut, il se leva fièvreux et fatigué et s'étant assis près du foyer, il alluma sa pipe. Livré à ses réflexions, il songeait s’il ferait bien de suivre, à la lettre, les injonctions d’Amand. Il était honnête ; et ce crime lui répugnait. Après avoir délibéré près d’une heure,il prit son chapeau, sortit et traversa le champ qui le séparait de la ferme voisine en se disant à lui-même :—Bah, je vais l’acheter et je lui ferai accroire que je lai volée. Etant arrivé chez son ami Dubé il frappe

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à sa porte une voix au-dedans lui répondit ouvrez * et il entra; ïil manifesta le désir d’acheter une poule noire. Le marché fut bienôt conclu et, moyennant la somme d’un franc, Dupont retourna chez lui muni de cet être magi-

que qui devrait lui ouvrir les mines du Pérou. il ja cacha dans sa grange et, délivré de toute in-

quiétude de ce côté, il put vaquer tranquillement, le reste du jour, à ses travaux habituels en attendant la nuit avec impatience.

Amand n’était pas resté oisif pendant cette longue matinée ; dès l’aurore il s’était rendu à la montagne voisine pour se procurer de la verveine, chose indispensablement nécessaire à la réussite de la conjuration qu’il devait exécuter pendant la nuit ; et muni de ce précieux talisman il était revenu exténué de fatigue, pour prendre le seul

repas ; et, quel repas! du pain. ...qui devrait [le soutenir pendant le cours de cette journée où

il devait éprouver tant d'émotions diverses.

Si mon lecteur a été au Port-Joli, il a du visisiter le lac de ce nom. Qui pourrait donner une

idée de sa splendeur à ceux qui ne l’ont jamais

vu—Quel coup-d’œil que l’aspect de ses eaux argentées, à travers les érables, à une distance d’un mille, pour le voyageur fatigué qui est

* Les cultivateurs Canadiens ne disent jamais entrez ; mais ouvrez. Cet usage est fondé sur une vieille légende qui rapporte

[qu’une jeune femme ayant un jour répondu à quelqu'un qui

frappait : “ entrez ” le Diable entra et s’empara d’elle,

et pen:

prendr pourra part à quence chemir une fa!

entrait son ân prit à Patmo:

coulait jambe:

vait pe tôme | lui se son es d’unr s’étan se mit traire

parvenu au haut de la montagne qui le limite au côté nord! Qu'il paraît riche avec ses nom-k breux ïilets, en forme de couronne, chargés de pins verts qui semblent autant d’émeraudes parsemées dans une toile d’argent! Qu'il est pensif et mélancolique lorsqu’aucune voix importune ne réveille les nombreux échos de ses rivages ! Qui aurait pu croire, en le voyant, le 16 Août, balancer au souffle léger d’un vent d’'Est ses eaux azurées, que dans la nuit, qui devait suivre cette belle journée, il vomirait de son sein] des esprits infernaux qui troubleraient sa tranquillité céleste pour enrichir un chétif mortel! Qui pourrait croire en effet que cet oasis était le lieu choisi par Amand pour tracer ses cercles negromantiques.

Neuf heures sonnaient lorsque deux hommes partirent de leurs demeures respectives pour se rendre sur ses rives, lieu marqué du rendez-vous ; Mais qu’elles étaient différentes les sensations qui les animaient! Amand certain de son élévation future se rendait, joyeux, sans aucune crainte, | vers le lieu où il croyait devoir échanger le salut} éternel de son âme pour une poignée d’or. IIR calculait même déjà les jouissances qu’il allait acheter, une pensée surtout lui souriait: Il pourrait donc enfin se livrer, sans interruption, à ses études chéries—Et puis .... s’il pouvait donc trouver la pierre philosophale.... La postérité! Cette idée le faisait avancer rapidement. Dupont, au contraire marchait, lentement

et pensait que quoique Amand lui eût promis de ses nom-E prendre toute la responsabilité du crime, il se chargés pourrait bien, qu’en y participant, il aurait aussi heraudes part au chatiment qui devait en être la consé- Qu'il est quence. Plusieurs fois il fut près de rebrousser x impor- chemin ; mais l’idée de manquer à sa parole, et e ses ri-W une fausse honte, le firent continuer. Comme il nt, le 168 entrait dans le bois situé au pied de la montagne, ent d’Esth Son âme se resserra en lui-même et son cœur se i devaitl prit à battre avec violence ; il lui sembla que son sein l'atmosphère était plus étroit, une sueur froide sa tran-E coulait sur son front, et il se sentait exténué, ses

mortel !E jambes pouvaient à peine le supporter.———Il as était 1e] vait peur! .... Chaque arbre lui semblait un fanrcles ne-l tôme etle vent qui bruissait dans le feuillage | lui semblait un gémissement qui tombait sur hommes! son esprit comme le râle de la dernière agonie | d’un mourant. Il s'arrêta, ôta son chapeau et,

e limite

y pour se hape ez-vous ;} s'étant essuyé le front, il respira plus à Paise. Il ations qui | Se mit à chanter la chanson suivante pour se disélévation À traire des idées sinistre: qui accablaient ? Ÿ :

crainte, | r le salut Quand vous passerez par chez nous,

d’or. I Oua, oua, vil allait N'oubliez pas Madelaine, Il pour- | Falurondondaine,

à N'oubliez pas Madelaine,

mn A. Falurondondé.

La pos- + Les cultivateurs Canadiens ont pour habitude de chanter,

“ Jorsqu’ils ne sont pas trop rassurés ; ” pour me servir de leurs expressions.

rapideentement

Elle avait un jupon blane, Oua, oua,

Tout garni de dentelle, Falurondondaine,

Tout garni de dentelle.

Falurondondé.

Chez nous y a du pain, du vin, Oua, oua,

Et pour ton bidet de l’avoine, Falurondondaine,

Et pour ton bidet de l’avoine; Falurondondé.

J'ai débridé mon bidet, Oua, oua,.

Ei je l’ai mené à la Fontaine, Falurondondaine,

Et je l’ai mené à la fontaine Falurondondé.

Il en but cinq ou six seaux Oua, oua,

Il a vidé la fontaine, Falurondondaine,

Il a vidé la fontaine, Falurondondé.

Il fut, ici, interrompu par une voix qui l’appellait par son nom, ce que lui fit faire trois pas en arrière. I! était arrivé, sans s’en être aperçu,

jusqu’à la fourche de chemin où Amand devait l’attendre pour procéder avec lui jusqu’au lieu

l’appel-

pas en aperçu,

devait Pau lieu

A désigné ; il se remit aussitôt qu’il l’eut reconnu, et l’ayant salué, d’un ton bref, en lui disant—Bonsoir Amand ; ils poursuiv:rent leur route, en silence, sous les immenses érables qui bordent le sentier.

—Beaucoup de personnes marchent plus gai- | ment à la fortune que toi Dupont. Observa enfin Amand.

— C’est qu’ils y vont par d’autres voies, répondit brusquement celui-ci Je suis à toi; qu’as- | tu à desirer de plus ? ;

—Je désirerais te voir plus ga:

—Î1 faut avouer que tout doit nous porter à la gaîté ; puisque dans une heure, tout au plus, nous serons dans la société du Diable.

—Ce n’est que pour un moment ; après tout, une nuit est bientôt passée.”

Dupont demeura silencieux. Ils étaient arrivés au sommet de la montagne et ils commen- Gaient à distinguer le lac qui, par cette nuit sombre, ressemblait à un immense voile noir. Ils descendirent rapidement le peu de chemin qui leur restait à faire et se trouvèrent enfin sur sa rive.

Amand tira aussitôt de sa poche une lame d’acier vierge qu’il avait préparée à cet efet et s’en servit pour couper une branche de coudre verd en forme de fourche qu’il trempa trois fois dans les eaux du lac en prononçant une formule cabalistique à voix basse. f Puis il la planta en

f Je dois avertir mon lecteur que cette formule de conjuration, ainsi que la manière de changer les métaux en argent, dont nous

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